WikiPrépaLivrets

Soient AA et BB deux matrices de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On s'intéresse à l'application définie sur C\mathbb{C} par :

f:z∈C⟼ezABe−zAf : z \in \mathbb{C} \longmapsto e^{zA} B e^{-zA}

Montrer que si l'application ff est bornée sur C\mathbb{C}, alors les matrices AA et BB commutent.

1.

Exprimer chaque coefficient de la matrice f(z)f(z) comme une série entière de la variable zz.

2.

Utiliser le théorème de Liouville pour les fonctions entières.

3.

Faire le lien entre la dérivée de ff en 0 et le commutateur [A,B][A,B].

Idées clés

•

Théorème de Liouville : toute fonction entière (développable en série entière de rayon infini) bornée sur C\mathbb{C} est constante.

•

Dérivée de l'application t↦etABe−tAt \mapsto e^{tA} B e^{-tA}.

Résolution.

Considérons pour tout couple d'indices (i,j)∈{1,…,n}2(i,j) \in \{1, \dots, n\}^2 l'application fi,j:z↦(ezABe−zA)i,jf_{i,j} : z \mapsto (e^{zA} B e^{-zA})_{i,j}. Cette application est obtenue par sommes et produits de fonctions entières (les coefficients de ezAe^{zA} et e−zAe^{-zA} sont des sommes de séries entières de rayon de convergence infini).

Ainsi, chaque fi,jf_{i,j} est une fonction entière sur C\mathbb{C}.

Par hypothèse, ff est bornée sur C\mathbb{C}, donc il existe M>0M > 0 tel que pour tout z∈Cz \in \mathbb{C}, ∥f(z)∥≤M\| f(z) \| \leq M. Ceci implique que chaque fonction coordonnée fi,jf_{i,j} est une fonction entière bornée sur C\mathbb{C}.

D'après le théorème de Liouville, chacune de ces fonctions est constante. On en déduit que l'application matricielle ff est constante sur C\mathbb{C} :

∀z∈C,ezABe−zA=f(0)=B\boxed{\forall z \in \mathbb{C},   e^{zA} B e^{-zA} = f(0) = B}

En particulier, l'application est constante sur R\mathbb{R}. Dérivons cette relation par rapport à la variable réelle tt : Pour tout t∈Rt \in \mathbb{R}, on a :

ddt(etABe−tA)=AetABe−tA+etAB(−Ae−tA)\frac{d}{dt} \left( e^{tA} B e^{-tA} \right) = A e^{tA} B e^{-tA} + e^{tA} B (-A e^{-tA})

En évaluant cette dérivée en t=0t=0, puisque la fonction est constante, sa dérivée est nulle :

AB−BA=0A B - B A = 0

AB=BA\boxed{AB = BA}

On a bien démontré que les matrices AA et BB commutent.

Attention, le théorème de Liouville ne s'applique que sur C\mathbb{C}. Une fonction réelle peut être dérivable et bornée sans être constante (par exemple sin⁡\sin). L'hypothèse que zz parcourt C\mathbb{C} est donc cruciale ici.