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Soient nn et pp deux entiers naturels non nuls. On considère un corps K\mathbb{K} (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}).

  1. Soient A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) et B∈Mn,p(K)B \in \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}). On définit la matrice par blocs M∈Mn+p(K)M \in \mathcal{M}_{n+p}(\mathbb{K}) par :
    M=(AB0p,n0p,p)M = \begin{pmatrix} A & B
    0_{p,n} & 0_{p,p} \end{pmatrix}
    Démontrer que la matrice MM est diagonalisable dans Mn+p(K)\mathcal{M}_{n+p}(\mathbb{K}) si, et seulement si, les deux conditions suivantes sont vérifiées :
    1. La matrice AA est diagonalisable.
    2. Im⁡(B)⊂Im⁡(A)\operatorname{Im}(B) \subset \operatorname{Im}(A).

  2. Application : soit A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) une matrice non nulle. On considère la matrice M∈M2n(K)M \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{K}) définie par :
    M=(0nA0n0n)M = \begin{pmatrix} 0_n & A
    0_n & 0_n \end{pmatrix}
    La matrice MM est-elle diagonalisable ? Justifier soigneusement la réponse.

1.

Pour la question 1, utiliser le fait qu'une matrice est diagonalisable si et seulement s'il existe un polynôme annulateur scindé à racines simples. Remarquer que pour tout polynôme PP, le bloc en haut à gauche de P(M)P(M) est P(A)P(A).

2.

Pour la condition Im⁡(B)⊂Im⁡(A)\operatorname{Im}(B) \subset \operatorname{Im}(A), on pourra chercher une matrice de passage P=(InX0Ip)P = \begin{pmatrix} I_n & X
0 & I_p \end{pmatrix}
qui rend MM semblable à une matrice diagonale par blocs.

3.

Pour la question 2, utiliser le résultat de la question 1 ou étudier le polynôme minimal de MM.

Idées clés

•

Caractérisation de la diagonalisabilité par les polynômes annulateurs.

•

Stabilité de la diagonalisabilité par similitude.

•

Lien entre l'image d'une matrice et la résolubilité d'un système linéaire.

Résolution.

  1. Procédons par double implication. Sens direct (  ⟹  \implies) : Supposons que MM soit diagonalisable. Il existe alors un polynôme P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X], scindé à racines simples sur K\mathbb{K}, tel que P(M)=0P(M) = 0. Par un calcul par blocs immédiat, on remarque que pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, Mk=(Ak…00)M^k = \begin{pmatrix} A^k & \dots
    0 & 0 \end{pmatrix}
    pour k≥1k \geq 1. Ainsi, le bloc en haut à gauche de P(M)P(M) est P(A)P(A), à l'exception possible du terme constant P(0)InP(0) I_n. Cependant, comme MM possède au moins une ligne nulle (puisque p≥1p \geq 1), MM n'est pas inversible. L'une de ses valeurs propres est donc 00. Comme PP annule MM, 00 est racine de PP, d'où P(0)=0P(0) = 0. On en déduit que le bloc en haut à gauche de P(M)P(M) est exactement P(A)P(A). L'égalité P(M)=0P(M) = 0 entraîne donc P(A)=0P(A) = 0. Comme PP est scindé à racines simples, on conclut que :
    A est diagonalisable\boxed{A \text{ est diagonalisable}}

    Étudions maintenant la condition sur BB. Puisque P(0)=0P(0)=0, on peut écrire P(X)=XR(X)P(X) = X R(X) avec R∈K[X]R \in \mathbb{K}[X]. Comme 00 est une racine simple de PP, on a R(0)=P′(0)≠0R(0) = P'(0) \neq 0. Le calcul des puissances de MM donne Mk=(AkAk−1B00)M^k = \begin{pmatrix} A^k & A^{k-1}B
    0 & 0 \end{pmatrix}
    pour tout k≥1k \geq 1. Par linéarité, le bloc supérieur droit de P(M)P(M) est :

