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L'objectif de cet exercice est de démontrer que toute matrice inversible à coefficients complexes admet au moins une racine carrée dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

  1. Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. Montrer qu'il existe un polynôme Pn∈R[X]P_n \in \mathbb{R}[X] tel que Pn(0)=0P_n(0) = 0 et tel que XnX^n divise le polynôme (1+Pn(X))2−(1+X)(1+P_n(X))^2 - (1+X).
  2. Soit N∈Mn(C)N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice nilpotente.
    1. Déduire de la question précédente l'existence d'une matrice A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que A2=In+NA^2 = I_n + N.
    2. Soit λ∈C∗\lambda \in \mathbb{C}^*. Montrer que l'équation X2=λIn+NX^2 = \lambda I_n + N possède au moins une solution dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

  3. Soit M∈GLn(C)M \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}). En utilisant la décomposition de l'espace en sous-espaces caractéristiques, établir que MM admet une racine carrée.

1.

Pour la question 1, on pourra utiliser le développement en série entière de la fonction x↦1+xx \mapsto \sqrt{1+x} au voisinage de 0, ou procéder par identification.

2.

Pour la question 2(b), factoriser par λIn\lambda I_n et utiliser la stabilité par produit de matrices.

3.

Pour la question 3, se ramener à l'étude sur chaque sous-espace caractéristique où la matrice se décompose sous la forme λI+N\lambda I + N.

Idées clés

•

Développement de Taylor de la fonction racine carrée.

•

Utilisation de la nilpotence pour tronquer les séries.

•

Réduction par blocs via les sous-espaces caractéristiques (Lemme des noyaux).

Résolution.

  1. Considérons la fonction f:x↦1+x=(1+x)1/2f : x \mapsto \sqrt{1+x} = (1+x)^{1/2}. Elle est de classe C∞\mathcal{C}^\infty au voisinage de 00. D'après la formule de Taylor-Young à l'ordre n−1n-1, il existe un polynôme QnQ_n de degré n−1n-1 tel que :
    f(x)=Qn(x)+o(xn−1)f(x) = Q_n(x) + o(x^{n-1})
    Posons Qn(X)=1+Pn(X)Q_n(X) = 1 + P_n(X) où Pn(0)=0P_n(0) = 0 (car f(0)=1f(0)=1). En élevant au carré, on obtient :
    (1+Pn(x))2=f(x)2+o(xn−1)=1+x+o(xn−1)(1+P_n(x))^2 = f(x)^2 + o(x^{n-1}) = 1+x + o(x^{n-1})
    Ceci montre que le polynôme (1+Pn(X))2−(1+X)(1+P_n(X))^2 - (1+X) n'a pas de termes de degré inférieur à nn. Par conséquent :
    Xn divise (1+Pn(X))2−(1+X)\boxed{X^n \text{ divise } (1+P_n(X))^2 - (1+X)}

    1. Soit NN une matrice nilpotente. On sait que Nn=0N^n = 0. D'après la question 1, il existe un polynôme R∈C[X]R \in \mathbb{C}[X] tel que :
      (1+Pn(X))2=1+X+XnR(X)(1+P_n(X))^2 = 1+X + X^n R(X)
      En évaluant en la matrice NN, comme Nn=0nN^n = 0_{n}, on obtient :
      (In+Pn(N))2=In+N+NnR(N)=In+N(I_n + P_n(N))^2 = I_n + N + N^n R(N) = I_n + N
      Il suffit donc de poser A=In+Pn(N)A = I_n + P_n(N) pour avoir A2=In+NA^2 = I_n + N.
      A=In+Pn(N) est une racine carreˊe de In+N\boxed{A = I_n + P_n(N) \text{ est une racine carrée de } I_n + N}

    2. Soit λ∈C∗\lambda \in \mathbb{C}^*. On peut écrire :
      λIn+N=λ(In+1λN)\lambda I_n + N = \lambda \left( I_n + \frac{1}{\lambda} N \right)
      Comme C\mathbb{C} est algébriquement clos, il existe μ∈C\mu \in \mathbb{C} tel que μ2=λ\mu^2 = \lambda. Comme NN est nilpotente, N′=1λNN' = \frac{1}{\lambda} N est également nilpotente. D'après la question 2(a), il existe B∈Mn(C)B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que B2=In+N′B^2 = I_n + N'. Alors, en posant X=μBX = \mu B, on a :
      X2=μ2B2=λ(In+N′)=λIn+NX^2 = \mu^2 B^2 = \lambda (I_n + N') = \lambda I_n + N
      L’existence est ainsi prouveˊe par construction.\boxed{\text{L'existence est ainsi prouvée par construction.}}

  2. Soit M∈GLn(C)M \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}). Son polynôme caractéristique χM\chi_M est scindé sur C\mathbb{C} :
    χM=∏i=1k(X−λi)mi\chi_M = \prod_{i=1}^k (X-\lambda_i)^{m_i}
    Comme MM est inversible, 00 n'est pas valeur propre, donc ∀i,λi≠0\forall i, \lambda_i \neq 0. D'après le lemme des noyaux, on a la décomposition en sous-espaces caractéristiques :
    Cn=⨁i=1kker⁡(M−λiI)mi\mathbb{C}^n = \bigoplus_{i=1}^k \ker(M - \lambda_i I)^{m_i}
    Chaque sous-espace Ei=ker⁡(M−λiI)miE_i = \ker(M - \lambda_i I)^{m_i} est stable par MM. Notons MiM_i l'endomorphisme induit par MM sur EiE_i. Par définition, Mi−λiidEiM_i - \lambda_i \mathrm{id}_{E_i} est nilpotent. On peut donc écrire :
    Mi=λiidEi+Niavec Ni nilpotent.M_i = \lambda_i \mathrm{id}_{E_i} + N_i   \text{avec } N_i \text{ nilpotent.}
    D'après la question 2(b), chaque MiM_i admet une racine carrée Ai∈L(Ei)A_i \in \mathcal{L}(E_i). Considérons alors l'endomorphisme AA défini sur chaque EiE_i par A∣Ei=AiA_{|E_i} = A_i. Par construction :
    A∣Ei2=Ai2=Mi=M∣EiA^2_{|E_i} = A_i^2 = M_i = M_{|E_i}
    Comme ceci est vrai sur chaque sous-espace de la somme directe, on a A2=MA^2 = M.
    M∈GLn(C) admet donc au moins une racine carreˊe.\boxed{M \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) \text{ admet donc au moins une racine carrée.}}

Attention à ne pas oublier l'hypothèse d'inversibilité. Une matrice non inversible peut ne pas avoir de racine carrée (par exemple (0100)\begin{pmatrix} 0 & 1
0 & 0 \end{pmatrix}
).