WikiPrépaLivrets

Soit nn un entier naturel non nul. On considère le polynôme PP défini par :

P=(n+1)Xn+1−∑j=0nXj∈C[X]P = (n+1) X^{n+1} - \sum_{j=0}^{n} X^{j} \in \mathbb{C}[X]

  1. Étude des racines de PP.
    1. Démontrer que toutes les racines de PP sont de module inférieur ou égal à 1.
    2. Déterminer l'unique racine de PP dont le module est égal à 1.
    3. Montrer que toutes les racines de PP sont simples.

  2. Application à une suite récurrente. Soit (up)p∈N(u_p)_{p \in \mathbb{N}} une suite complexe dont les n+1n+1 premiers termes sont fixés. On suppose que pour tout p∈Np \in \mathbb{N} :
    up+n+1=1n+1∑j=0nup+ju_{p+n+1} = \frac{1}{n+1} \sum_{j=0}^{n} u_{p+j}
    Justifier que la suite (up)(u_p) converge et déterminer sa limite en fonction des conditions initiales.

1.

Pour les racines, utiliser l'inégalité triangulaire sur l'égalité (n+1)∣z∣n+1=∣∑zj∣(n+1)|z|^{n+1} = |\sum z^j| et étudier le cas d'égalité.

2.

Pour la simplicité des racines, on pourra introduire le polynôme Q(X)=(X−1)P(X)Q(X) = (X-1)P(X) et étudier ses racines communes avec sa dérivée.

3.

Pour la suite, traduire la relation à l'aide d'une matrice compagnon et utiliser la réduction pour obtenir la forme générale du terme upu_p.

4.

Pour la limite, on pourra chercher une combinaison linéaire des termes ∑αjup+j\sum \alpha_j u_{p+j} qui reste invariante par la relation de récurrence.

Idées clés

•

Analyse du cas d'égalité dans l'inégalité triangulaire pour le module des racines.

•

Utilisation du lien entre racines multiples et racines du polynôme dérivé.

•

Diagonalisation d'une matrice compagnon dont le spectre est contrôlé.

•

Recherche d'un invariant pour une suite récurrente linéaire.

Résolution.

    1. Soit z∈Cz \in \mathbb{C} une racine de PP. On a l'égalité :
      (n+1)zn+1=∑j=0nzj(n+1)z^{n+1} = \sum_{j=0}^n z^j

      Supposons ∣z∣>1|z| > 1. Par l'inégalité triangulaire :

      (n+1)∣z∣n+1≤∑j=0n∣z∣j(n+1)|z|^{n+1} \le \sum_{j=0}^n |z|^j

      Or, comme ∣z∣>1|z| > 1, pour tout j∈{0,…,n}j \in \{0, \dots, n\}, on a ∣z∣j≤∣z∣n|z|^j \le |z|^n. Ainsi :

      (n+1)∣z∣n+1≤(n+1)∣z∣n(n+1)|z|^{n+1} \le (n+1)|z|^n

      En divisant par (n+1)∣z∣n>0(n+1)|z|^n > 0, on obtient ∣z∣≤1|z| \le 1, ce qui contredit l'hypothèse. \medskip Par conséquent, toutes les racines de PP sont dans le disque unité fermé :

      ∀z∈C,P(z)=0  ⟹  ∣z∣≤1\boxed{\forall z \in \mathbb{C}, P(z) = 0 \implies |z| \le 1}

    2. Soit zz une racine de module 1. L'inégalité triangulaire utilisée précédemment devient une égalité :
      (n+1)=∣(n+1)zn+1∣=∣∑j=0nzj∣=∑j=0n∣z∣j=n+1(n+1) = |(n+1)z^{n+1}| = \left| \sum_{j=0}^n z^j \right| = \sum_{j=0}^n |z|^j = n+1

      Le cas d'égalité de l'inégalité triangulaire pour des nombres complexes non nuls impose que tous les termes zjz^j soient colinéaires et de même sens. Comme z0=1z^0 = 1, tous les zjz^j doivent être des réels strictement positifs. Étant de module 1, on a nécessairement zj=1z^j = 1 pour tout jj, d'où z=1z=1. Réciproquement, P(1)=(n+1)−(n+1)=0P(1) = (n+1) - (n+1) = 0. L'unique racine de module 1 est donc :

      z=1\boxed{z = 1}

    3. Pour X≠1X \neq 1, on peut écrire P(X)=(n+1)Xn+1−Xn+1−1X−1P(X) = (n+1)X^{n+1} - \frac{X^{n+1}-1}{X-1}. Posons Q(X)=(X−1)P(X)=(n+1)Xn+2−(n+2)Xn+1+1Q(X) = (X-1)P(X) = (n+1)X^{n+2} - (n+2)X^{n+1} + 1. Une racine multiple de PP est racine de PP et de P′P', donc racine de QQ et de Q′Q'. Calculons la dérivée de QQ :
      Q′(X)=(n+1)(n+2)Xn+1−(n+1)(n+2)Xn=(n+1)(n+2)Xn(X−1)Q'(X) = (n+1)(n+2)X^{n+1} - (n+1)(n+2)X^n = (n+1)(n+2)X^n(X-1)

