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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère l'application exponentielle de matrices :

exp⁡:Mn(C)⟶Gln(C)\exp : \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \longrightarrow \mathcal{G}l_n(\mathbb{C})
L'objectif est de démontrer que cette application est surjective.

  1. Soit A∈Gln(C)A \in \mathcal{G}l_n(\mathbb{C}) une matrice diagonalisable. Montrer qu'il existe un polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] tel que A=exp⁡(P(A))A = \exp(P(A)).
  2. Soit N∈Mn(C)N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice nilpotente. Montrer qu'il existe un polynôme Q∈C[X]Q \in \mathbb{C}[X] tel que In+N=exp⁡(Q(N))I_n + N = \exp(Q(N)).
  3. En utilisant la décomposition de Dunford, établir que pour toute matrice A∈Gln(C)A \in \mathcal{G}l_n(\mathbb{C}), il existe un polynôme R∈C[X]R \in \mathbb{C}[X] tel que A=exp⁡(R(A))A = \exp(R(A)).
  4. Conclure sur la surjectivité de l'exponentielle complexe.

1.

Pour le cas diagonalisable, utiliser l'interpolation de Lagrange pour construire un polynôme qui envoie chaque valeur propre λ\lambda sur une de ses déterminations logarithmiques μ\mu (telle que eμ=λe^\mu = \lambda).

2.

Pour le cas In+NI_n + N, s'inspirer du développement en série entière de la fonction x↦ln⁡(1+x)x \mapsto \ln(1+x).

3.

La décomposition de Dunford assure l'existence d'un couple (D,N)(D, N) tel que A=D+NA = D+N, avec DD diagonalisable, NN nilpotent, DN=NDDN=ND, où DD et NN sont des polynômes en AA.

4.

Pour le cas général, factoriser par DD et utiliser la commutativité des polynômes en une même matrice.

Idées clés

•

Décomposition de Dunford A=D+NA = D + N.

•

Interpolation de Lagrange pour le cas diagonalisable.

•

Logarithme d'une matrice unipotente (série tronquée).

•

Propriété : exp⁡(M+M′)=exp⁡(M)exp⁡(M′)\exp(M+M') = \exp(M)\exp(M') si MM′=M′MMM'=M'M.

Résolution.

  1. Cas où AA est diagonalisable. Soit A∈Gln(C)A \in \mathcal{G}l_n(\mathbb{C}) diagonalisable. Ses valeurs propres λ1,…,λp\lambda_1, \dots, \lambda_p sont des complexes non nuls. Pour chaque j∈{1,…,p}j \in \{1, \dots, p\}, il existe μj∈C\mu_j \in \mathbb{C} tel que eμj=λje^{\mu_j} = \lambda_j (surjectivité de l'exponentielle de C\mathbb{C} vers C∗\mathbb{C}^*). D'après le théorème d'interpolation de Lagrange, il existe un polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] tel que :
    ∀j∈{1,…,p},P(λj)=μj\forall j \in \{1, \dots, p\},   P(\lambda_j) = \mu_j
    Comme AA est diagonalisable, il existe S∈Gln(C)S \in \mathcal{G}l_n(\mathbb{C}) telle que A=S⋅diag(a1,…,an)⋅S−1A = S \cdot \text{diag}(a_1, \dots, a_n) \cdot S^{-1} où les ak∈{λ1,…,λp}a_k \in \{\lambda_1, \dots, \lambda_p\}. On a alors :
    P(A)=S⋅diag(P(a1),…,P(an))⋅S−1P(A) = S \cdot \text{diag}(P(a_1), \dots, P(a_n)) \cdot S^{-1}
    Par définition de l'exponentielle de matrice :
    exp⁡(P(A))=S⋅diag(eP(a1),…,eP(an))⋅S−1\exp(P(A)) = S \cdot \text{diag}(e^{P(a_1)}, \dots, e^{P(a_n)}) \cdot S^{-1}
    Or, pour tout kk, eP(ak)=ake^{P(a_k)} = a_k par construction du polynôme PP. Ainsi :
    exp⁡(P(A))=A\boxed{\exp(P(A)) = A}

