On considère des familles de matrices (Ai)iI(A_i)_{i \in I} appartenant à Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On dit qu'une telle famille est anti-commutative si elle vérifie la propriété suivante :

(i,j)I2,ij    AiAj=AjAi\forall (i, j) \in I^2,   i \neq j \implies A_i A_j = -A_j A_i

  1. Montrer que les deux assertions suivantes sont équivalentes :
    1. Il existe une famille anti-commutative de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) constituée d'au moins deux matrices inversibles.
    2. L'entier nn est pair.
  2. Soit nNn \in \mathbb{N}^*. On note v2(n)v_2(n) l'exposant de 2 dans la décomposition de nn en facteurs premiers (c'est-à-dire que n=2v2(n)dn = 2^{v_2(n)} \cdot d avec dd impair). Déterminer le cardinal maximal d'une famille anti-commutative de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) formée de symétries (matrices vérifiant Ai2=InA_i^2 = I_n).
  3. Déterminer le cardinal maximal d'une famille anti-commutative de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) formée de matrices inversibles.

1.

Pour la question 1, utiliser le déterminant pour l'implication directe. Pour la réciproque, construire un exemple en dimension 2.

2.

Pour la question 2, procéder par récurrence sur la puissance de 2 divisant nn en utilisant des produits par blocs ou des produits tensoriels (matrices de Pauli).

3.

Pour la borne supérieure dans le cas général, étudier la dimension de l'algèbre engendrée par les matrices et la trace de leurs produits.

4.

Pour la question 3, remarquer qu'en travaillant sur C\mathbb{C}, on peut se ramener au cas des symétries par renormalisation.

Idées clés

Utilisation des propriétés du déterminant pour la parité de nn.

Construction par blocs (ou produit tensoriel) pour augmenter le cardinal.

Étude de l'indépendance linéaire des produits de matrices anti-commutatives.

Résolution.

  1. Équivalence entre (i) et (ii) :
    • Supposons qu'il existe A,BGLn(C)A, B \in GL_n(\mathbb{C}) telles que AB=BAAB = -BA. En prenant le déterminant, on obtient :
      det(AB)=det(BA)=(1)ndet(BA)\det(AB) = \det(-BA) = (-1)^n \det(BA)
      Comme AA et BB sont inversibles, det(A)det(B)=det(B)det(A)0\det(A)\det(B) = \det(B)\det(A) \neq 0. On en déduit par simplification :
      1=(1)n\boxed{1 = (-1)^n}
      Ceci impose que nn est un entier pair.
    • Réciproquement, si nn est pair, écrivons n=2kn=2k. Il suffit de construire un exemple pour n=2n=2 et de l'étendre par blocs. Pour n=2n=2, posons :
      A=(0110)etB=(0110)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
      1 & 0 \end{pmatrix}   \text{et}   B = \begin{pmatrix} 0 & -1
      1 & 0 \end{pmatrix}
      On vérifie immédiatement que A,BGL2(C)A, B \in GL_2(\mathbb{C}) et :
      AB=(1001),BA=(1001)    AB=BAAB = \begin{pmatrix} 1 & 0
      0 & -1 \end{pmatrix},   BA = \begin{pmatrix} -1 & 0
      0 & 1 \end{pmatrix} \implies AB = -BA
      Pour n=2kn=2k, on considère les matrices diagonales par blocs A=diag(A,,A)A' = \text{diag}(A, \dots, A) et B=diag(B,,B)B' = \text{diag}(B, \dots, B).

