WikiPrépaLivrets

Soit nNn \in \mathbb{N}^*. On s'intéresse aux matrices AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) vérifiant l'équation A2=InA^2 = -I_n.

  1. Montrer que si une telle matrice existe, alors nn est nécessairement pair.
  2. Dans cette question, on suppose n=2n=2. Soit AM2(R)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) telle que A2=I2A^2 = -I_2.
    1. Soit uu un vecteur non nul de R2\mathbb{R}^2. Montrer que la famille (u,Au)(u, Au) est une base de R2\mathbb{R}^2.
    2. En déduire que AA est semblable à la matrice J=(0110)J = \begin{pmatrix} 0 & -1
      1 & 0 \end{pmatrix}
      .

  3. On revient au cas général où nn est un entier pair. Montrer que AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) vérifie A2=InA^2 = -I_n si et seulement si AA est semblable à une matrice diagonale par blocs de la forme :
    diag(J,J,,J)=(J(0)(0)J)Mn(R)\text{diag}(J, J, \dots, J) = \begin{pmatrix} J & & (0)
    & \ddots &
    (0) & & J \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})
    où chaque bloc JJ est défini par J=(0110)J = \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & 0 \end{pmatrix}
    .

1.

Pour la parité de nn, utiliser le déterminant ou les valeurs propres de AA dans C\mathbb{C}.

2.

Pour la liberté de (u,Au)(u, Au), raisonner par l'absurde en supposant l'existence d'une valeur propre réelle.

3.

Pour la question générale, on peut munir Rn\mathbb{R}^n d'une structure de C\mathbb{C}-espace vectoriel en posant (a+ib)x=ax+bA(x)(a+ib) \cdot x = ax + b A(x).

Idées clés

Polynôme annulateur : P(X)=X2+1P(X) = X^2 + 1 est scindé à racines simples sur C\mathbb{C}, mais sans racine réelle.

Lien entre dimension réelle et dimension complexe d'un espace.

Construction de base par blocs stables de dimension 2.

Résolution.

  1. Supposons qu'il existe AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telle que A2=InA^2 = -I_n. En appliquant le déterminant, nous obtenons :
    det(A2)=det(In)    det(A)2=(1)n\det(A^2) = \det(-I_n) \implies \det(A)^2 = (-1)^n
    Or, AA est une matrice à coefficients réels, donc det(A)R\det(A) \in \mathbb{R}, ce qui impose det(A)20\det(A)^2 \geq 0. On en déduit que (1)n0(-1)^n \geq 0, ce qui implique que :
    n est pair.\boxed{n \text{ est pair.}}

  2. Cas n=2n=2 :
    1. Soit uR2{0}u \in \mathbb{R}^2 \setminus \{0\}. Supposons la famille (u,Au)(u, Au) liée. Alors il existe λR\lambda \in \mathbb{R} tel que Au=λuAu = \lambda u (car u0u \neq 0). En appliquant AA, on aurait A2u=λAu=λ2uA^2 u = \lambda Au = \lambda^2 u. Comme A2=I2A^2 = -I_2, on obtient u=λ2u-u = \lambda^2 u, d'où λ2=1\lambda^2 = -1. Ceci est impossible pour un réel λ\lambda. La famille (u,Au)(u, Au) est donc libre. En dimension 2, c'est une base.
    2. Notons B=(u,Au)\mathcal{B} = (u, Au) cette base. Cherchons la matrice de l'endomorphisme ff associé à AA dans cette base : L'image du premier vecteur est f(u)=Au=0u+1Auf(u) = Au = 0 \cdot u + 1 \cdot Au. L'image du second vecteur est f(Au)=A2u=u=1u+0Auf(Au) = A^2 u = -u = -1 \cdot u + 0 \cdot Au. La matrice de ff dans B\mathcal{B} est donc :
      MatB(f)=(0110)=J\boxed{ \text{Mat}_{\mathcal{B}}(f) = \begin{pmatrix} 0 & -1
      1 & 0 \end{pmatrix} = J }
      Ainsi, AA est semblable à JJ.

  3. Sens réciproque : Si AA est semblable à M=diag(J,,J)M = \text{diag}(J, \dots, J), alors A2A^2 est semblable à M2M^2. Un calcul par blocs montre que M2=diag(J2,,J2)M^2 = \text{diag}(J^2, \dots, J^2). Or J2=(0110)(0110)=(1001)=I2J^2 = \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -1 & 0
    0 & -1 \end{pmatrix} = -I_2
    . Ainsi M2=InM^2 = -I_n, et par similitude, A2=In\boxed{A^2 = -I_n}.

    Sens direct : Supposons A2=InA^2 = -I_n. Notons ff l'endomorphisme de E=RnE = \mathbb{R}^n canoniquement associé à AA. On peut définir une loi de composition externe sur EE par le corps C\mathbb{C} :

    (a,b)R2,xE,(a+ib)x=ax+bf(x)\forall (a, b) \in \mathbb{R}^2, \forall x \in E,   (a+ib) \cdot x = a x + b f(x)
    Vérifions que cela munit (E,+)(E, +) d'une structure de C\mathbb{C}-espace vectoriel. Le point crucial est l'associativité de la multiplication :
    i(ix)=if(x)=f(f(x))=f2(x)=x=(i2)xi \cdot (i \cdot x) = i \cdot f(x) = f(f(x)) = f^2(x) = -x = (i^2) \cdot x
    Soit (e1,,ek)(e_1, \dots, e_k) une base de ce C\mathbb{C}-espace vectoriel. La dimension de EE sur R\mathbb{R} est alors n=2kn = 2k. La famille B=(e1,f(e1),e2,f(e2),,ek,f(ek))\mathcal{B} = (e_1, f(e_1), e_2, f(e_2), \dots, e_k, f(e_k)) constitue une base de EE en tant que R\mathbb{R}-espace vectoriel. Dans cette base, la matrice de ff est composée de kk blocs de taille 2 de la forme (0110)\begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & 0 \end{pmatrix}
    . On a bien démontré la similitude demandée.

Une erreur fréquente est de vouloir diagonaliser la matrice directement dans R\mathbb{R}. Or, le polynôme minimal est X2+1X^2+1, qui n'a pas de racines réelles. La matrice n'est donc jamais diagonalisable sur R\mathbb{R}.