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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère deux matrices AA et BB appartenant à Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}). On suppose que AA et BB sont diagonalisables dans une même base de Rn\mathbb{R}^n.

On définit la matrice par blocs M∈M2n(R)M \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{R}) par :

M=(A−BBA)M = \begin{pmatrix} A & -B
B & A \end{pmatrix}

Démontrer que la matrice MM est diagonalisable dans M2n(C)\mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}).

1.

Utiliser l'existence d'une matrice de passage P∈GLn(R)P \in GL_n(\mathbb{R}) qui diagonalise simultanément AA et BB pour simplifier la structure de MM par similitude.

2.

Étudier la stabilité des sous-espaces de dimension 2 engendrés par les couples de vecteurs de la base de codiagonalisation.

3.

Se ramener à l'étude de blocs de taille 2×22 \times 2 de la forme (a−bba)\begin{pmatrix} a & -b
b & a \end{pmatrix}
.

Idées clés

•

Réduction simultanée (codiagonalisation) de deux matrices.

•

Changement de base par blocs dans M2n(R)\mathcal{M}_{2n}(\mathbb{R}).

•

Critère de diagonalisabilité sur C\mathbb{C} (polynôme scindé à racines simples).

1. Réduction simultanée de AA et BB.

Par hypothèse, AA et BB sont diagonalisables dans une même base. Il existe donc une matrice de passage P∈GLn(R)P \in GL_n(\mathbb{R}) et deux matrices diagonales DA,DB∈Mn(R)D_A, D_B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telles que :

A=PDAP−1etB=PDBP−1A = P D_A P^{-1}   \text{et}   B = P D_B P^{-1}

Notons DA=diag(a1,…,an)D_A = \text{diag}(a_1, \dots, a_n) et DB=diag(b1,…,bn)D_B = \text{diag}(b_1, \dots, b_n) les coefficients diagonaux respectifs.

2. Transformation de la matrice MM.

Considérons la matrice de passage par blocs Q∈M2n(R)Q \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{R}) définie par :

Q=(P00P)Q = \begin{pmatrix} P & 0
0 & P \end{pmatrix}

Cette matrice est inversible, d'inverse Q−1=(P−100P−1)Q^{-1} = \begin{pmatrix} P^{-1} & 0
0 & P^{-1} \end{pmatrix}
. Calculons le produit M′=Q−1MQM' = Q^{-1}MQ en utilisant les règles du calcul par blocs :

M′=(P−100P−1)(A−BBA)(P00P)M' = \begin{pmatrix} P^{-1} & 0
0 & P^{-1} \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A & -B
B & A \end{pmatrix} \begin{pmatrix} P & 0
0 & P \end{pmatrix}

En effectuant le produit, on obtient :

M′=(P−1AP−P−1BPP−1BPP−1AP)=(DA−DBDBDA)M' = \begin{pmatrix} P^{-1}AP & -P^{-1}BP
P^{-1}BP & P^{-1}AP \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} D_A & -D_B
D_B & D_A \end{pmatrix}

3. Analyse de la structure de M′M'.

La matrice M′M' est constituée de quatre blocs diagonaux. Soit (e1,…,e2n)(e_1, \dots, e_{2n}) la base canonique de C2n\mathbb{C}^{2n}. Pour chaque k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, l'image des vecteurs eke_k et en+ke_{n+k} par l'endomorphisme associé à M′M' est : \begin{align*} M' e_k &= a_k e_k + b_k e_{n+k}
M' e_{n+k} &= -b_k e_k + a_k e_{n+k} \end{align*}

Ainsi, pour chaque kk, le sous-espace Vk=Vect(ek,en+k)V_k = \text{Vect}(e_k, e_{n+k}) est stable par M′M'. En réordonnant la base selon (e1,en+1,e2,en+2,…,en,e2n)(e_1, e_{n+1}, e_2, e_{n+2}, \dots, e_n, e_{2n}), la matrice M′M' est semblable à une matrice diagonale par blocs :

M~=diag(M1,M2,…,Mn)ouˋMk=(ak−bkbkak)\widetilde{M} = \text{diag}(M_1, M_2, \dots, M_n)   \text{où}   M_k = \begin{pmatrix} a_k & -b_k
b_k & a_k \end{pmatrix}

4. Diagonalisation des blocs 2×22 \times 2 sur C\mathbb{C.}

Le polynôme caractéristique de chaque bloc MkM_k est :

χMk(X)=det⁡(XI2−Mk)=(X−ak)2+bk2\chi_{M_k}(X) = \det(XI_2 - M_k) = (X-a_k)^2 + b_k^2

Les racines de ce polynôme dans C\mathbb{C} sont :

λk=ak+ibketλk‾=ak−ibk\lambda_k = a_k + i b_k   \text{et}   \overline{\lambda_k} = a_k - i b_k

Premier cas : bk≠0b_k \neq 0. Les deux racines sont distinctes. La matrice MkM_k est donc diagonalisable dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}).

Second cas : bk=0b_k = 0. Dans ce cas, Mk=(ak00ak)=akI2M_k = \begin{pmatrix} a_k & 0
0 & a_k \end{pmatrix} = a_k I_2
. La matrice est déjà diagonale.

5. Conclusion.

Chaque bloc MkM_k est diagonalisable dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}). Il en résulte que la matrice M~\widetilde{M} est diagonalisable dans M2n(C)\mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}). Comme MM est semblable à M~\widetilde{M} sur R\mathbb{R} (donc sur C\mathbb{C}), on en déduit :

M est diagonalisable dans M2n(C)\boxed{M \text{ est diagonalisable dans } \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C})}

Attention à ne pas affirmer que MM est diagonalisable dans M2n(R)\mathcal{M}_{2n}(\mathbb{R}). Si l'un des bkb_k est non nul, les valeurs propres de MM ne sont pas toutes réelles, ce qui empêche la diagonalisabilité sur R\mathbb{R}.