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Soit nn un entier naturel non nul. On considère une matrice A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) et on définit la matrice B∈M2n(C)B \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}) par la structure de blocs suivante :

B=(A2A−A2A)B = \begin{pmatrix} A & 2 A
-A & 2 A \end{pmatrix}

Démontrer que la matrice AA est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) si, et seulement si, la matrice BB est diagonalisable dans M2n(C)\mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}).

1.

On pourra remarquer que BB s'écrit comme un produit "bloc par bloc" faisant intervenir la matrice M=(12−12)M = \begin{pmatrix} 1 & 2
-1 & 2 \end{pmatrix}
.

2.

Étudier la diagonalisabilité de MM dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}).

3.

Utiliser une matrice de passage par blocs pour transformer BB en une matrice diagonale par blocs.

4.

Rappeler qu'une matrice diagonale par blocs diag(M1,M2)\text{diag}(M_1, M_2) est diagonalisable si et seulement si chaque bloc MiM_i l'est.

Idées clés

•

Réduction d'une matrice de petite taille agissant sur les blocs.

•

Utilisation de la structure de transvection ou de produit tensoriel implicite.

•

Lien entre la diagonalisabilité d'une matrice et de ses restrictions à des sous-espaces stables.

Résolution.

Considérons la matrice auxiliaire M=(12−12)∈M2(C)M = \begin{pmatrix} 1 & 2
-1 & 2 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_2(\mathbb{C})
.

Calculons son polynôme caractéristique χM(X)\chi_M(X) :

χM(X)=det⁡(XI2−M)=∣X−1−21X−2∣=(X−1)(X−2)+2=X2−3X+4\chi_M(X) = \det(X I_2 - M) = \begin{vmatrix} X-1 & -2
1 & X-2 \end{vmatrix} = (X-1)(X-2) + 2 = X^2 - 3X + 4

Le discriminant de ce trinôme est Δ=(−3)2−4(4)=9−16=−7\Delta = (-3)^2 - 4(4) = 9 - 16 = -7.

Les racines de χM\chi_M sont complexes, distinctes et valent :

λ1=3+i72etλ2=3−i72\lambda_1 = \frac{3 + i\sqrt{7}}{2}   \text{et}   \lambda_2 = \frac{3 - i\sqrt{7}}{2}

Puisque MM possède deux valeurs propres distinctes en dimension 2, MM est diagonalisable dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}).

Il existe donc une matrice inversible P=(p11p12p21p22)∈GL2(C)P = \begin{pmatrix} p_{11} & p_{12}
p_{21} & p_{22} \end{pmatrix} \in GL_2(\mathbb{C})
telle que :

P−1MP=(λ100λ2)\boxed{ P^{-1} M P = \begin{pmatrix} \lambda_1 & 0
0 & \lambda_2 \end{pmatrix} }

Définissons maintenant la matrice de passage par blocs P∈M2n(C)\mathcal{P} \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}) par :

P=(p11Inp12Inp21Inp22In)\mathcal{P} = \begin{pmatrix} p_{11} I_n & p_{12} I_n
p_{21} I_n & p_{22} I_n \end{pmatrix}

Par les règles de calcul sur les matrices par blocs (qui se comportent ici comme le produit tensoriel P⊗InP \otimes I_n), P\mathcal{P} est inversible d'inverse P−1=(q11Inq12Inq21Inq22In)\mathcal{P}^{-1} = \begin{pmatrix} q_{11} I_n & q_{12} I_n
q_{21} I_n & q_{22} I_n \end{pmatrix}
où les qijq_{ij} sont les coefficients de P−1P^{-1}.

Un calcul par blocs montre que :

P−1BP=(λ1A00λ2A)\mathcal{P}^{-1} B \mathcal{P} = \begin{pmatrix} \lambda_1 A & 0
0 & \lambda_2 A \end{pmatrix}

Notons B′B' cette matrice diagonale par blocs. La matrice BB est diagonalisable si et seulement si B′B' l'est.

Condition suffisante : Supposons AA diagonalisable. Alors il existe Q∈GLn(C)Q \in GL_n(\mathbb{C}) tel que Q−1AQ=DQ^{-1} A Q = D est diagonale.

Dans ce cas, la matrice Q=(Q00Q)\mathcal{Q} = \begin{pmatrix} Q & 0
0 & Q \end{pmatrix}
permet de diagonaliser simultanément les deux blocs :

Q−1B′Q=(λ1Q−1AQ00λ2Q−1AQ)=(λ1D00λ2D)\mathcal{Q}^{-1} B' \mathcal{Q} = \begin{pmatrix} \lambda_1 Q^{-1} A Q & 0
0 & \lambda_2 Q^{-1} A Q \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \lambda_1 D & 0
0 & \lambda_2 D \end{pmatrix}

Cette dernière matrice étant diagonale, B′B' est diagonalisable, donc BB l'est.

Condition nécessaire : Supposons BB diagonalisable, alors B′B' l'est également.

Comme B′B' est diagonale par blocs, ses sous-espaces propres sont la somme directe des sous-espaces propres de chaque bloc. Un résultat classique stipule qu'une matrice diagonale par blocs est diagonalisable si et seulement si chaque bloc diagonal est diagonalisable.

Ainsi, λ1A\lambda_1 A et λ2A\lambda_2 A sont diagonalisables.

Comme λ1≠0\lambda_1 \neq 0 (car det⁡(M)=4≠0\det(M) = 4 \neq 0), la diagonalisabilité de λ1A\lambda_1 A implique celle de AA :

A=1λ1(λ1A)\boxed{ A = \frac{1}{\lambda_1} (\lambda_1 A) }

On en conclut l'équivalence.

Attention à ne pas oublier de justifier que les valeurs propres λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 sont non nulles. Si l'une des valeurs propres était nulle, on perdrait l'équivalence car 0⋅A0 \cdot A est toujours diagonalisable, même si AA ne l'est pas.