    ∑k=1dakAk−1B=R(A)B\sum_{k=1}^d a_k A^{k-1} B = R(A)B
    L'égalité P(M)=0P(M)=0 impose donc R(A)B=0R(A)B = 0, ce qui signifie que Im⁡(B)⊂ker⁡(R(A))\operatorname{Im}(B) \subset \ker(R(A)). Puisque AA est diagonalisable, l'espace E=KnE = \mathbb{K}^n se décompose en E=ker⁡(A)⊕Im⁡(A)E = \ker(A) \oplus \operatorname{Im}(A). Sur Im⁡(A)\operatorname{Im}(A), AA induit un automorphisme dont les valeurs propres λ\lambda sont les racines non nulles de PP. Comme R(λ)=P(λ)/λ=0R(\lambda) = P(\lambda)/\lambda = 0, R(A)R(A) est nul sur Im⁡(A)\operatorname{Im}(A). Sur ker⁡(A)\ker(A), AA est nulle, donc R(A)R(A) agit comme l'homothétie R(0)Id⁡R(0) \operatorname{Id}. Comme R(0)≠0R(0) \neq 0, R(A)R(A) est injectif sur ker⁡(A)\ker(A). On en déduit que ker⁡(R(A))=Im⁡(A)\ker(R(A)) = \operatorname{Im}(A). L'inclusion Im⁡(B)⊂ker⁡(R(A))\operatorname{Im}(B) \subset \ker(R(A)) devient :
    Im⁡(B)⊂Im⁡(A)\boxed{\operatorname{Im}(B) \subset \operatorname{Im}(A)}

    Sens réciproque (  ⟸  \impliedby) : Supposons que AA soit diagonalisable et que Im⁡(B)⊂Im⁡(A)\operatorname{Im}(B) \subset \operatorname{Im}(A). La condition d'inclusion des images assure l'existence d'une matrice X∈Mn,p(K)X \in \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) telle que AX=−BAX = -B. Considérons la matrice de passage par blocs Q=(InX0Ip)Q = \begin{pmatrix} I_n & X
    0 & I_p \end{pmatrix}
    . Elle est inversible d'inverse Q−1=(In−X0Ip)Q^{-1} = \begin{pmatrix} I_n & -X
    0 & I_p \end{pmatrix}
    . Effectuons le changement de base :

    Q−1MQ=(In−X0Ip)(AB00)(InX0Ip)Q^{-1} M Q = \begin{pmatrix} I_n & -X
    0 & I_p \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A & B
    0 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I_n & X
    0 & I_p \end{pmatrix}
    Q−1MQ=(AAX+B00)=(A000)Q^{-1} M Q = \begin{pmatrix} A & AX+B
    0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & 0
    0 & 0 \end{pmatrix}
    La matrice MM est donc semblable à la matrice diagonale par blocs diag⁡(A,0)\operatorname{diag}(A, 0). Puisque AA est diagonalisable, il existe SS inversible telle que S−1AS=DS^{-1}AS = D (diagonale). Alors diag⁡(S−1,Ip)diag⁡(A,0)diag⁡(S,Ip)=diag⁡(D,0)\operatorname{diag}(S^{-1}, I_p) \operatorname{diag}(A, 0) \operatorname{diag}(S, I_p) = \operatorname{diag}(D, 0) est diagonale.
    M est diagonalisable\boxed{M \text{ est diagonalisable}}

  2. Dans ce cas particulier, nous avons la structure de la question 1 avec la matrice « AA » nulle. D'après le critère établi précédemment, M=(0nA0n0n)M = \begin{pmatrix} 0_n & A
    0_n & 0_n \end{pmatrix}
    est diagonalisable si, et seulement si :
    1. 0n0_n est diagonalisable (ce qui est toujours vrai).
    2. Im⁡(A)⊂Im⁡(0n)={0}\operatorname{Im}(A) \subset \operatorname{Im}(0_n) = \{0\}.
    L'inclusion Im⁡(A)⊂{0}\operatorname{Im}(A) \subset \{0\} équivaut à A=0A = 0. Or, l'énoncé précise que AA est une matrice non nulle.
    M n’est pas diagonalisable\boxed{M \text{ n'est pas diagonalisable}}

    Remarque : On pouvait aussi observer que M≠0M \neq 0 et M2=0M^2 = 0. Le polynôme X2X^2 annule MM. Le polynôme minimal de MM est donc X2X^2, car M≠0M \neq 0. Ce polynôme n'étant pas à racines simples, MM n'est pas diagonalisable.

Attention à ne pas oublier que la diagonalisabilité de AA ne suffit pas. L'exemple de la question 2 montre qu'une matrice dont les blocs diagonaux sont nuls (donc diagonalisables) n'est pas nécessairement diagonalisable si le bloc supérieur n'est pas nul.