WikiPrépaLivrets

Soit nNn \in \mathbb{N}^* et p{0,,n1}p \in \{0, \dots, n-1\}. On considère un sous-espace vectoriel VV de Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) tel que :

MV,rg(M)p\forall M \in V,   \operatorname{rg}(M) \leq p

Démontrer que la dimension de VV est majorée par pnpn :

dimVpn\dim V \leq pn

1.

Soit rr le rang maximal atteint par une matrice de VV. Quitte à effectuer un changement de base, on peut supposer que VV contient la matrice de projection Jr=(Ir000)J_r = \begin{pmatrix} I_r & 0
0 & 0 \end{pmatrix}
.

2.

Pour toute matrice MVM \in V, décomposée en blocs selon la taille rr et nrn-r, étudier la condition de rang sur MtJrM - tJ_r pour t|t| suffisamment grand.

3.

Utiliser une injection linéaire de VV vers un espace de matrices de dimension rnrn.

4.

Pour l'injectivité, utiliser la propriété de la trace Tr(tCC)=0    C=0\operatorname{Tr}({}^t C C) = 0 \implies C = 0.

Idées clés

Choix d'une matrice de rang maximal pour fixer une structure de blocs.

Utilisation du complément de Schur pour caractériser le rang d'une matrice par blocs.

Argument de passage à la limite sur un paramètre réel tt.

Construction d'une injection linéaire pour borner la dimension.

1. Choix d'une base adaptée.

Soit r=maxMVrg(M)r = \max_{M \in V} \operatorname{rg}(M). Par hypothèse, on a rpr \leq p.

Il existe une matrice M0VM_0 \in V telle que rg(M0)=r\operatorname{rg}(M_0) = r. Quitte à remplacer VV par l'espace {PMQMV}\{ P M Q \mid M \in V \}P,QGLn(R)P, Q \in GL_n(\mathbb{R}) (ce qui ne modifie ni la dimension, ni les rangs), on peut supposer que :

Jr=(Ir000)VJ_r = \begin{pmatrix} I_r & 0
0 & 0 \end{pmatrix} \in V

2. Décomposition en blocs et condition de rang.

Soit MVM \in V. Décomposons MM en blocs selon la partition (r,nr)(r, n-r) :

M=(ABCD)avec AMr(R),BMr,nr(R),CMnr,r(R),DMnr(R)M = \begin{pmatrix} A & B
C & D \end{pmatrix}   \text{avec } A \in \mathcal{M}_{r}(\mathbb{R}), B \in \mathcal{M}_{r, n-r}(\mathbb{R}), C \in \mathcal{M}_{n-r, r}(\mathbb{R}), D \in \mathcal{M}_{n-r}(\mathbb{R})

Puisque VV est un sous-espace vectoriel, pour tout tRt \in \mathbb{R}, la matrice Mt=MtJrM_t = M - tJ_r appartient à VV. On a donc :

tR,rg(AtIrBCD)r\forall t \in \mathbb{R},   \operatorname{rg} \begin{pmatrix} A - tI_r & B
C & D \end{pmatrix} \leq r

Pour t|t| assez grand, la matrice AtIrA - tI_r est inversible (ses valeurs propres sont en nombre fini).

Comme MtM_t contient un bloc inversible de taille r×rr \times r, son rang est au moins rr. Par conséquent, pour t|t| assez grand, on a exactement :

rg(Mt)=r\boxed{ \operatorname{rg}(M_t) = r }

3. Utilisation du complément de Schur.

Une propriété classique du rang par blocs indique que si le bloc en haut à gauche est inversible, le rang de la matrice est égal à rr si et seulement si le complément de Schur est nul. On doit donc avoir, pour t|t| assez grand :

DC(AtIr)1B=0D - C(A - tI_r)^{-1} B = 0

En multipliant par tt et en isolant DD, on obtient :

D=C(AtIr)1BD = C(A - tI_r)^{-1} B

Effectuons un développement asymptotique quand tt \to \infty :

(AtIr)1=(t(Ir1tA))1=1t(Ir1tA)1=1tIr1t2A+O(1t3)(A - tI_r)^{-1} = \left( -t(I_r - \frac{1}{t}A) \right)^{-1} = -\frac{1}{t} (I_r - \frac{1}{t}A)^{-1} = -\frac{1}{t} I_r - \frac{1}{t^2} A + O(\frac{1}{t^3})

En réinjectant dans l'égalité D=C(AtIr)1BD = C(A - tI_r)^{-1} B, on trouve :

D=1tCB1t2CAB+O(1t3)D = -\frac{1}{t} CB - \frac{1}{t^2} CAB + O(\frac{1}{t^3})

En faisant tendre tt vers l'infini, le membre de droite tend vers 0, d'où :

D=0\boxed{ D = 0 }

L'égalité devient alors 0=1tCB+O(1t2)0 = -\frac{1}{t} CB + O(\frac{1}{t^2}). En multipliant par tt et en faisant tendre tt vers l'infini, on obtient :

CB=0\boxed{ CB = 0 }

4. Construction d'une injection linéaire.

Considérons l'application linéaire Φ\Phi définie par :

Φ:{VMr,n(R)M(AB+tC)\Phi : \begin{cases} V \to \mathcal{M}_{r, n}(\mathbb{R})
M \mapsto (A   B + {}^t C) \end{cases}

Montrons que Φ\Phi est injective. Soit MkerΦM \in \ker \Phi. Alors :

  1. A=0A = 0
  2. B+tC=0    B=tCB + {}^t C = 0 \implies B = -{}^t C

D'après l'étude précédente, on sait que pour tout MVM \in V, D=0D=0 et CB=0CB=0. En remplaçant BB par tC-{}^t C dans CB=0CB=0, on obtient :

C(tC)=0    CtC=0C(-{}^t C) = 0 \implies C \cdot {}^t C = 0

En utilisant la trace :

Tr(CtC)=i,jci,j2=0    C=0\operatorname{Tr}(C \cdot {}^t C) = \sum_{i,j} c_{i,j}^2 = 0 \implies C = 0

On en déduit immédiatement B=tC=0B = -{}^t C = 0. Comme on a déjà A=0A=0 et D=0D=0, la matrice MM est nulle.

5. Conclusion sur la dimension.

L'application Φ\Phi est une injection linéaire de VV dans Mr,n(R)\mathcal{M}_{r, n}(\mathbb{R}). On a donc :

dimVdimMr,n(R)=rn\dim V \leq \dim \mathcal{M}_{r, n}(\mathbb{R}) = rn

Comme rpr \leq p, on obtient finalement :

dimVpn\boxed{ \dim V \leq pn }

Attention à ne pas oublier que le rang maximal rr n'est pas forcément égal à pp. La démonstration montre d'abord dimVrn\dim V \leq rn, ce qui implique la borne avec pp.