WikiPrépaLivrets

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère une matrice A=(ai,j)∈Mn(R)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). On dit que AA est stochastique si :

∀(i,j)∈⟦1,n⟧2, ai,j≥0et∀i∈⟦1,n⟧, ∑j=1nai,j=1\forall (i,j) \in \llbracket 1, n \rrbracket^2, \ a_{i,j} \ge 0   \text{et}   \forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket, \ \sum_{j=1}^n a_{i,j} = 1

  1. Montrer que 11 est une valeur propre de AA.
  2. Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de AA. Montrer que ∣λ∣≤1|\lambda| \le 1.
  3. On suppose dans cette question que tous les coefficients de AA sont strictement positifs.
    1. Soit λ\lambda une valeur propre de AA de module 11. Montrer que λ=1\lambda = 1.
    2. Déterminer la dimension du sous-espace propre E1(A)E_1(A).
    3. Que peut-on dire si une puissance AkA^k (k∈N∗k \in \mathbb{N}^*) est à coefficients strictement positifs ?
  4. Généralisation : On revient au cas où AA est seulement supposée stochastique.
    1. Montrer que si λ\lambda est une valeur propre de AA de module 11, alors λ\lambda est une racine de l'unité.
    2. Soit μ=min⁡{ai,j∣1≤i,j≤n}\mu = \min \{a_{i,j} \mid 1 \le i,j \le n \}. Montrer que toute valeur propre λ\lambda de AA vérifie ∣λ−μ∣≤1−μ|\lambda - \mu| \le 1 - \mu.

1.

Pour la question 1, considérer le vecteur colonne UU dont toutes les composantes valent 11.

2.

Pour la question 2, si AX=λXAX = \lambda X, s'intéresser à une composante de XX de module maximal.

3.

Pour la question 3(a), utiliser le cas d'égalité de l'inégalité triangulaire complexe.

4.

Pour la question 4(a), montrer que si xi0x_{i_0} est de module maximal, alors λxi0\lambda x_{i_0} est aussi une composante de XX, puis itérer.

Idées clés

•

Norme infinie et vecteur propre associé à la plus grande composante.

•

Cas d'égalité de l'inégalité triangulaire : ∣∑zi∣=∑∣zi∣\left| \sum z_i \right| = \sum |z_i|.

•

Argument de finitude pour les racines de l'unité.

Résolution.

  1. Considérons le vecteur colonne U=(1⋮1)∈Mn,1(R)U = \begin{pmatrix} 1
    \vdots
    1 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R})
    . Pour tout i∈⟦1,n⟧i \in \llbracket 1, n \rrbracket, la ii-ème ligne du produit AUAU est donnée par ∑j=1nai,j×1=1\sum_{j=1}^n a_{i,j} \times 1 = 1. On a donc AU=UAU = U. Comme U≠0U \neq 0, on en déduit que :
    1∈Sp(A)\boxed{1 \in \text{Sp}(A)}

  2. Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de AA et X=(x1⋮xn)∈CnX = \begin{pmatrix} x_1
    \vdots
    x_n \end{pmatrix} \in \mathbb{C}^n
    un vecteur propre associé. Soit i0∈⟦1,n⟧i_0 \in \llbracket 1, n \rrbracket un indice tel que ∣xi0∣=max⁡1≤j≤n∣xj∣=∥X∥∞|x_{i_0}| = \max_{1 \le j \le n} |x_j| = \|X\|_\infty. Comme X≠0X \neq 0, on a ∣xi0∣>0|x_{i_0}| > 0. L'égalité AX=λXAX = \lambda X donne à la ligne i0i_0 : λxi0=∑j=1nai0,jxj\lambda x_{i_0} = \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} x_j. En passant au module et en utilisant l'inégalité triangulaire :
    ∣λ∣∣xi0∣≤∑j=1n∣ai0,j∣∣xj∣=∑j=1nai0,j∣xj∣|\lambda| |x_{i_0}| \le \sum_{j=1}^n |a_{i_0,j}| |x_j| = \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} |x_j|
    En majorant tous les ∣xj∣|x_j| par ∣xi0∣|x_{i_0}|, on obtient :
    ∣λ∣∣xi0∣≤(∑j=1nai0,j)∣xi0∣=1⋅∣xi0∣|\lambda| |x_{i_0}| \le \left( \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} \right) |x_{i_0}| = 1 \cdot |x_{i_0}|
    Comme ∣xi0∣>0|x_{i_0}| > 0, on conclut que :
    ∣λ∣≤1\boxed{|\lambda| \le 1}

