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Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et deux matrices A,B∈Mn(R)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). On suppose que la matrice BB est diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

  1. On suppose que AA commute avec B3B^3, c'est-à-dire que AB3=B3AAB^3 = B^3A. Démontrer qu'alors AA commute avec BB.
  2. Soit k∈N∗k \in \mathbb{N}^*.
    1. À quelle condition sur le spectre de BB ou sur l'entier kk peut-on affirmer que la relation ABk=BkAAB^k = B^k A implique AB=BAAB = BA ?
    2. Donner un contre-exemple dans le cas où BB n'est pas diagonalisable.

1.

Pour la question 1, utiliser le fait qu'un endomorphisme qui commute avec un autre stabilise ses sous-espaces propres. Comparer les sous-espaces propres de BB et ceux de B3B^3.

2.

Pour la généralisation, examiner l'injectivité de la fonction x↦xkx \mapsto x^k sur l'ensemble des valeurs propres de BB.

3.

Pour le contre-exemple, chercher une matrice BB nilpotente non nulle telle que Bk=0B^k = 0.

Idées clés

•

Lien entre commutant et stabilité des sous-espaces propres.

•

Injectivité de la fonction puissance sur le spectre réel.

•

Caractérisation des matrices diagonalisables par leurs sous-espaces propres.

Résolution.

  1. Notons λ1,…,λp\lambda_1, \dots, \lambda_p les valeurs propres distinctes de BB dans R\mathbb{R}. Puisque BB est diagonalisable, l'espace Rn\mathbb{R}^n est la somme directe des sous-espaces propres de BB :
    Rn=⨁i=1pEλi(B)\mathbb{R}^n = \bigoplus_{i=1}^p E_{\lambda_i}(B)

    Soit x∈Eλi(B)x \in E_{\lambda_i}(B). On a Bx=λixBx = \lambda_i x, d'où B3x=λi3xB^3 x = \lambda_i^3 x par récurrence immédiate. Ceci montre que Eλi(B)⊂Eλi3(B3)E_{\lambda_i}(B) \subset E_{\lambda_i^3}(B^3). Considérons la fonction f:x↦x3f : x \mapsto x^3. Cette fonction est strictement croissante, donc injective sur R\mathbb{R}. Ainsi, si λi≠λj\lambda_i \neq \lambda_j, alors λi3≠λj3\lambda_i^3 \neq \lambda_j^3. Les valeurs propres de B3B^3 sont exactement les cubes des valeurs propres de BB. Les sous-espaces propres de B3B^3 correspondent donc exactement à ceux de BB :

    ∀i∈{1,…,p},Eλi3(B3)=Eλi(B)\forall i \in \{1, \dots, p\},   \boxed{E_{\lambda_i^3}(B^3) = E_{\lambda_i}(B)}

    L'hypothèse AB3=B3AAB^3 = B^3A implique que l'endomorphisme associé à AA stabilise tous les sous-espaces propres de B3B^3. D'après l'égalité précédente, AA stabilise chaque Eλi(B)E_{\lambda_i}(B). Soit x∈Eλi(B)x \in E_{\lambda_i}(B). Comme Ax∈Eλi(B)Ax \in E_{\lambda_i}(B), on a :

    B(Ax)=λi(Ax)etA(Bx)=A(λix)=λi(Ax)B(Ax) = \lambda_i (Ax)   \text{et}   A(Bx) = A(\lambda_i x) = \lambda_i (Ax)

    On en déduit que ABAB et BABA coïncident sur chaque sous-espace propre de BB. Par somme directe, ces endomorphismes sont égaux sur Rn\mathbb{R}^n tout entier.

    AB=BA\boxed{AB = BA}

    1. Le raisonnement précédent repose sur l'injectivité de x↦xkx \mapsto x^k sur le spectre de BB. Cas 1 : kk est impair. La fonction x↦xkx \mapsto x^k est injective sur R\mathbb{R}. Le résultat est donc toujours vrai pour BB diagonalisable sur R\mathbb{R}. Cas 2 : kk est pair. La fonction x↦xkx \mapsto x^k n'est injective que sur R+\mathbb{R}^+ ou R−\mathbb{R}^-. La condition nécessaire et suffisante pour que l'implication soit vraie est que :
      ∀(λ,μ)∈Sp(B)2,λk=μk  ⟹  λ=μ\boxed{\forall (\lambda, \mu) \in \text{Sp}(B)^2,   \lambda^k = \mu^k \implies \lambda = \mu}

      Dans le cas d'un exposant pair, cela signifie qu'on ne peut pas avoir à la fois λ\lambda et −λ-\lambda dans le spectre de BB (sauf si λ=0\lambda=0).

    2. Si BB n'est pas diagonalisable, le résultat peut être faux. Prenons par exemple k=3k=3 et la matrice nilpotente suivante :
      B=(0100)  ⟹  B2=0etB3=0B = \begin{pmatrix} 0 & 1
      0 & 0 \end{pmatrix} \implies B^2 = 0   \text{et}   \boxed{B^3 = 0}

      Toute matrice A∈M2(R)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) commute avec B3B^3 puisque B3B^3 est la matrice nulle. Pourtant, si l'on choisit A=(1000)A = \begin{pmatrix} 1 & 0
      0 & 0 \end{pmatrix}
      , un calcul simple montre que :

      AB=(0100)etBA=(0000)AB = \begin{pmatrix} 0 & 1
      0 & 0 \end{pmatrix}   \text{et}   BA = \begin{pmatrix} 0 & 0
      0 & 0 \end{pmatrix}

      On a bien AB3=B3AAB^3 = B^3A mais AB≠BAAB \neq BA.

L'erreur classique est d'oublier que la stabilité des sous-espaces propres de B3B^3 par AA ne suffit pas à conclure que AA et BB commutent si les sous-espaces propres de B3B^3 sont "plus gros" que ceux de BB. C'est là que l'injectivité de x↦x3x \mapsto x^3 intervient de façon cruciale.