Soient uu et vv deux endomorphismes d'un espace vectoriel EE de dimension finie sur un corps K\mathbb{K}. On suppose que uu et vv sont diagonalisables.

Montrer que uu et vv sont codiagonalisables (c'est-à-dire qu'il existe une base de EE dans laquelle les matrices de uu et de vv sont simultanément diagonales) si et seulement si ils commutent : uv=vuu \circ v = v \circ u.

1.

Pour le sens direct, utiliser le fait que deux matrices diagonales commutent.

2.

Pour le sens réciproque, utiliser la décomposition de EE en somme directe des sous-espaces propres de uu.

3.

Montrer que si uu et vv commutent, alors les sous-espaces propres de uu sont stables par vv.

4.

Utiliser le résultat de cours : la restriction d'un endomorphisme diagonalizable à un sous-espace stable est elle-même diagonalizable.

Idées clés

Lien entre commutativité et stabilité des sous-espaces propres.

Restriction d'un endomorphisme diagonalisable à un sous-espace stable.

Recollement de bases de sous-espaces en somme directe.

Résolution.

  1. Sens direct (    \implies) : Supposons que uu et vv sont codiagonalisables. Il existe donc une base B\mathcal{B} de EE telle que les matrices MB(u)=D1M_{\mathcal{B}}(u) = D_1 et MB(v)=D2M_{\mathcal{B}}(v) = D_2 soient diagonales. Or, on sait que deux matrices diagonales de même taille commutent toujours : D1D2=D2D1D_1 D_2 = D_2 D_1. Par conséquent :
    uv=vuu \circ v = v \circ u
  2. Sens réciproque (    \impliedby) : Supposons que uu et vv commutent et sont diagonalisables. Puisque uu est diagonalisable, EE est la somme directe de ses sous-espaces propres :
    E=λSp(u)Eλ(u)\boxed{E = \bigoplus_{\lambda \in \text{Sp}(u)} E_{\lambda}(u)}
    Soit λSp(u)\lambda \in \text{Sp}(u) et xEλ(u)x \in E_{\lambda}(u). On a u(x)=λxu(x) = \lambda x. Comme uu et vv commutent, on a :
    u(v(x))=v(u(x))=v(λx)=λv(x)u(v(x)) = v(u(x)) = v(\lambda x) = \lambda v(x)
    Ainsi, v(x)Eλ(u)v(x) \in E_{\lambda}(u), ce qui prouve que chaque sous-espace propre Eλ(u)E_{\lambda}(u) est stable par vv. On utilise alors le lemme suivant : la restriction d'un endomorphisme diagonalisable à un sous-espace stable est diagonalisable. Pour chaque λSp(u)\lambda \in \text{Sp}(u), l'endomorphisme induit vλ:Eλ(u)Eλ(u)v_{\lambda} : E_{\lambda}(u) \to E_{\lambda}(u) est donc diagonalisable. Il existe donc une base Bλ\mathcal{B}_{\lambda} de Eλ(u)E_{\lambda}(u) constituée de vecteurs propres de vλv_{\lambda} (et donc de vv). Par définition, chaque vecteur de Bλ\mathcal{B}_{\lambda} est également un vecteur propre de uu (associé à la valeur propre λ\lambda). En posant B=λSp(u)Bλ\mathcal{B} = \bigcup_{\lambda \in \text{Sp}(u)} \mathcal{B}_{\lambda}, on obtient par concaténation une base de EE (puisque les espaces sont en somme directe). Comme chaque vecteur de cette base est un vecteur propre commun à uu et vv, on en déduit que :
    u et v sont codiagonalisables\boxed{\text{uu et vv sont codiagonalisables}}

L'erreur classique est d'oublier de justifier que la restriction de vv à Eλ(u)E_\lambda(u) est diagonalisable. Sans cet argument, on ne peut pas affirmer l'existence d'une base de vecteurs propres de vv au sein de Eλ(u)E_\lambda(u).