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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On s'intéresse à l'équation X2=AX^2 = A d'inconnue X∈Mn(C)X \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

  1. Étude théorique. On suppose que AA possède nn valeurs propres distinctes λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n, toutes non nulles.
    1. Montrer que si XX est une solution, alors XX commute avec AA.
    2. En déduire que toute solution XX est diagonalisable dans la même base que AA.
    3. Déterminer le nombre exact de solutions de l'équation dans ce cas.

  2. Applications pratiques. Déterminer toutes les solutions X∈M3(C)X \in \mathcal{M}_3(\mathbb{C}) de l'équation X2=MX^2 = M pour les matrices suivantes :
    1. M=(100040009)M = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0
      0 & 4 & 0
      0 & 0 & 9 \end{pmatrix}
    2. M=(31−1111−202)M = \begin{pmatrix} 3 & 1 & -1
      1 & 1 & 1
      -2 & 0 & 2 \end{pmatrix}
    3. M=(455545−5−5−6)M = \begin{pmatrix} 4 & 5 & 5
      5 & 4 & 5
      -5 & -5 & -6 \end{pmatrix}

1.

Pour la question 1.(a), remarquer que XX commute avec son carré. Pour la 1.(b), utiliser le fait que si deux matrices commutent, les sous-espaces propres de l'une sont stables par l'autre.

2.

Pour la question 2.(b), calculer le polynôme caractéristique de MM et vérifier qu'il est à racines simples.

3.

Pour la question 2.(c), déterminer les valeurs propres de MM (attention, l'une d'elles est multiple). Analyser le commutant de MM.

Idées clés

•

Lien entre commutant et sous-espaces propres.

•

Diagonalisation simultanée.

•

Cas des valeurs propres multiples : stabilité des sous-espaces propres de dimension >1> 1.

Résolution.

  1. Étude théorique.
    1. Soit XX une solution. On a X2=AX^2 = A. Alors XA=X⋅X2=X3X A = X \cdot X^2 = X^3 et AX=X2⋅X=X3A X = X^2 \cdot X = X^3. Ainsi :
      XA=AX\boxed{XA = AX}

    2. Puisque XX commute avec AA, XX laisse stables les sous-espaces propres de AA. Or, AA possède nn valeurs propres distinctes, donc ses sous-espaces propres Eλi(A)E_{\lambda_i}(A) sont des droites vectorielles. Soit viv_i un vecteur propre associé à λi\lambda_i. On a X(vi)∈Eλi(A)=Vect(vi)X(v_i) \in E_{\lambda_i}(A) = \text{Vect}(v_i). Il existe donc μi∈C\mu_i \in \mathbb{C} tel que X(vi)=μiviX(v_i) = \mu_i v_i. Ainsi, viv_i est aussi un vecteur propre de XX. La base de vecteurs propres de AA diagonalise donc également XX.

    3. Dans cette base commune, l'équation X2=AX^2 = A devient diag(μ12,…,μn2)=diag(λ1,…,λn)\text{diag}(\mu_1^2, \dots, \mu_n^2) = \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n). Cela équivaut au système μi2=λi\mu_i^2 = \lambda_i pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}. Chaque équation μi2=λi\mu_i^2 = \lambda_i possède exactement deux solutions distinctes car λi≠0\lambda_i \neq 0. Par combinatoire, il y a :
      2n solutions\boxed{2^n \text{ solutions}}

  2. Applications pratiques.
    1. Pour M=diag(1,4,9)M = \text{diag}(1, 4, 9), les valeurs propres {1,4,9}\{1, 4, 9\} sont distinctes et non nulles. D'après l'étude précédente, XX doit être diagonale. Les solutions sont les matrices diag(±1,±2,±3)\text{diag}(\pm 1, \pm 2, \pm 3). Il y en a 8 :
      S={(ε10002ε20003ε3),(ε1,ε2,ε3)∈{−1,1}3}\boxed{\mathcal{S} = \left\{ \begin{pmatrix} \varepsilon_1 & 0 & 0
      0 & 2\varepsilon_2 & 0
      0 & 0 & 3\varepsilon_3 \end{pmatrix}, (\varepsilon_1, \varepsilon_2, \varepsilon_3) \in \{-1, 1\}^3 \right\}}

    2. Calculons le polynôme caractéristique de MM. On trouve : χM(X)=−(X−2)(X2−4X+1)=−(X−2)(X−(2+3))(X−(2−3))\chi_M(X) = -(X-2)(X^2-4X+1) = -(X-2)(X-(2+\sqrt{3}))(X-(2-\sqrt{3})). Les valeurs propres sont λ1=2\lambda_1 = 2, λ2=2+3\lambda_2 = 2+\sqrt{3}, λ3=2−3\lambda_3 = 2-\sqrt{3}. Elles sont distinctes et non nulles. Il y a donc 23=82^3 = 8 solutions. Elles sont de la forme Pdiag(±λ1,±λ2,±λ3)P−1P \text{diag}(\pm\sqrt{\lambda_1}, \pm\sqrt{\lambda_2}, \pm\sqrt{\lambda_3}) P^{-1}, où PP est la matrice de passage vers une base de vecteurs propres de MM.

    3. Pour M=(455545−5−5−6)M = \begin{pmatrix} 4 & 5 & 5
      5 & 4 & 5
      -5 & -5 & -6 \end{pmatrix}
      , on trouve χM(X)=−(X−4)(X+1)2\chi_M(X) = -(X-4)(X+1)^2. On vérifie que M+IM+I est de rang 1, donc dim⁡E−1(M)=2\dim E_{-1}(M) = 2. MM est donc diagonalisable. Soit XX une solution. XX commute avec MM, donc XX stabilise E4(M)E_4(M) (droite) et E−1(M)E_{-1}(M) (plan). Sur E4(M)E_4(M), XX agit comme une homothétie de rapport ±2\pm 2. Sur E−1(M)E_{-1}(M), l'endomorphisme induit par XX, noté YY, doit vérifier Y2=−I2Y^2 = -I_2. Il existe une infinité de telles matrices (par exemple toute matrice de la forme Q(i00−i)Q−1Q \begin{pmatrix} i & 0
      0 & -i \end{pmatrix} Q^{-1}
      ).
      Il y a une infiniteˊ de solutions.\boxed{\text{Il y a une infinité de solutions.}}

Ne pas oublier que si une valeur propre est multiple, la solution XX n'est pas nécessairement un polynôme en AA, et peut ne pas être diagonale dans la même base si on ne traite pas correctement le bloc associé.