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_2$-triplet associé à une matrice nilpotente}

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et X∈Mn(C)X \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) une matrice nilpotente.

Démontrer qu'il existe deux matrices MM et YY appartenant à Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) vérifiant les relations de commutation suivantes :

[M,X]=2X,[M,Y]=−2Yet[X,Y]=M[M, X] = 2X,   [M, Y] = -2Y   \text{et}   [X, Y] = M

où le crochet de Lie est défini par [A,B]=AB−BA[A, B] = AB - BA.

1.

Commencer par traiter le cas où l'endomorphisme associé à XX possède un vecteur vv tel que la famille (v,Xv,…,Xn−1v)(v, Xv, \dots, X^{n-1}v) soit une base de Cn\mathbb{C}^n (cas d'un bloc nilpotent maximal).

2.

Dans ce cas, chercher MM sous forme d'une matrice diagonale dans une base adaptée au caractère nilpotent de XX.

3.

Pour le cas général, utiliser le fait que toute matrice nilpotente est semblable à une matrice diagonale par blocs, où chaque bloc correspond au cas précédent.

Idées clés

•

Réduction du problème à l'étude d'un seul "bloc" cyclique nilpotent.

•

Construction explicite de MM (diagonale) et YY (décalage pondéré) dans une base adaptée.

•

Utilisation de la structure de bloc pour généraliser à toute matrice nilpotente.

Étape 1 : Analyse dans le cas d'un seul bloc cyclique.

Supposons qu'il existe une base B=(e1,e2,…,ek)\mathcal{B} = (e_1, e_2, \dots, e_k) de Ck\mathbb{C}^k telle que :

Xe1=0et∀i∈{2,…,k}, Xei=ei−1X e_1 = 0   \text{et}   \forall i \in \{2, \dots, k\}, \ X e_i = e_{i-1}

Cherchons une matrice MM diagonale dans cette base : M=diag(μ1,…,μk)M = \text{diag}(\mu_1, \dots, \mu_k).

Calculons l'action de [M,X][M, X] sur les vecteurs de base :

[M,X]e1=MXe1−XMe1=0−X(μ1e1)=0[M, X] e_1 = M X e_1 - X M e_1 = 0 - X (\mu_1 e_1) = 0

Pour i∈{2,…,k}i \in \{2, \dots, k\} :

[M,X]ei=M(Xei)−X(Mei)=Mei−1−X(μiei)=μi−1ei−1−μiei−1=(μi−1−μi)ei−1[M, X] e_i = M(X e_i) - X(M e_i) = M e_{i-1} - X(\mu_i e_i) = \mu_{i-1} e_{i-1} - \mu_i e_{i-1} = (\mu_{i-1} - \mu_i) e_{i-1}

On souhaite [M,X]=2X[M, X] = 2X, ce qui impose 2Xei=2ei−12 X e_i = 2 e_{i-1}. On obtient la relation de récurrence :

∀i∈{2,…,k}, μi−1−μi=2\forall i \in \{2, \dots, k\}, \ \mu_{i-1} - \mu_i = 2

Ceci montre que la suite (μi)(\mu_i) est arithmétique de raison −2-2. On a donc :

μi=μ1−2(i−1)\mu_i = \mu_1 - 2(i-1)

Étape 2 : Construction de YY et détermination de μ1\mu_1.

Cherchons YY sous la forme d'un opérateur de décalage : Yei=αiei+1Y e_i = \alpha_i e_{i+1} pour i<ki < k et Yek=0Y e_k = 0.

Calculons [X,Y]ei[X, Y] e_i pour i∈{1,…,k}i \in \{1, \dots, k\} (en posant α0=0\alpha_0 = 0 et ek+1=0e_{k+1}=0) :

[X,Y]ei=X(Yei)−Y(Xei)=αiXei+1−Yei−1=αiei−αi−1ei=(αi−αi−1)ei[X, Y] e_i = X(Y e_i) - Y(X e_i) = \alpha_i X e_{i+1} - Y e_{i-1} = \alpha_i e_i - \alpha_{i-1} e_i = (\alpha_i - \alpha_{i-1}) e_i

On veut [X,Y]=M[X, Y] = M, soit αi−αi−1=μi\alpha_i - \alpha_{i-1} = \mu_i. Par sommation :

αi=∑j=1iμj=∑j=1i(μ1−2j+2)=iμ1−2i(i+1)2+2i=i(μ1−i+1)\alpha_i = \sum_{j=1}^i \mu_j = \sum_{j=1}^i (\mu_1 - 2j + 2) = i \mu_1 - 2 \frac{i(i+1)}{2} + 2i = i(\mu_1 - i + 1)

La condition Yek=0Y e_k = 0 impose αk=0\alpha_k = 0, soit k(μ1−k+1)=0k(\mu_1 - k + 1) = 0. Comme k≠0k \neq 0, on en déduit :

μ1=k−1\boxed{\mu_1 = k-1}

On en déduit les valeurs des coefficients :

μi=k−2i+1etαi=i(k−i)\mu_i = k - 2i + 1   \text{et}   \alpha_i = i(k-i)

Étape 3 : Vérification de la dernière relation.

Vérifions enfin [M,Y]=−2Y[M, Y] = -2Y. Pour i<ki < k :

[M,Y]ei=M(Yei)−Y(Mei)=αiMei+1−μiYei=αiμi+1ei+1−μiαiei+1[M, Y] e_i = M(Y e_i) - Y(M e_i) = \alpha_i M e_{i+1} - \mu_i Y e_i = \alpha_i \mu_{i+1} e_{i+1} - \mu_i \alpha_i e_{i+1}
[M,Y]ei=αi(μi+1−μi)ei+1[M, Y] e_i = \alpha_i (\mu_{i+1} - \mu_i) e_{i+1}

Comme μi+1−μi=−2\mu_{i+1} - \mu_i = -2 par construction, on a bien [M,Y]ei=−2αiei+1=−2Yei[M, Y] e_i = -2 \alpha_i e_{i+1} = -2 Y e_i.

Étape 4 : Passage au cas général.

Toute matrice nilpotente XX est semblable à une matrice diagonale par blocs X′=diag(Jk1,…,Jkp)X' = \text{diag}(J_{k_1}, \dots, J_{k_p}) où chaque JkmJ_{k_m} est un bloc cyclique de taille kmk_m.

D'après les étapes précédentes, pour chaque bloc JkmJ_{k_m}, il existe MmM_m et YmY_m vérifiant les relations. En posant :

M′=diag(M1,…,Mp)etY′=diag(Y1,…,Yp)M' = \text{diag}(M_1, \dots, M_p)   \text{et}   Y' = \text{diag}(Y_1, \dots, Y_p)

les relations de commutation sont satisfaites pour (X′,M′,Y′)(X', M', Y').

Par similitude, si X=PX′P−1X = P X' P^{-1}, il suffit de poser M=PM′P−1M = P M' P^{-1} et Y=PY′P−1Y = P Y' P^{-1} pour conclure.

Une erreur classique serait de chercher MM comme une matrice scalaire. Or, la trace de MM doit être nulle puisque M=[X,Y]M = [X, Y] (la trace d'un commutateur est toujours nulle).