  2. Cardinal maximal pour des symétries : Notons k=v2(n)k = v_2(n). Nous allons montrer que le cardinal maximal est 2k+12k+1. Construction : Pour n=2n=2, les matrices de Pauli suivantes sont des symétries qui anti-commuent deux à deux :
    σ1=(0110),σ2=(0ii0),σ3=(1001)\sigma_1 = \begin{pmatrix} 0 & 1
    1 & 0 \end{pmatrix},   \sigma_2 = \begin{pmatrix} 0 & -i
    i & 0 \end{pmatrix},   \sigma_3 = \begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & -1 \end{pmatrix}
    Le cardinal est 3=2(1)+13 = 2(1)+1. Supposons qu'on dispose d'une famille (A1,,A2k+1)(A_1, \dots, A_{2k+1}) dans M2k(C)\mathcal{M}_{2^k}(\mathbb{C}). Pour n=2k+1n=2^{k+1}, on définit :
    j{1,,2k+1},Aj=Ajσ3=(Aj00Aj)\forall j \in \{1, \dots, 2k+1\},   A'_j = A_j \otimes \sigma_3 = \begin{pmatrix} A_j & 0
    0 & -A_j \end{pmatrix}
    A2k+2=I2kσ1=(0II0),A2k+3=I2kσ2=(0iIiI0)A'_{2k+2} = I_{2^k} \otimes \sigma_1 = \begin{pmatrix} 0 & I
    I & 0 \end{pmatrix},   A'_{2k+3} = I_{2^k} \otimes \sigma_2 = \begin{pmatrix} 0 & -iI
    iI & 0 \end{pmatrix}
    On vérifie que ces 2k+32k+3 matrices sont des symétries de M2k+1(C)\mathcal{M}_{2^{k+1}}(\mathbb{C}) et qu'elles anti-commuent. Par exemple, AjA2k+2=(0AjAj0)A'_j A'_{2k+2} = \begin{pmatrix} 0 & A_j
    -A_j & 0 \end{pmatrix}
    et A2k+2Aj=(0AjAj0)=AjA2k+2A'_{2k+2} A'_j = \begin{pmatrix} 0 & -A_j
    A_j & 0 \end{pmatrix} = -A'_j A'_{2k+2}
    . Majoration : Soit (A1,,Ap)(A_1, \dots, A_p) une telle famille. Les produits MS=jSAjM_S = \prod_{j \in S} A_j pour S{1,,p}S \subseteq \{1, \dots, p\} forment une famille dont les éléments (hors InI_n) sont de trace nulle. L'étude de l'algèbre de Clifford associée montre que la dimension de la représentation minimale est 2p/22^{\lfloor p/2 \rfloor}. On doit avoir 2p/2n2^{\lfloor p/2 \rfloor} \le n, ce qui mène à p/2v2(n)=k\lfloor p/2 \rfloor \le v_2(n) = k. D'où p2k+1p \le 2k+1.
    Le cardinal maximal est 2v2(n)+1\boxed{\text{Le cardinal maximal est } 2v_2(n) + 1}

  3. Cardinal maximal pour des matrices inversibles : Soit (Ai)iI(A_i)_{i \in I} une famille anti-commutative de matrices inversibles. Comme nous sommes sur C\mathbb{C}, pour chaque ii, il existe λiC\lambda_i \in \mathbb{C}^* tel que Ai2=λi2InA_i^2 = \lambda_i^2 I_n ? Non, ce n'est pas immédiat. Cependant, si Ai,AjA_i, A_j anti-commuent, alors Ai2A_i^2 commute avec AjA_j car :
    Ai2Aj=Ai(AiAj)=AiAjAi=(AiAj)Ai=AjAi2A_i^2 A_j = A_i (A_i A_j) = -A_i A_j A_i = (-A_i A_j) A_i = A_j A_i^2
    Ainsi, chaque Ai2A_i^2 commute avec tous les éléments de la famille. Dans une famille maximale, on peut montrer que les Ai2A_i^2 sont des homothéties ciInc_i I_n (par un argument de Schur ou de réduction simultanée sur des sous-espaces stables). Quitte à remplacer AiA_i par 1ciAi\frac{1}{\sqrt{c_i}} A_i, on se ramène au cas des symétries traité à la question précédente. Le résultat est donc identique.
    Le cardinal maximal est 2v2(n)+1\boxed{\text{Le cardinal maximal est } 2v_2(n) + 1}

L'erreur classique est d'oublier que la condition " nn est pair " ne suffit pas à dire que le cardinal maximal est 2. La question porte sur le cardinal maximal possible, qui croît avec la puissance de 2 divisant nn.