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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie n⩾1n \geqslant 1 sur K\mathbb{K} (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On considère deux endomorphismes uu et vv de EE satisfaisant la relation :

u∘v−v∘u=uu \circ v - v \circ u = u

  1. Propriétés générales de uu
    1. Établir que pour tout entier naturel kk, on a la relation : uk∘v−v∘uk=kuku^k \circ v - v \circ u^k = k u^k.
    2. En déduire que l'endomorphisme uu est nécessairement nilpotent.

  2. Réduction simultanée Dans cette question, on suppose que K=C\mathbb{K} = \mathbb{C} (ou que les polynômes caractéristiques de uu et vv sont scindés).
    1. Montrer que Ker(u)\text{Ker}(u) est stable par vv. En déduire que uu et vv possèdent au moins un vecteur propre commun.
    2. Justifier l'existence d'une base de EE dans laquelle les matrices de uu et vv sont simultanément triangulaires supérieures.

  3. Étude du cas de rang maximal pour uu On suppose désormais que rg(u)=n−1\text{rg}(u) = n-1 (ou de façon équivalente dim⁡Ker(u)=1\dim \text{Ker}(u) = 1).
    1. Pour tout k∈⟦1,n⟧k \in \llbracket 1, n \rrbracket, déterminer la dimension de Ker(uk)\text{Ker}(u^k).
    2. On suppose de plus que vv est diagonalizable. Soient λ1,…,λp\lambda_1, \dots, \lambda_p ses valeurs propres distinctes rangées par ordre croissant. Montrer que ces valeurs propres forment une progression arithmétique de raison 1 et que chaque sous-espace propre est de dimension 1.
    3. Soit ene_n un vecteur propre de vv associé à sa plus grande valeur propre λn\lambda_n. Montrer que la famille (e1,e2,…,en)(e_1, e_2, \dots, e_n) définie par ei=un−i(en)e_i = u^{n-i}(e_n) est une base de EE. Donner la forme des matrices de uu et vv dans cette base.

1.

Pour 1.(a), procéder par récurrence sur kk. Pour 1.(b), considérer l'application Φ:w↦w∘v−v∘w\Phi : w \mapsto w \circ v - v \circ w opérant sur L(E)\mathcal{L}(E).

2.

Pour 2.(a), si x∈Ker(u)x \in \text{Ker}(u), calculer u(v(x))u(v(x)). Pour 2.(b), utiliser une récurrence sur la dimension de EE.

3.

Pour 3.(a), utiliser la croissance des noyaux itérés pour un endomorphisme nilpotent.

4.

Pour 3.(b), si xx est un vecteur propre de vv pour λ\lambda, regarder l'image de u(x)u(x) par vv.

Idées clés

•

Utilisation d'un endomorphisme de l'espace des endomorphismes (endomorphisme adjoint).

•

Stabilité des noyaux par un commutant.

•

Propriétés des chaînes de noyaux pour les nilpotents.

Résolution.

  1. Propriétés de uu
    1. Montrons par récurrence sur k∈Nk \in \mathbb{N} que ukv−vuk=kuku^k v - v u^k = k u^k. Pour k=0k=0, Iv−vI=0=0⋅II v - v I = 0 = 0 \cdot I, la relation est vraie. Supposons la propriété vraie au rang kk. On a :
      uk+1v−vuk+1=u(ukv)−vuk+1=u(vuk+kuk)−vuk+1u^{k+1}v - v u^{k+1} = u (u^k v) - v u^{k+1} = u (v u^k + k u^k) - v u^{k+1}
      En utilisant uv=vu+uuv = vu + u, il vient :
      uk+1v−vuk+1=(vu+u)uk+kuk+1−vuk+1=vuk+1+uk+1+kuk+1−vuk+1u^{k+1}v - v u^{k+1} = (vu + u)u^k + k u^{k+1} - v u^{k+1} = vu^{k+1} + u^{k+1} + k u^{k+1} - v u^{k+1}
      D'où :
      uk+1v−vuk+1=(k+1)uk+1\boxed{u^{k+1} v - v u^{k+1} = (k+1) u^{k+1}}
      La propriété est donc démontrée par récurrence.

    2. Considérons l'application Φ:L(E)→L(E)\Phi : \mathcal{L}(E) \to \mathcal{L}(E) définie par Φ(w)=w∘v−v∘w\Phi(w) = w \circ v - v \circ w. Φ\Phi est un endomorphisme de l'espace vectoriel L(E)\mathcal{L}(E), qui est de dimension finie n2n^2. D'après la question précédente, si uk≠0u^k \neq 0, alors uku^k est un vecteur propre de Φ\Phi associé à la valeur propre kk. Si uu n'était pas nilpotent, alors uku^k serait non nul pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}. Φ\Phi posséderait alors une infinité de valeurs propres distinctes (0,1,2,…0, 1, 2, \dots), ce qui est impossible en dimension finie. On en conclut que uu est nilpotent.

  2. Réduction simultanée
    1. Soit x∈Ker(u)x \in \text{Ker}(u). On a u(x)=0u(x) = 0. Calculons u(v(x))u(v(x)) en utilisant la relation uv−vu=uuv - vu = u :
      u(v(x))=v(u(x))+u(x)=v(0)+0=0u(v(x)) = v(u(x)) + u(x) = v(0) + 0 = 0
      Ainsi, v(x)∈Ker(u)v(x) \in \text{Ker}(u), donc Ker(u)\text{Ker}(u) est stable par vv. Puisque uu est nilpotent et E≠{0}E \neq \{0\}, on a Ker(u)≠{0}\text{Ker}(u) \neq \{0\}. Soit vKer(u)v_{\text{Ker}(u)} la restriction de vv à ce sous-espace stable. Son polynôme caractéristique est scindé (car nous sommes sur C\mathbb{C}), donc vKer(u)v_{\text{Ker}(u)} admet au moins un vecteur propre e∈Ker(u)e \in \text{Ker}(u). Ce vecteur ee vérifie v(e)=λev(e) = \lambda e et u(e)=0u(e) = 0. Comme 00 est la seule valeur propre d'un nilpotent, ee est bien un vecteur propre commun.

