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Soient AA et BB deux matrices de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) et α\alpha un complexe non nul. On suppose que le crochet de Lie de BB et AA vérifie la relation :

[B,A]=BA−AB=−αA[B, A] = BA - AB = -\alpha A

  1. Établir que pour tout nombre complexe tt, on a l'égalité suivante :
    Aexp⁡(tB)=exp⁡(tα)exp⁡(tB)AA \exp(tB) = \exp(t\alpha) \exp(tB) A
  2. En déduire que pour tout scalaire β∈C∗\beta \in \mathbb{C}^*, la matrice AA est semblable à la matrice βA\beta A.
  3. En examinant les traces des puissances de AA, démontrer que AA est une matrice nilpotente.

1.

Pour la question 1, on pourra introduire la fonction de la variable réelle tt définie par f(t)=exp⁡(tB)Aexp⁡(−tB)f(t) = \exp(tB) A \exp(-tB) et montrer qu'elle vérifie une équation différentielle simple.

2.

Pour la question 2, utiliser la surjectivité de l'exponentielle complexe de C\mathbb{C} vers C∗\mathbb{C}^*.

3.

Pour la question 3, montrer par récurrence une relation sur [B,Ak][B, A^k] pour en déduire que Tr(Ak)=0Tr(A^k) = 0 pour tout k≥1k \geq 1.

Idées clés

•

Utilisation d'une fonction auxiliaire de l'exponentielle de matrice.

•

Lien entre similitude et spectre (invariance par similitude).

•

Caractérisation de la nilpotence par les traces des puissances.

Résolution.

  1. Soit t∈Rt \in \mathbb{R}. Posons Φ(t)=exp⁡(tB)Aexp⁡(−tB)\Phi(t) = \exp(tB) A \exp(-tB). La fonction Φ\Phi est dérivable sur R\mathbb{R} et sa dérivée vaut :
    Φ′(t)=Bexp⁡(tB)Aexp⁡(−tB)−exp⁡(tB)Aexp⁡(−tB)B\Phi'(t) = B \exp(tB) A \exp(-tB) - \exp(tB) A \exp(-tB) B
    On reconnaît le crochet de Lie :
    Φ′(t)=[B,Φ(t)]\Phi'(t) = [B, \Phi(t)]
    Or, par hypothèse, [B,A]=−αA[B, A] = -\alpha A. L'endomorphisme u:M↦[B,M]u : M \mapsto [B, M] de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) vérifie u(A)=−αAu(A) = -\alpha A. Il en résulte que Φ(t)=exp⁡(tu)(A)\Phi(t) = \exp(tu)(A), ce qui donne :
    Φ(t)=∑k=0+∞tkk!uk(A)=∑k=0+∞tkk!(−α)kA=e−tαA\Phi(t) = \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{t^k}{k!} u^k(A) = \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{t^k}{k!} (-\alpha)^k A = e^{-t\alpha} A
    On en déduit l'égalité exp⁡(tB)Aexp⁡(−tB)=e−tαA\exp(tB) A \exp(-tB) = e^{-t\alpha} A, ce qui équivaut à :
    Aexp⁡(tB)=etαexp⁡(tB)A\boxed{ A \exp(tB) = e^{t\alpha} \exp(tB) A }
    Cette relation, établie pour t∈Rt \in \mathbb{R}, s'étend à t∈Ct \in \mathbb{C} par prolongement analytique (ou en constatant que les deux membres sont des fonctions entières de tt).

  2. Soit β∈C∗\beta \in \mathbb{C}^*. Puisque α≠0\alpha \neq 0, la fonction z↦ezαz \mapsto e^{z\alpha} est une surjection de C\mathbb{C} sur C∗\mathbb{C}^*. Il existe donc un complexe t0t_0 tel que et0α=βe^{t_0 \alpha} = \beta. D'après la question précédente, on a Aexp⁡(t0B)=βexp⁡(t0B)AA \exp(t_0 B) = \beta \exp(t_0 B) A, ce qui s'écrit :
    βA=exp⁡(t0B)−1Aexp⁡(t0B)\beta A = \exp(t_0 B)^{-1} A \exp(t_0 B)
    Comme exp⁡(t0B)\exp(t_0 B) est inversible, on conclut :
    ∀β∈C∗,A∼βA\boxed{ \forall \beta \in \mathbb{C}^*,   A \sim \beta A }

  3. Montrons par récurrence que pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, on a [B,Ak]=−kαAk[B, A^k] = -k\alpha A^k. Pour k=1k=1, c'est l'hypothèse. Supposons la propriété vraie au rang kk. Alors : \begin{align*} [B, A^{k+1}] &= B A^{k+1} - A^{k+1} B
    &= (BA^k - A^kB) A + A^k(BA - AB)
    &= (-k\alpha A^k) A + A^k(-\alpha A) = -(k+1)\alpha A^{k+1} \end{align*} La propriété est donc démontrée pour tout k≥1k \geq 1. En prenant la trace de cette égalité, et sachant que la trace d'un commutateur est nulle (Tr(XY−YX)=0Tr(XY-YX)=0), on obtient :
    0=Tr([B,Ak])=−kαTr(Ak)0 = Tr([B, A^k]) = -k\alpha Tr(A^k)
    Puisque α≠0\alpha \neq 0 et k≥1k \geq 1, on en déduit que :
    ∀k∈{1,…,n},Tr(Ak)=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   Tr(A^k) = 0
    D'après les relations de Newton, cela implique que toutes les valeurs propres de AA sont nulles.
    La matrice A est nilpotente.\boxed{ \text{La matrice } A \text{ est nilpotente.} }

Une erreur classique serait de penser que A∼βAA \sim \beta A implique A=0A=0. C'est faux, cela impose seulement la nilpotence car le spectre doit être invariant par homothétie, ce qui n'est possible pour un ensemble fini que s'il est réduit à {0}\{0\}.