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Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et EE un espace vectoriel de dimension nn sur un corps K\mathbb{K}. Pour tout endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E), on note C(f)={g∈L(E)∣g∘f=f∘g}C(f) = \{g \in \mathcal{L}(E) \mid g \circ f = f \circ g\} le commutant de ff.

  1. On suppose ici que K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}. Montrer qu'il existe un entier r∈N∗r \in \mathbb{N}^* et une famille d'entiers strictement positifs (m1,…,mr)(m_1, \dots, m_r) tels que :
    {m1+⋯+mr=ndim⁡(C(f))=m12+⋯+mr2\begin{cases} m_1 + \dots + m_r = n
    \dim(C(f)) = m_1^2 + \dots + m_r^2 \end{cases}
  2. En déduire que la codimension de C(f)C(f) dans L(E)\mathcal{L}(E) est toujours un entier pair.
  3. Établir la réciproque du résultat de la question 1 : étant donnée une famille d'entiers (mi)1≤i≤r(m_i)_{1 \le i \le r} de somme nn, construire un endomorphisme ff dont le commutant a pour dimension ∑i=1rmi2\sum_{i=1}^r m_i^2.
  4. Montrer que les résultats des questions 1 et 2 restent valables si l'on remplace C\mathbb{C} par un corps K\mathbb{K} quelconque.

1.

Pour la question 1, procéder par récurrence sur la dimension nn. On pourra utiliser la décomposition de EE en somme directe du noyau et de l'image d'une puissance bien choisie de (f−λid)(f-\lambda \text{id}).

2.

Pour le cas d'un corps quelconque, utiliser le fait que la dimension d'un sous-espace défini par un système d'équations linéaires est invariante par extension du corps de base.

3.

Pour la parité, développer le carré de la somme des mim_i.

Idées clés

•

Décomposition de Dunford ou décomposition en sous-espaces caractéristiques.

•

Réduction au cas d'un endomorphisme nilpotent.

•

Invariance de la dimension du commutant par extension de corps.

Résolution.

  1. Cas où le corps est C\mathbb{C.} Nous allons démontrer ce résultat par récurrence sur n=dim⁡En = \dim E. L'initialisation pour n=1n=1 est immédiate : C(f)=L(E)C(f) = \mathcal{L}(E), donc dim⁡C(f)=12\dim C(f) = 1^2, avec m1=1m_1 = 1. Soit n>1n > 1. Supposons le résultat vrai pour tout espace de dimension strictement inférieure à nn. Puisque K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}, ff admet au moins une valeur propre λ\lambda. Considérons les sous-espaces caractéristiques. De manière plus simple, posons :
    V=ker⁡(f−λidE)netW=im(f−λidE)nV = \ker(f - \lambda \text{id}_E)^n   \text{et}   W = \text{im}(f - \lambda \text{id}_E)^n
    D'après le lemme des noyaux ou la théorie de la réduction, ces deux sous-espaces sont stables par ff et l'on a la somme directe :
    E=V⊕W\boxed{ E = V \oplus W }
    Comme VV et WW sont stables par ff, tout élément g∈C(f)g \in C(f) laisse également stables VV et WW (car ils sont définis comme noyaux et images de polynômes en ff). Ainsi, C(f)C(f) est isomorphe au produit des commutants des restrictions :
    C(f)≅C(f∣V)×C(f∣W)C(f) \cong C(f|_V) \times C(f|_W)
    Par conséquent, on obtient la relation sur les dimensions :
    dim⁡C(f)=dim⁡C(f∣V)+dim⁡C(f∣W)\dim C(f) = \dim C(f|_V) + \dim C(f|_W)
    Si W≠{0}W \neq \{0\}, on peut appliquer l'hypothèse de récurrence à f∣Vf|_V et f∣Wf|_W séparément, ce qui fournit des familles d'entiers dont la somme des carrés donne les dimensions respectives. La réunion de ces familles convient pour ff. Si W={0}W = \{0\}, alors f−λidEf - \lambda \text{id}_E est nilpotent. Notons N=f−λidEN = f - \lambda \text{id}_E. On a C(f)=C(N)C(f) = C(N). Pour un endomorphisme nilpotent NN, on définit dk=dim⁡ker⁡Nkd_k = \dim \ker N^k. On peut montrer que la dimension du commutant est donnée par :
    dim⁡C(N)=∑k=1n(dim⁡ker⁡Nk−dim⁡ker⁡Nk−1)2\dim C(N) = \sum_{k=1}^n (\dim \ker N^k - \dim \ker N^{k-1})^2
    En posant mk=dim⁡ker⁡Nk−dim⁡ker⁡Nk−1m_k = \dim \ker N^k - \dim \ker N^{k-1}, on a bien mk≥0m_k \ge 0. En ignorant les mkm_k nuls, on obtient une famille d'entiers strictement positifs dont la somme est nn et la somme des carrés est dim⁡C(f)\dim C(f).
    dim⁡C(f)=∑i=1rmi2\boxed{ \dim C(f) = \sum_{i=1}^r m_i^2 }