  3. On suppose ai,j>0a_{i,j} > 0 pour tout (i,j)(i,j).
    1. Soit λ\lambda tel que ∣λ∣=1|\lambda|=1. Reprenons l'égalité : xi0=λ−1∑j=1nai0,jxjx_{i_0} = \lambda^{-1} \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} x_j. Comme ∣λ∣=1|\lambda|=1, on a ∣xi0∣=∣∑j=1nai0,jxj∣≤∑j=1nai0,j∣xj∣≤∣xi0∣|x_{i_0}| = | \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} x_j | \le \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} |x_j| \le |x_{i_0}|. On est dans le cas d'égalité de l'inégalité triangulaire. Comme tous les ai0,ja_{i_0,j} sont strictement positifs, tous les xjx_j doivent être colinéaires à un même nombre complexe et avoir le même module pour saturer l'égalité ∣∑ai0,jxj∣=∑ai0,j∣xj∣| \sum a_{i_0,j} x_j | = \sum a_{i_0,j} |x_j|. Ceci implique que tous les xjx_j sont égaux à xi0x_{i_0}. L'équation devient alors xi0=∑j=1nai0,jxi0=λxi0x_{i_0} = \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} x_{i_0} = \lambda x_{i_0}, d'où :
      λ=1\boxed{\lambda = 1}

    2. D'après ce qui précède, si AX=XAX = X, alors x1=x2=⋯=xnx_1 = x_2 = \dots = x_n. Le sous-espace propre E1(A)E_1(A) est donc engendré par le vecteur UU. On en déduit :
      dim⁡E1(A)=1\boxed{\dim E_1(A) = 1}

    3. Si AkA^k est à coefficients strictement positifs, les valeurs propres de AkA^k de module 11 sont limitées à {1}\{1\}. Si λ∈Sp(A)\lambda \in \text{Sp}(A) avec ∣λ∣=1|\lambda|=1, alors λk∈Sp(Ak)\lambda^k \in \text{Sp}(A^k) et ∣λk∣=1|\lambda^k|=1, donc λk=1\lambda^k = 1. Cependant, la condition Ak>0A^k > 0 impose également que 11 est valeur propre simple de AkA^k.

  4. Cas général :
    1. Si ∣λ∣=1|\lambda|=1, l'égalité ∣∑ai0,jxj∣=∑ai0,j∣xj∣|\sum a_{i_0,j} x_j| = \sum a_{i_0,j} |x_j| impose que pour tout jj tel que ai0,j>0a_{i_0,j} > 0, on a xj=λxi0x_j = \lambda x_{i_0}. Ceci signifie que l'ensemble des valeurs des composantes de XX est stable par multiplication par λ\lambda. Comme il n'y a qu'un nombre fini de composantes, il existe p,qp, q tels que λpxi0=λqxi0\lambda^p x_{i_0} = \lambda^q x_{i_0}, donc λp−q=1\lambda^{p-q} = 1.
      λ est une racine de l’uniteˊ\boxed{\lambda \text{ est une racine de l'unité}}

    2. Posons B=11−μ(A−μIn)B = \frac{1}{1-\mu} (A - \mu I_n). Les coefficients de BB sont bi,i=ai,i−μ1−μ≥0b_{i,i} = \frac{a_{i,i}-\mu}{1-\mu} \ge 0 et bi,j=ai,j1−μ≥0b_{i,j} = \frac{a_{i,j}}{1-\mu} \ge 0. La somme des lignes de BB vaut 11−μ(1−μ)=1\frac{1}{1-\mu}(1 - \mu) = 1. Donc BB est stochastique. Ses valeurs propres λB\lambda_B sont de module ≤1\le 1. Or λB=λ−μ1−μ\lambda_B = \frac{\lambda - \mu}{1 - \mu}. On en tire :
      ∣λ−μ∣≤1−μ\boxed{|\lambda - \mu| \le 1 - \mu}

Attention à ne pas oublier que les coefficients de la matrice sont réels, mais que les valeurs propres et vecteurs propres peuvent être complexes. L'utilisation du module est indispensable.