Soit E un C-espace vectoriel de dimension finie n∈N∗. On considère deux endomorphismes f et g de E.
On suppose qu'il existe un couple (α,β)∈C∗×C tel que :
f∘g−g∘f=αf+βg
On définit l'application ϕg:L(E)→L(E) par ϕg(u)=u∘g−g∘u.
Partie I : Cas où β=0
Dans cette partie, on suppose que f∘g−g∘f=αf avec α=0.
Démontrer que le noyau de f, noté Kerf, est stable par g.
Établir par récurrence que pour tout entier naturel k⩾1, on a :
ϕg(fk)=kαfk
En déduire que l'endomorphisme f est nilpotent.
Montrer que f et g possèdent au moins un vecteur propre en commun.
Partie II : Cas général et structure matricielle
En introduisant l'endomorphisme h=αf+βg, démontrer que f et g admettent toujours un vecteur propre commun.
On revient au cas β=0 et α=1, soit f∘g−g∘f=f. On suppose de plus que fn−1=0.
Justifier l'existence d'un vecteur e∈E tel que la famille B=(e,f(e),…,fn−1(e)) soit une base de E.
En décomposant g(e) dans cette base, montrer que le spectre de g est de la forme {λ,λ−1,…,λ−n+1} pour un certain λ∈C.
Prouver qu'il existe une base B′ de E dans laquelle les matrices de f et g sont respectivement :
MatB′(f)=01⋮0…0⋱……⋱10⋮⋮0 et MatB′(g)=λ0⋮00λ−1⋱……⋱⋱00⋮0λ−n+1
1.
Pour la stabilité du noyau, calculer f(g(x)) pour x∈Kerf en utilisant la relation de commutation.
2.
Pour la nilpotence, voir fk comme un vecteur propre de l'endomorphisme ϕg agissant sur L(E).
3.
Pour le vecteur propre commun, utiliser le fait que tout endomorphisme d'un C-espace vectoriel de dimension finie admet au moins une valeur propre.
4.
Pour la question II.2.(c), si v est un vecteur propre de g associé à μ, calculer g(f(v)) pour voir si f(v) est aussi un vecteur propre.
Idées clés
•
Utilisation de l'endomorphisme de commutation ϕg:u↦[u,g].
•
Lien entre valeurs propres d'un opérateur sur L(E) et nilpotence.
•
Propriété des vecteurs propres : si [f,g]=f, alors f déplace les vecteurs propres de g.
Partie I
Soit x∈Kerf. On a f(x)=0.
D'après la relation fournie : f∘g−g∘f=αf.
En appliquant cette égalité au vecteur x :
f(g(x))−g(f(x))=αf(x)
Comme f(x)=0 et αf(x)=0, il vient f(g(x))=0.
Ainsi, g(x)∈Kerf.
Kerf est stable par g
Procédons par récurrence sur k⩾1.
Initialisation : Pour k=1, ϕg(f)=f∘g−g∘f=αf, la relation est vérifiée.
Hérédité : Supposons ϕg(fk)=kαfk. Alors :
\begin{align*}
\phi_g(f^{k+1}) &= f^{k+1} g - g f^{k+1}
&= f (f^k g - g f^k) + (f g - g f) f^k
&= f (k \alpha f^k) + (\alpha f) f^k
&= k \alpha f^{k+1} + \alpha f^{k+1} = (k+1) \alpha f^{k+1}
\end{align*}
La propriété est donc démontrée pour tout k∈N∗.
∀k∈N∗,ϕg(fk)=kαfk
L'application ϕg est un endomorphisme de l'espace vectoriel L(E).
Comme dimL(E)=n2, cet endomorphisme possède au plus n2 valeurs propres distinctes.
Si fk était non nul pour tout k∈N∗, alors chaque kα (pour k∈{1,…,n2+1}) serait une valeur propre de ϕg.
Or, α=0, donc les réels (ou complexes) kα sont tous distincts.
Ceci contredit la dimension finie de L(E).
Par conséquent, il existe nécessairement un entier k tel que fk=0.
f est un endomorphisme nilpotent
Comme f est nilpotent et E={0}, on sait que Kerf={0}.
D'après la question 1, Kerf est stable par g.
On peut donc considérer l'endomorphisme induit par g sur le sous-espace V=Kerf.
Puisque nous sommes sur C et que dimV⩾1, cet endomorphisme induit admet au moins une valeur propre λ.
Soit x∈V∖{0} un vecteur propre associé : g(x)=λx.
Comme x∈Kerf, on a aussi f(x)=0=0⋅x.
x est un vecteur propre commun aˋf et g
Partie II
Posons h=αf+βg. Calculons le commutateur [h,g] :
\begin{align*}
\phi_g(h) &= h \circ g - g \circ h
&= (\alpha f + \beta g) \circ g - g \circ (\alpha f + \beta g)
&= \alpha (f \circ g - g \circ f) + \beta (g \circ g - g \circ g)
&= \alpha (\alpha f + \beta g) = \alpha h
\end{align*}
Le couple (h,g) vérifie la relation de la Partie I (ϕg(h)=αh avec α=0).
D'après la question I.4, il existe un vecteur x=0 tel que g(x)=λx et h(x)=μx.
On en déduit : αf(x)=h(x)−βg(x)=(μ−βλ)x.
Comme α=0, x est également un vecteur propre de f.
f et g admettent un vecteur propre commun
Puisque fn−1=0 et fn=0 (car f est nilpotent en dimension n), f est un endomorphisme dont l'indice de nilpotence est exactement n.
Un résultat classique sur les endomorphismes nilpotents stipule qu'il existe un vecteur e tel que (e,f(e),…,fn−1(e)) soit libre.
En dimension n, cette famille est une base.
B=(e,f(e),…,fn−1(e)) est une base de E
Notons vk=fk(e). On a g(vk)=g(fk(e)).
D'après la relation ϕg(fk)=kfk (avec α=1), on a g∘fk=fk∘g−kfk.
Ainsi : g(vk)=fk(g(e))−kvk.
Si g(e)=∑j=0n−1λjvj, alors la matrice de g dans B est triangulaire supérieure.
Ses éléments diagonaux sont λ0−k pour k∈{0,…,n−1}.
Les valeurs propres sont donc λ0,λ0−1,…,λ0−n+1.
Sp(g)={λ0,λ0−1,…,λ0−n+1}
Les n valeurs propres de g sont distinctes, donc g est diagonalisable.
Soit x0 un vecteur propre de g pour la valeur propre λ.
D'après la relation g∘f=f∘(g−id), on a :
g(f(x0))=f(g(x0)−x0)=f(λx0−x0)=(λ−1)f(x0).
Par récurrence, fk(x0) est soit nul, soit un vecteur propre de g pour la valeur propre λ−k.
Comme les valeurs propres sont distinctes, la famille (x0,f(x0),…,fn−1(x0)) est constituée de vecteurs propres associés à des valeurs propres différentes, elle est donc libre.
En posant e1=fn−1(x0),e2=fn−2(x0),…,en=x0, on obtient la structure de matrice demandée.
Ne pas oublier que la nilpotence de f dépend de la dimension finie de E et de la non-nullité de α. En dimension infinie, f pourrait ne pas être nilpotent.