Soient pp un entier naturel non nul, t1,,tpt_{1}, \ldots, t_{p} des entiers deux à deux distincts et λ1,,λp\lambda_{1}, \ldots, \lambda_{p} des nombres complexes.

On définit la suite (un)nN(u_n)_{n \in \mathbb{N}} par la relation suivante :

nN,un=i=1pλitin\forall n \in \mathbb{N},   u_n = \sum_{i=1}^{p} \lambda_{i} t_{i}^{n}

On suppose que pour tout k{0,,p1}k \in \{0, \ldots, p-1\}, on a ukZu_k \in \mathbb{Z}.

Démontrer que pour tout nNn \in \mathbb{N}, l'élément unu_n est un entier.

1.

Introduire le polynôme unitaire dont les racines sont les entiers t1,,tpt_1, \dots, t_p.

2.

Justifier que les coefficients de ce polynôme sont des entiers.

3.

Établir une relation de récurrence linéaire vérifiée par la suite (un)(u_n) et conclure par récurrence.

Idées clés

Lien entre les racines d'un polynôme et les suites récurrentes linéaires.

Propriété de stabilité de Z\mathbb{Z} par combinaison linéaire à coefficients entiers.

1. Construction d'un polynôme annulateur à coefficients entiers.

Considérons le polynôme PP défini par :

P(X)=i=1p(Xti)P(X) = \prod_{i=1}^p (X - t_i)

Ce polynôme est unitaire de degré pp.

Puisque les tit_i sont des entiers, les coefficients de ce polynôme (qui sont, au signe près, les fonctions symétriques élémentaires des racines tit_i) sont également des entiers.

On peut donc écrire :

P(X)=Xpk=0p1akXkaveck{0,,p1}, akZP(X) = X^p - \sum_{k=0}^{p-1} a_k X^k   \text{avec}   \forall k \in \{0, \dots, p-1\}, \ a_k \in \mathbb{Z}

2. Établissement de la relation de récurrence.

Pour chaque i{1,,p}i \in \{1, \dots, p\}, tit_i est une racine de PP, donc P(ti)=0P(t_i) = 0. Ceci implique :

tip=k=0p1aktikt_i^p = \sum_{k=0}^{p-1} a_k t_i^k

Multiplions cette égalité par λitin\lambda_i t_i^n pour un entier naturel nn quelconque :

λitin+p=k=0p1akλitin+k\lambda_i t_i^{n+p} = \sum_{k=0}^{p-1} a_k \lambda_i t_i^{n+k}

En sommant sur l'indice ii allant de 11 à pp, nous obtenons :

i=1pλitin+p=k=0p1ak(i=1pλitin+k)\sum_{i=1}^p \lambda_i t_i^{n+p} = \sum_{k=0}^{p-1} a_k \left( \sum_{i=1}^p \lambda_i t_i^{n+k} \right)

On reconnaît alors l'expression de la suite (un)(u_n), ce qui nous donne la relation de récurrence linéaire suivante :

nN,un+p=k=0p1akun+k\boxed{\forall n \in \mathbb{N},   u_{n+p} = \sum_{k=0}^{p-1} a_k u_{n+k}}

3. Conclusion par récurrence.

Procédons par récurrence forte sur nn pour montrer que unZu_n \in \mathbb{Z}.

Initialisation : Par hypothèse, pour tout k{0,,p1}k \in \{0, \dots, p-1\}, ukZu_k \in \mathbb{Z}. L'initialisation est donc vérifiée pour les pp premiers termes.

Hérédité : Soit n0n \ge 0. Supposons que ukZu_k \in \mathbb{Z} pour tout k{0,,n+p1}k \in \{0, \dots, n+p-1\}.

D'après la relation de récurrence établie précédemment :

un+p=ap1un+p1+ap2un+p2++a0unu_{n+p} = a_{p-1} u_{n+p-1} + a_{p-2} u_{n+p-2} + \dots + a_0 u_n

Comme les coefficients aka_k sont des entiers et que, par hypothèse de récurrence, les termes un,,un+p1u_{n}, \dots, u_{n+p-1} sont des entiers, alors par stabilité de Z\mathbb{Z} par addition et multiplication :

un+pZ\boxed{u_{n+p} \in \mathbb{Z}}

Par principe de récurrence, nous avons bien démontré :

nN,unZ\forall n \in \mathbb{N},   u_n \in \mathbb{Z}

Ne pas essayer de calculer explicitement les λi\lambda_i via un système de Vandermonde. Bien que cela soit possible, les λi\lambda_i ne sont généralement pas des entiers (ce sont des rationnels), ce qui compliquerait inutilement la preuve.