  2. Cas unipotent (In+NI_n + N avec NN nilpotente). On définit le polynôme "logarithme" Q∈C[X]Q \in \mathbb{C}[X] par la série tronquée :
    Q(X)=∑k=1n−1(−1)k−1kXkQ(X) = \sum_{k=1}^{n-1} \frac{(-1)^{k-1}}{k} X^k
    Posons f(x)=exp⁡(ln⁡(1+x))f(x) = \exp(\ln(1+x)). Le développement limité de ff à l'ordre n−1n-1 en 00 est 1+x+o(xn−1)1+x + o(x^{n-1}). Par composition des développements limités, le polynôme obtenu en tronquant à l'ordre n−1n-1 le développement de exp⁡(Q(X))\exp(Q(X)) est exactement 1+X1+X. Comme NN est nilpotente d'indice au plus nn, on a Nk=0N^k = 0 pour tout k≥nk \geq n. L'égalité des polynômes modulo XnX^n se traduit par l'égalité matricielle :
    exp⁡(Q(N))=In+N\boxed{\exp(Q(N)) = I_n + N}

  3. Cas général. Soit A∈Gln(C)A \in \mathcal{G}l_n(\mathbb{C}). Le théorème de Dunford assure qu'il existe un unique couple (D,N)(D, N) tel que A=D+NA = D+N avec DD diagonalisable, NN nilpotent et DN=NDDN=ND. De plus, DD et NN sont des polynômes en AA. Puisque AA est inversible et que AA et DD ont les mêmes valeurs propres, les valeurs propres de DD sont non nulles. Donc DD est inversible. Comme DD est un polynôme en AA, D−1D^{-1} est aussi un polynôme en DD (via Cayley-Hamilton), donc un polynôme en AA. On peut factoriser :
    A=D(In+D−1N)A = D(I_n + D^{-1}N)
    Posons N′=D−1NN' = D^{-1}N. Comme DD et NN commutent et sont des polynômes en AA, N′N' est également un polynôme en AA. Puisque D−1D^{-1} et NN commutent, N′N' est nilpotente (le produit de deux matrices commutantes dont l'une est nilpotente est nilpotent). D'après les questions précédentes :
    • ∃P1∈C[X]\exists P_1 \in \mathbb{C}[X] tel que D=exp⁡(P1(D))D = \exp(P_1(D)).
    • ∃P2∈C[X]\exists P_2 \in \mathbb{C}[X] tel que In+N′=exp⁡(P2(N′))I_n + N' = \exp(P_2(N')).
    Notons M1=P1(D)M_1 = P_1(D) et M2=P2(N′)M_2 = P_2(N'). Ce sont des polynômes en AA, donc elles commutent. On a alors :
    exp⁡(M1+M2)=exp⁡(M1)exp⁡(M2)=D(In+N′)=A\exp(M_1 + M_2) = \exp(M_1)\exp(M_2) = D(I_n + N') = A
    Comme M1+M2M_1 + M_2 est une somme de polynômes en AA, c'est un polynôme en AA. Il existe donc R∈C[X]R \in \mathbb{C}[X] tel que :
    A=exp⁡(R(A))\boxed{A = \exp(R(A))}

  4. Conclusion. Toute matrice A∈Gln(C)A \in \mathcal{G}l_n(\mathbb{C}) possède un antécédent par l'exponentielle (qui est même un polynôme en AA). L'application exp⁡:Mn(C)→Gln(C)\exp : \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \to \mathcal{G}l_n(\mathbb{C}) est donc surjective.

Attention : l'exponentielle n'est pas surjective de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) vers Gln(R)\mathcal{G}l_n(\mathbb{R}). Par exemple, une matrice réelle ayant une valeur propre strictement négative ne possède pas nécessairement d'antécédent réel.