      Les racines de Q′Q' sont 00 (de multiplicité nn) et 11 (simple). Or Q(0)=1≠0Q(0) = 1 \neq 0, donc 00 n'est pas racine de QQ. Concernant 11, on a Q(1)=(n+1)−(n+2)+1=0Q(1) = (n+1) - (n+2) + 1 = 0 et Q′(1)=0Q'(1) = 0. Calculons Q′′(1)Q''(1) :

      Q′′(X)=(n+1)(n+2)[(n+1)Xn−nXn−1]Q''(X) = (n+1)(n+2) \left[ (n+1)X^n - nX^{n-1} \right]
      Q′′(1)=(n+1)(n+2)≠0Q''(1) = (n+1)(n+2) \neq 0, donc 11 est racine double de QQ. Puisque Q(X)=(X−1)P(X)Q(X) = (X-1)P(X), la racine double 11 de QQ correspond à une racine simple de PP. Toute autre racine zz de PP est racine de QQ mais n'est pas racine de Q′Q'. \boxed{\text{Toutes les racines de } P \text{ sont donc simples.}}

  1. La suite (up)(u_p) est une suite récurrente linéaire d'ordre n+1n+1 dont l'équation caractéristique est P(X)=0P(X)=0 (en multipliant par n+1n+1). Notons z1,z2,…,zn+1z_1, z_2, \dots, z_{n+1} les racines de PP, avec z1=1z_1 = 1. D'après la question 1, les racines sont simples et ∣zj∣<1|z_j| < 1 pour j≥2j \ge 2. Il existe des complexes λ1,…,λn+1\lambda_1, \dots, \lambda_{n+1} tels que pour tout p∈Np \in \mathbb{N} :
    up=λ1(1)p+∑j=2n+1λjzjpu_p = \lambda_1 (1)^p + \sum_{j=2}^{n+1} \lambda_j z_j^p
    Comme ∣zj∣<1|z_j| < 1 pour j∈{2,…,n+1}j \in \{2, \dots, n+1\}, on a lim⁡p→∞zjp=0\lim_{p \to \infty} z_j^p = 0. La suite converge donc vers :
    lim⁡p→∞up=λ1\boxed{\lim_{p \to \infty} u_p = \lambda_1}
    Pour déterminer λ1\lambda_1, cherchons un invariant de la forme Ip=∑k=0nαkup+kI_p = \sum_{k=0}^n \alpha_k u_{p+k}. On veut Ip+1=IpI_{p+1} = I_p, soit ∑k=0nαkup+k+1=∑k=0nαkup+k\sum_{k=0}^n \alpha_k u_{p+k+1} = \sum_{k=0}^n \alpha_k u_{p+k}. En remplaçant up+n+1u_{p+n+1} par sa définition :
    αn(1n+1∑j=0nup+j)+∑k=0n−1αkup+k+1=∑j=0nαjup+j\alpha_n \left( \frac{1}{n+1} \sum_{j=0}^n u_{p+j} \right) + \sum_{k=0}^{n-1} \alpha_k u_{p+k+1} = \sum_{j=0}^n \alpha_j u_{p+j}
    En identifiant les coefficients de up+ju_{p+j} : - Pour j=0j=0 : αnn+1=α0\frac{\alpha_n}{n+1} = \alpha_0. - Pour j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\} : αnn+1+αj−1=αj\frac{\alpha_n}{n+1} + \alpha_{j-1} = \alpha_j. On en déduit que (αj)(\alpha_j) est une suite arithmétique de raison α0\alpha_0. Ainsi αj=(j+1)α0\alpha_j = (j+1)\alpha_0. Pour α0=1\alpha_0 = 1, on a αj=j+1\alpha_j = j+1. La quantité Ip=∑j=0n(j+1)up+jI_p = \sum_{j=0}^n (j+1) u_{p+j} est constante. À la limite, si up→Lu_p \to L, alors Ip→L∑j=0n(j+1)=L(n+1)(n+2)2I_p \to L \sum_{j=0}^n (j+1) = L \frac{(n+1)(n+2)}{2}. Par conservation de l'invariant Ip=I0I_p = I_0 :
    L(n+1)(n+2)2=∑j=0n(j+1)ujL \frac{(n+1)(n+2)}{2} = \sum_{j=0}^n (j+1) u_j
    On conclut :
    lim⁡p→∞up=2(n+1)(n+2)∑j=0n(j+1)uj\boxed{ \lim_{p \to \infty} u_p = \frac{2}{(n+1)(n+2)} \sum_{j=0}^{n} (j+1) u_{j} }

Attention à ne pas oublier que l'équation caractéristique de la suite est (n+1)zn+1−zn−⋯−1=0(n+1)z^{n+1} - z^n - \dots - 1 = 0 et non zn+1−1n+1(zn+⋯+1)=0z^{n+1} - \frac{1}{n+1}(z^n + \dots + 1) = 0. Bien que les racines soient les mêmes, la confusion peut mener à des erreurs de calcul dans l'invariant.