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Soit nn un entier supérieur ou égal à 22. On note Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) l'ensemble des matrices carrées d'ordre nn à coefficients dans un corps K\mathbb{K} de caractéristique nulle (par exemple R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}).

On désigne par N\mathcal{N} l'ensemble des matrices nilpotentes de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

Déterminer, en le justifiant précisément, le sous-espace vectoriel de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) engendré par N\mathcal{N}, noté Vect(N)\text{Vect}(\mathcal{N}).

1.

Commencer par montrer que toute matrice nilpotente a une trace nulle pour établir une première inclusion.

2.

Identifier une base de l'hyperplan des matrices de trace nulle, composée de matrices "simples" (matrices de la base canonique hors diagonale et matrices de type Eii−Ej,jE_{ii} - E_{j,j}).

3.

Montrer que chaque élément de cette base peut s'écrire comme une combinaison linéaire de matrices nilpotentes.

4.

Pour les matrices diagonales de trace nulle, utiliser le cas n=2n=2 comme brique de base.

Idées clés

•

Utilisation de la linéarité de la trace et de la propriété spectrale des nilpotents.

•

Décomposition d'une matrice de trace nulle sur une base adaptée de ker⁡(Tr)\ker(\text{Tr}).

•

Astuce de décomposition de la matrice E11−E22E_{11} - E_{22} en somme de trois matrices nilpotentes.

Résolution.

Soit H=ker⁡(Tr)H = \ker(\text{Tr}) l'ensemble des matrices de trace nulle. HH est un hyperplan de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}), donc :

dim⁡(H)=n2−1\dim(H) = n^2 - 1

1. Montrons l'inclusion Vect(N)⊂H\text{Vect(\mathcal{N}) \subset H.}

Soit N∈NN \in \mathcal{N} une matrice nilpotente.

Ses valeurs propres dans une extension de corps (par exemple C\mathbb{C}) sont toutes nulles.

Comme la trace est la somme des valeurs propres (comptées avec multiplicité), on en déduit que Tr(N)=0\text{Tr}(N) = 0.

∀N∈N,Tr(N)=0\forall N \in \mathcal{N},   \text{Tr}(N) = 0

Comme H=ker⁡(Tr)H = \ker(\text{Tr}) est un sous-espace vectoriel, toute combinaison linéaire d'éléments de N\mathcal{N} appartient encore à HH. Par conséquent :

Vect(N)⊂ker⁡(Tr)\boxed{\text{Vect}(\mathcal{N}) \subset \ker(\text{Tr})}

2. Montrons l'inclusion ker⁡(Tr)⊂Vect(N)\ker(\text{Tr) \subset \text{Vect}(\mathcal{N}).}

Pour prouver cette inclusion, il suffit de montrer que les éléments d'une base de HH appartiennent à Vect(N)\text{Vect}(\mathcal{N}). Une base classique de HH est constituée des deux familles de matrices suivantes :

  • Les matrices Ei,jE_{i,j} avec i≠ji \neq j (au nombre de n2−nn^2 - n).
  • Les matrices Hk=Ek,k−Ek+1,k+1H_k = E_{k,k} - E_{k+1,k+1} pour k∈{1,…,n−1}k \in \{1, \dots, n-1\} (au nombre de n−1n-1).

Cas des matrices hors diagonale :

Pour tout i≠ji \neq j, la matrice Ei,jE_{i,j} est triangulaire (supérieure ou inférieure) stricte, donc elle est nilpotente. Ainsi, Ei,j∈NE_{i,j} \in \mathcal{N}, ce qui implique :

∀i≠j,Ei,j∈Vect(N)\forall i \neq j,   E_{i,j} \in \text{Vect}(\mathcal{N})

Cas des matrices diagonales de trace nulle :

Il suffit de montrer que pour tout kk, Ek,k−Ek+1,k+1∈Vect(N)E_{k,k} - E_{k+1,k+1} \in \text{Vect}(\mathcal{N}). Par un argument de similitude (en utilisant des matrices de permutation), il suffit de le prouver pour k=1k=1, soit pour la matrice E11−E22E_{11} - E_{22}.

Considérons les matrices suivantes de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) :

A=E11+E12−E21−E22,B=E12,C=E21A = E_{11} + E_{12} - E_{21} - E_{22},   B = E_{12},   C = E_{21}

On remarque que BB et CC sont nilpotentes (matrices élémentaires hors diagonale).

Calculons A2A^2. La sous-matrice de taille 2×22 \times 2 en haut à gauche de AA est M=(11−1−1)M = \begin{pmatrix} 1 & 1
-1 & -1 \end{pmatrix}
. On calcule M2=(1−11−1−1+1−1+1)=(0000)M^2 = \begin{pmatrix} 1-1 & 1-1
-1+1 & -1+1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0
0 & 0 \end{pmatrix}
.

Comme les autres coefficients de AA sont nuls, AA est nilpotente (A2=0A^2 = 0).

On peut alors écrire la relation suivante :

E11−E22=A−B+C\boxed{E_{11} - E_{22} = A - B + C}

Puisque A,BA, B et CC sont nilpotentes, la matrice E11−E22E_{11} - E_{22} appartient à Vect(N)\text{Vect}(\mathcal{N}).

Par récurrence (ou par simple glissement d'indices), toutes les matrices Ek,k−Ek+1,k+1E_{k,k} - E_{k+1,k+1} sont dans Vect(N)\text{Vect}(\mathcal{N}).

Conclusion :

Toutes les matrices d'une base de ker⁡(Tr)\ker(\text{Tr}) sont dans Vect(N)\text{Vect}(\mathcal{N}). On a donc l'égalité :

Vect(N)=ker⁡(Tr)\boxed{\text{Vect}(\mathcal{N}) = \ker(\text{Tr})}

L'ensemble N\mathcal{N} des matrices nilpotentes n'est absolument pas un sous-espace vectoriel. Par exemple, E1,2E_{1,2} et E2,1E_{2,1} sont nilpotentes, mais leur somme (0110)\begin{pmatrix} 0 & 1
1 & 0 \end{pmatrix}
a pour valeurs propres 11 et −1-1, elle n'est donc pas nilpotente.