WikiPrépaLivrets

Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et K\mathbb{K} le corps R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}. On considère deux matrices A,C∈Mn(K)A, C \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) et une matrice B∈Mn(K)B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). On définit la matrice par blocs M∈M2n(K)M \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{K}) par :

M=(AB0C)M = \begin{pmatrix} A & B
0 & C \end{pmatrix}

  1. On suppose dans cette question que AB=BCAB = BC.
    1. Pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, exprimer MkM^k en fonction de A,B,CA, B, C et kk.
    2. En déduire que pour tout polynôme P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X], on a :
      P(M)=(P(A)BP′(C)0P(C))P(M) = \begin{pmatrix} P(A) & B P'(C)
      0 & P(C) \end{pmatrix}
    3. Donner une condition nécessaire et suffisante (CNS) sur A,BA, B et CC pour que MM soit diagonalizable dans M2n(K)\mathcal{M}_{2n}(\mathbb{K}).

  2. On suppose maintenant que A=CA=C et que AA et BB commutent. À quelle condition MM est-elle diagonalizable ? On discutera de l'influence de l'hypothèse « BB est diagonalizable » sur le résultat.

1.

Pour la question 1.(a), procéder par récurrence sur kk. Utiliser la relation AkB=BCkA^k B = B C^k qui découle de AB=BCAB=BC.

2.

Utiliser la linéarité pour passer des puissances aux polynômes dans la question 1.(b).

3.

Pour la question 1.(c), utiliser le critère de diagonalisabilité portant sur le polynôme annulateur scindé à racines simples.

4.

Remarquer que si P(C)=0P(C)=0 et PP a des racines simples, alors P′(C)P'(C) est une matrice inversible.

Idées clés

•

Relation de commutation entre blocs pour les puissances d'une matrice.

•

Caractérisation polynomiale de la diagonalisabilité (polynôme minimal).

•

Propriété des polynômes à racines simples : si P(λ)=0P(\lambda)=0, alors P′(λ)≠0P'(\lambda) \neq 0.

Résolution.

    1. Montrons par récurrence sur k∈Nk \in \mathbb{N} que :
      Mk=(AkkBCk−10Ck)\boxed{M^k = \begin{pmatrix} A^k & kBC^{k-1}
      0 & C^k \end{pmatrix}}
      (avec la convention C−1=0C^{-1} = 0 pour k=0k=0 ou en isolant les premiers termes).

      Initialisation : Pour k=1k=1, M1=(AB0C)M^1 = \begin{pmatrix} A & B
      0 & C \end{pmatrix}
      et la formule donne (A11⋅B⋅C00C1)=(AB0C)\begin{pmatrix} A^1 & 1 \cdot B \cdot C^0
      0 & C^1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & B
      0 & C \end{pmatrix}
      . L'initialisation est vérifiée.

      Hérédité : Supposons la propriété vraie au rang kk. On a :

      Mk+1=Mk⋅M=(AkkBCk−10Ck)(AB0C)=(Ak+1AkB+kBCk0Ck+1)M^{k+1} = M^k \cdot M = \begin{pmatrix} A^k & kBC^{k-1}
      0 & C^k \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A & B
      0 & C \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A^{k+1} & A^k B + kBC^k
      0 & C^{k+1} \end{pmatrix}

      D'après l'hypothèse AB=BCAB=BC, on montre par une récurrence immédiate que AkB=BCkA^k B = B C^k. En effet, Ak+1B=A(AkB)=A(BCk)=(AB)Ck=(BC)Ck=BCk+1A^{k+1}B = A(A^k B) = A(BC^k) = (AB)C^k = (BC)C^k = BC^{k+1}.

      Ainsi, le bloc supérieur droit de Mk+1M^{k+1} est :

      AkB+kBCk=BCk+kBCk=(k+1)BCkA^k B + kBC^k = BC^k + kBC^k = (k+1)BC^k
      La propriété est donc démontrée par récurrence.

    2. Soit P=∑k=0dakXk∈K[X]P = \sum_{k=0}^d a_k X^k \in \mathbb{K}[X]. Par linéarité :
      P(M)=∑k=0dakMk=(∑akAk∑akkBCk−10∑akCk)P(M) = \sum_{k=0}^d a_k M^k = \begin{pmatrix} \sum a_k A^k & \sum a_k k B C^{k-1}
      0 & \sum a_k C^k \end{pmatrix}

      On reconnaît dans les blocs diagonaux P(A)P(A) et P(C)P(C). Le bloc supérieur droit est ∑k=1dakkBCk−1=B(∑k=1dkakCk−1)=BP′(C)\sum_{k=1}^d a_k k B C^{k-1} = B \left( \sum_{k=1}^d k a_k C^{k-1} \right) = B P'(C). D'où :

      P(M)=(P(A)BP′(C)0P(C))\boxed{P(M) = \begin{pmatrix} P(A) & B P'(C)
      0 & P(C) \end{pmatrix}}

    3. Analyse. Supposons MM diagonalizable. Il existe un polynôme P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] scindé à racines simples tel que P(M)=0P(M) = 0. D'après la question précédente, cela implique :
      P(A)=0,P(C)=0etBP′(C)=0P(A) = 0,   P(C) = 0   \text{et}   B P'(C) = 0

      P(A)=0P(A)=0 et P(C)=0P(C)=0 avec PP à racines simples impliquent que AA et CC sont diagonalisables. Comme CC est diagonalizable, ses valeurs propres {λ1,…,λp}\{\lambda_1, \dots, \lambda_p\} sont des racines de PP. Puisque PP a des racines simples, pour toute valeur propre λ\lambda de CC, on a P′(λ)≠0P'(\lambda) \neq 0. Ainsi, P′(C)P'(C) est une matrice dont les valeurs propres sont toutes non nulles : P′(C)P'(C) est inversible. La condition BP′(C)=0B P'(C) = 0 entraîne alors B=0B = 0.

      Synthèse. Réciproquement, si B=0B=0 et si AA et CC sont diagonalisables, alors M=diag(A,C)M = \text{diag}(A, C) est clairement diagonalizable (par blocs de bases de vecteurs propres).

      Conclusion :

      M est diagonalizable   ⟺  A et C sont diagonalisables et B=0\boxed{M \text{ est diagonalizable } \iff A \text{ et } C \text{ sont diagonalisables et } B = 0}

  1. Ici AB=BAAB=BA (cas particulier A=CA=C). D'après l'étude précédente :
    M est diagonalizable   ⟺  A est diagonalizable et B=0M \text{ est diagonalizable } \iff A \text{ est diagonalizable et } B = 0

    Remarque sur l'hypothèse « BB est diagonalizable » : Cette hypothèse ne change pas la CNS. Si MM est diagonalizable, alors BB doit être nul, et la matrice nulle est bien diagonalizable. Si BB est diagonalizable mais non nul (et AA diag), alors MM n'est pas diagonalizable malgré la commutation. L'hypothèse est donc un simple confort ou un distracteur.

Une erreur fréquente est de penser que si AA et CC sont diagonalisables, alors MM l'est dès que BB commute avec AA ou CC. L'exemple A=C=InA=C=I_n et B=InB=I_n montre que MM n'est pas diagonalizable car elle possède un bloc de Jordan de taille 2.