  2. Parité de la codimension. La codimension de C(f)C(f) dans L(E)\mathcal{L}(E) est donnée par n2−dim⁡C(f)n^2 - \dim C(f). D'après la question précédente, on a n=∑i=1rmin = \sum_{i=1}^r m_i. Calculons n2n^2 en développant le carré de la somme :
    n2=(∑i=1rmi)2=∑i=1rmi2+2∑1≤i<j≤rmimjn^2 = \left( \sum_{i=1}^r m_i \right)^2 = \sum_{i=1}^r m_i^2 + 2 \sum_{1 \le i < j \le r} m_i m_j
    On en déduit l'expression de la codimension :
    codim C(f)=n2−∑i=1rmi2=2∑1≤i<j≤rmimj\text{codim } C(f) = n^2 - \sum_{i=1}^r m_i^2 = 2 \sum_{1 \le i < j \le r} m_i m_j
    codim C(f)≡0(mod2)\boxed{ \text{codim } C(f) \equiv 0 \pmod 2 }

  3. Réciproque. Soient m1,…,mrm_1, \dots, m_r des entiers strictement positifs de somme nn. On cherche f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) tel que dim⁡C(f)=∑mi2\dim C(f) = \sum m_i^2. Choisissons rr scalaires distincts λ1,…,λr\lambda_1, \dots, \lambda_r dans K\mathbb{K} (ce qui est possible si le corps est assez gros, par exemple C\mathbb{C}). Considérons un endomorphisme ff diagonalisable dont les valeurs propres sont les λi\lambda_i avec les multiplicités mim_i. Dans une base de diagonalisation, la matrice de ff est une matrice diagonale par blocs :
    mat(f)=diag(λ1Im1,…,λrImr)\text{mat}(f) = \text{diag}(\lambda_1 I_{m_1}, \dots, \lambda_r I_{m_r})
    Un calcul classique montre que gg commute avec ff si et seulement si sa matrice est diagonale par blocs de mêmes tailles. Le commutant est donc isomorphe à Mm1(K)×⋯×Mmr(K)\mathcal{M}_{m_1}(\mathbb{K}) \times \dots \times \mathcal{M}_{m_r}(\mathbb{K}).
    dim⁡C(f)=∑i=1rmi2\dim C(f) = \sum_{i=1}^r m_i^2
  4. Cas d'un corps quelconque. Soit A=mat(f)A = \text{mat}(f) dans une base quelconque. L'espace C(f)C(f) est le noyau de l'application linéaire ϕ:M↦AM−MA\phi : M \mapsto AM - MA. La dimension de ce noyau est n2−rg(ϕ)n^2 - \text{rg}(\phi). Le rang d'une matrice (celle de ϕ\phi) ne change pas par extension du corps de base (par exemple de K\mathbb{K} vers sa clôture algébrique Kˉ\bar{\mathbb{K}}). Ainsi, dim⁡KC(f)=dim⁡KˉC(f)\dim_{\mathbb{K}} C(f) = \dim_{\bar{\mathbb{K}}} C(f). Comme le résultat de la question 1 est vrai sur le corps algébriquement clos Kˉ\bar{\mathbb{K}}, il existe des mim_i convenables. La parité de la codimension en découle immédiatement car elle ne dépend que de la dimension.

Il ne faut pas croire que les mim_i sont nécessairement les multiplicités des valeurs propres. C'est vrai si ff est diagonalisable, mais si ff est nilpotent (par exemple un bloc de Jordan), les mim_i correspondent aux sauts de dimensions des noyaux itérés.