WikiPrépaLivrets

Soit EE un espace vectoriel de dimension finie sur un corps K\mathbb{K}. On considère un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) que l'on suppose diagonalisable.

On définit les deux applications suivantes sur l'espace L(E)\mathcal{L}(E) :

ϕ:{L(E)→L(E)f↦u∘fetψ:{L(E)→L(E)f↦f∘u\phi : \begin{cases} \mathcal{L}(E) \to \mathcal{L}(E)
f \mapsto u \circ f \end{cases}   \text{et}   \psi : \begin{cases} \mathcal{L}(E) \to \mathcal{L}(E)
f \mapsto f \circ u \end{cases}

  1. Démontrer que les endomorphismes ϕ\phi et ψ\psi de l'espace L(E)\mathcal{L}(E) sont diagonalisables.
  2. En déduire que l'application Δ\Delta définie par Δ(f)=u∘f−f∘u\Delta(f) = u \circ f - f \circ u est un endomorphisme diagonalisable de L(E)\mathcal{L}(E).

1.

Pour la question 1, utiliser le fait qu'un endomorphisme est diagonalisable si et seulement s'il existe un polynôme scindé à racines simples qui l'annule. On pourra chercher un lien entre P(u)P(u) et P(ϕ)P(\phi) (respectivement P(ψ)P(\psi)) pour un polynôme P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X].

2.

Pour la question 2, vérifier si les endomorphismes ϕ\phi et ψ\psi commutent. Utiliser ensuite le résultat classique sur la diagonalisation simultanée d'endomorphismes qui commutent.

Idées clés

•

Critère polynomial de diagonalisabilité (polynôme annulateur scindé à racines simples).

•

Propriété de linéarité de la composition à gauche et à droite.

•

Théorème de diagonalisation simultanée (ou codiagonalisation).

Résolution.

  1. Diagonalisabilité de ϕ\phi et ψ\psi. Puisque uu est diagonalisable, il existe un polynôme P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] qui est scindé sur K\mathbb{K}, dont toutes les racines sont simples, et qui annule uu. Notons P=∑k=0dakXkP = \sum_{k=0}^d a_k X^k. Pour tout f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E), étudions l'action de P(ϕ)P(\phi) sur ff. Par linéarité de la composition à gauche, on remarque que pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, ϕk(f)=uk∘f\phi^k(f) = u^k \circ f. Il vient alors :
    P(ϕ)(f)=∑k=0dakϕk(f)=∑k=0dak(uk∘f)=(∑k=0dakuk)∘fP(\phi)(f) = \sum_{k=0}^d a_k \phi^k(f) = \sum_{k=0}^d a_k (u^k \circ f) = \left( \sum_{k=0}^d a_k u^k \right) \circ f

    Ainsi, on obtient la relation :

    P(ϕ)(f)=P(u)∘fP(\phi)(f) = P(u) \circ f

    Comme P(u)=0L(E)P(u) = 0_{\mathcal{L}(E)}, il en résulte que P(ϕ)(f)=0P(\phi)(f) = 0 pour tout ff, d'où P(ϕ)=0P(\phi) = 0.

    P(ϕ)=0L(L(E))\boxed{P(\phi) = 0_{\mathcal{L}(\mathcal{L}(E))}}

    Le polynôme PP est scindé à racines simples et annule ϕ\phi, donc ϕ\phi est diagonalisable. De la même manière, pour ψ\psi, on a ψk(f)=f∘uk\psi^k(f) = f \circ u^k. Par un calcul analogue :

    P(ψ)(f)=∑k=0dak(f∘uk)=f∘(∑k=0dakuk)=f∘P(u)P(\psi)(f) = \sum_{k=0}^d a_k (f \circ u^k) = f \circ \left( \sum_{k=0}^d a_k u^k \right) = f \circ P(u)

    On en déduit :

    P(ψ)=0L(L(E))\boxed{P(\psi) = 0_{\mathcal{L}(\mathcal{L}(E))}}

    L'endomorphisme ψ\psi est donc également diagonalisable car il admet le même polynôme annulateur scindé à racines simples que uu.

  2. Diagonalisabilité de l'application Δ=ϕ−ψ\Delta = \phi - \psi. Vérifions si ϕ\phi et ψ\psi commutent. Soit f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) :
    (ϕ∘ψ)(f)=ϕ(ψ(f))=ϕ(f∘u)=u∘(f∘u)(\phi \circ \psi)(f) = \phi(\psi(f)) = \phi(f \circ u) = u \circ (f \circ u)
    (ψ∘ϕ)(f)=ψ(ϕ(f))=ψ(u∘f)=(u∘f)∘u(\psi \circ \phi)(f) = \psi(\phi(f)) = \psi(u \circ f) = (u \circ f) \circ u

    Par associativité de la composition dans L(E)\mathcal{L}(E), on a u∘(f∘u)=(u∘f)∘uu \circ (f \circ u) = (u \circ f) \circ u. Par conséquent :

    ϕ∘ψ=ψ∘ϕ\boxed{\phi \circ \psi = \psi \circ \phi}

    Nous sommes en présence de deux endomorphismes ϕ\phi et ψ\psi de l'espace vectoriel L(E)\mathcal{L}(E) qui sont :

    • Diagonalisables (d'après la question 1).
    • Commutants.

    D'après le cours, deux endomorphismes diagonalisables qui commutent sont simultanément diagonalisables. Cela signifie qu'il existe une base de L(E)\mathcal{L}(E) constituée de vecteurs qui sont simultanément des vecteurs propres pour ϕ\phi et pour ψ\psi. Soit B=(f1,…,fn2)\mathcal{B} = (f_1, \dots, f_{n^2}) une telle base. Pour tout i∈{1,…,n2}i \in \{1, \dots, n^2\}, il existe λi,μi∈K\lambda_i, \mu_i \in \mathbb{K} tels que :

    ϕ(fi)=λifietψ(fi)=μifi\phi(f_i) = \lambda_i f_i   \text{et}   \psi(f_i) = \mu_i f_i

    Alors, pour tout ii, on a :

    Δ(fi)=(ϕ−ψ)(fi)=ϕ(fi)−ψ(fi)=(λi−μi)fi\Delta(f_i) = (\phi - \psi)(f_i) = \phi(f_i) - \psi(f_i) = (\lambda_i - \mu_i) f_i

    Chaque vecteur de la base B\mathcal{B} est donc un vecteur propre de Δ\Delta. On en conclut que Δ\Delta est diagonalisable.

    Δ est diagonalisable\boxed{\Delta \text{ est diagonalisable}}

Une erreur fréquente est d'essayer de calculer le polynôme caractéristique de ϕ\phi ou ψ\psi en dimension n2n^2. C'est possible en utilisant une base de matrices élémentaires (Ei,j)(E_{i,j}), mais l'approche par les polynômes annulateurs est beaucoup plus rapide et élégante.