    2. On procède par récurrence sur n=dim⁡En = \dim E. Le cas n=1n=1 est immédiat. Supposons la propriété vraie jusqu'au rang n−1n-1. D'après 2.(a), il existe un vecteur propre commun e1e_1 pour uu et vv. En complétant e1e_1 en une base de EE, les matrices de uu et vv s'écrivent par blocs :
      M(u)=(0Lu0U′),M(v)=(λLv0V′)M(u) = \begin{pmatrix} 0 & L_u
      0 & U' \end{pmatrix},   M(v) = \begin{pmatrix} \lambda & L_v
      0 & V' \end{pmatrix}
      La relation uv−vu=uuv - vu = u se transmet aux blocs U′U' et V′V' de taille (n−1)×(n−1)(n-1) \times (n-1) :
      U′V′−V′U′=U′U'V' - V'U' = U'
      Par hypothèse de récurrence, U′U' et V′V' sont simultanément trigonalisables. Il existe donc une base de l'espace supplémentaire de Vect(e1)\text{Vect}(e_1) qui convient, ce qui achève la construction d'une base de trigonalisation commune pour EE.

  3. Cas rg(u)=n−1\text{rg(u) = n-1}
    1. On sait que uu est nilpotent. Soit dk=dim⁡Ker(uk)d_k = \dim \text{Ker}(u^k). Puisque dim⁡Ker(u)=1\dim \text{Ker}(u) = 1, et que la suite (dk)(d_k) est strictement croissante jusqu'à l'indice de nilpotence, on doit avoir dk⩾kd_k \geqslant k. Par ailleurs, on sait que pour tout endomorphisme, dk+1−dk⩽d1d_{k+1} - d_k \leqslant d_1. Ici, dk+1−dk⩽1d_{k+1} - d_k \leqslant 1. Comme d0=0d_0 = 0 et dn=nd_n = n, la seule possibilité est que l'augmentation soit exactement de 1 à chaque étape.
      dim⁡Ker(uk)=k∀k∈⟦1,n⟧\boxed{\dim \text{Ker}(u^k) = k   \forall k \in \llbracket 1, n \rrbracket}

    2. Soit EλE_\lambda un sous-espace propre de vv pour la valeur propre λ\lambda. Si x∈Eλx \in E_\lambda, alors :
      v(u(x))=u(v(x))−u(x)=u(λx)−u(x)=(λ−1)u(x)v(u(x)) = u(v(x)) - u(x) = u(\lambda x) - u(x) = (\lambda - 1) u(x)
      Ainsi u(Eλ)⊂Eλ−1u(E_\lambda) \subset E_{\lambda-1}. Soit λn\lambda_n la plus grande valeur propre. Si λn−1\lambda_n - 1 n'était pas valeur propre, alors u(Eλn)={0}u(E_{\lambda_n}) = \{0\}, donc Eλn⊂Ker(u)E_{\lambda_n} \subset \text{Ker}(u). Comme dim⁡Ker(u)=1\dim \text{Ker}(u) = 1, cela impose dim⁡Eλn=1\dim E_{\lambda_n} = 1. Par récurrence, si u∣Eλu_{|E_\lambda} est injective, dim⁡Eλ−1⩾dim⁡Eλ\dim E_{\lambda-1} \geqslant \dim E_\lambda. Comme ∑dim⁡Eλi=n\sum \dim E_{\lambda_i} = n, et que les valeurs propres sont au plus au nombre de nn, on en déduit qu'il y a exactement nn valeurs propres formant la suite (α+1,…,α+n)(\alpha+1, \dots, \alpha+n) et que chaque espace est de dimension 1.

    3. Puisque rg(un−1)=n−(n−1)=1\text{rg}(u^{n-1}) = n - (n-1) = 1, un−1u^{n-1} n'est pas nul. Le vecteur e1=un−1(en)e_1 = u^{n-1}(e_n) est non nul. Les vecteurs ei=un−i(en)e_i = u^{n-i}(e_n) forment une famille libre car ils appartiennent à des sous-espaces propres de vv associés à des valeurs propres distinctes :
      v(ei)=v(un−ien)=(λn−(n−i))ei=(λ1+i−1)eiv(e_i) = v(u^{n-i} e_n) = (\lambda_n - (n-i)) e_i = (\lambda_1 + i - 1) e_i
      La matrice de vv est diagonale : M(v)=diag(λ1,λ1+1,…,λ1+n−1)M(v) = \text{diag}(\lambda_1, \lambda_1+1, \dots, \lambda_1+n-1). La matrice de uu est celle d'un décalage : u(ei)=u(un−ien)=un−(i−1)en=ei−1u(e_i) = u(u^{n-i} e_n) = u^{n-(i-1)} e_n = e_{i-1} pour i>1i > 1 et u(e1)=0u(e_1) = 0.
      M(u)=(010⋱⋱⋱100)\boxed{M(u) = \begin{pmatrix} 0 & 1 & & 0
      & \ddots & \ddots &
      & & \ddots & 1
      0 & & & 0 \end{pmatrix}}

Attention à ne pas affirmer que uu est nilpotent simplement parce qu'il a une valeur propre nulle. Il faut bien utiliser l'argument de la dimension finie sur le spectre de l'opérateur de commutation Φ\Phi.