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On s'intéresse à l'existence d'un endomorphisme dont le carré est égal à l'opérateur de dérivation.

  1. Soit EE un espace vectoriel de dimension finie n⩾2n \geqslant 2. On considère un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) nilpotent d'indice nn, c'est-à-dire tel que un=0u^n = 0 et un−1≠0u^{n-1} \neq 0. Montrer qu'il n'existe aucun endomorphisme v∈L(E)v \in \mathcal{L}(E) tel que v2=uv^2 = u.

  2. Soit E=C∞(R,C)E = \mathcal{C}^{\infty}(\mathbb{R}, \mathbb{C}) l'espace des fonctions de classe C∞\mathcal{C}^{\infty} sur R\mathbb{R}. On note D∈L(E)D \in \mathcal{L}(E) l'endomorphisme de dérivation défini par D(f)=f′D(f) = f'. Existe-t-il un endomorphisme T∈L(E)T \in \mathcal{L}(E) tel que T∘T=DT \circ T = D ?

1.

Pour la question 1, si v2=uv^2 = u, montrez que vv est nécessairement nilpotent et comparez son indice de nilpotence à celui de uu. Rappelez-vous que l'indice de nilpotence dans un espace de dimension nn est au plus nn.

2.

Pour la question 2, raisonnez par l'absurde. Si un tel TT existe, montrez qu'il doit stabiliser les sous-espaces de dimension finie Cn[X]\mathbb{C}_{n}[X] car ces derniers sont des noyaux d'itérés de DD. Utilisez ensuite le résultat de la question précédente.

Idées clés

•

Lien entre l'indice de nilpotence d'un endomorphisme et la dimension de l'espace.

•

Stabilité des noyaux d'itérés par un endomorphisme qui commute avec l'opérateur.

•

Restriction d'un problème de dimension infinie à un sous-espace stable bien choisi.

Résolution.

  1. Supposons par l'absurde qu'il existe v∈L(E)v \in \mathcal{L}(E) tel que v2=uv^2 = u.

    Puisque un=0u^n = 0, nous avons (v2)n=v2n=0(v^2)^n = v^{2n} = 0. L'endomorphisme vv est donc nilpotent.

    Soit kk l'indice de nilpotence de vv. On sait, par une propriété classique du cours sur les endomorphismes nilpotents en dimension nn, que :

    k⩽n\boxed{k \leqslant n}

    Comme vk=0v^k = 0, on peut regarder ce qu'il advient des puissances de uu. Pour tout entier pp, up=(v2)p=v2pu^p = (v^2)^p = v^{2p}.

    Si l'on choisit p=⌈k/2⌉p = \lceil k/2 \rceil (le plus petit entier supérieur ou égal à k/2k/2), alors 2p⩾k2p \geqslant k. Par conséquent, v2p=0v^{2p} = 0, ce qui implique up=0u^p = 0.

    Par définition de l'indice de nilpotence de uu, on doit avoir p⩾np \geqslant n. Or, nous avons établi que k⩽nk \leqslant n, donc :

    p=⌈k/2⌉⩽⌈n/2⌉p = \lceil k/2 \rceil \leqslant \lceil n/2 \rceil

    On aboutit donc à la condition nécessaire :

    n⩽⌈n/2⌉\boxed{n \leqslant \lceil n/2 \rceil}

    Pour n=2n=2, on aurait 2⩽12 \leqslant 1, ce qui est absurde. Pour n⩾2n \geqslant 2, on a toujours ⌈n/2⌉<n\lceil n/2 \rceil < n.

    L'hypothèse v2=uv^2 = u est donc absurde.

  2. Supposons qu'il existe T∈L(E)T \in \mathcal{L}(E) tel que T2=DT^2 = D.

    Remarquons d'abord que TT commute avec DD :

    T∘D=T∘(T∘T)=T3=(T∘T)∘T=D∘TT \circ D = T \circ (T \circ T) = T^3 = (T \circ T) \circ T = D \circ T

    Pour tout n∈N∗n \in \mathbb{N}^*, considérons le sous-espace vectoriel Fn=Cn−1[X]F_n = \mathbb{C}_{n-1}[X]. On sait que Fn=ker⁡(Dn)F_n = \ker(D^n).

    Comme TT commute avec DD, TT commute aussi avec DnD^n. Ainsi, le noyau de DnD^n est stable par TT.

    T(Fn)⊂Fn\boxed{T(F_n) \subset F_n}

    Considérons alors les restrictions de DD et TT au sous-espace FnF_n (pour un n⩾2n \geqslant 2 fixé). Notons u=D∣Fnu = D_{|F_n} et v=T∣Fnv = T_{|F_n}.

    L'endomorphisme uu est l'opérateur de dérivation sur l'espace des polynômes de degré au plus n−1n-1. On sait que uu est nilpotent d'indice nn car un=0u^n = 0 et un−1(Xn−1)=(n−1)!≠0u^{n-1}(X^{n-1}) = (n-1)! \neq 0.

    Comme T2=DT^2 = D, en restreignant à FnF_n, on obtient :

    v2=u\boxed{v^2 = u}

    D'après la question 1, ceci est impossible puisque dim⁡(Fn)=n⩾2\dim(F_n) = n \geqslant 2. Par conséquent :

    Il n’existe pas d’endomorphisme T tel que T2=D\boxed{\text{Il n'existe pas d'endomorphisme } T \text{ tel que } T^2 = D}

L'erreur fréquente est d'oublier de justifier la stabilité de FnF_n par TT. Sans cette stabilité, on ne peut pas définir la restriction vv et utiliser l'argument de dimension finie.