L'objectif est de déterminer l'ensemble des matrices B∈M3(C) telles que B2=A.
Étudier les propriétés de la matrice A : calculer A2, déterminer son rang et son spectre.
Soit B∈M3(C) une solution de l'équation B2=A.
Montrer que B est une matrice nilpotente. Quel est son indice de nilpotence ?
Déterminer le rang de B.
Justifier que ker(B)=Im(A).
En utilisant une base adaptée à l'endomorphisme associé à A, déterminer toutes les matrices B solutions.
1.
Remarquer que A est une matrice de rang 1 en exprimant ses colonnes en fonction de C=(1,j,j2)T. Utiliser le fait que 1+j+j2=0.
2.
Si B2=A, alors B commute avec A. De plus, B2 étant nilpotente, B l'est aussi. Dans M3(C), le seul indice de nilpotence possible pour une racine carrée d'une matrice de rang 1 non nulle est 3.
3.
Construire une base (v1,v2,v3) telle que Av1=0, Av2=0 et Av3=αv1. Chercher la matrice de B dans cette base.
Idées clés
•
Analyse de la structure de A (rang 1, nilpotence).
•
Lien entre les noyaux itérés d'un endomorphisme nilpotent.
•
Résolution par réduction à une forme "canonique" dans une base bien choisie.
1. Étude de la matrice A
Notons C=1jj2. On remarque que les colonnes de A sont respectivement C, jC et j2C. On peut donc écrire :
A=C(1jj2)=CCT
Calculons le produit CTC :
CTC=1+j2+j4=1+j2+j=0
On en déduit immédiatement :
A2=(CCT)(CCT)=C(CTC)CT=C⋅0⋅CT=03
La matrice A est donc nilpotente d'indice 2. Ses colonnes étant proportionnelles au vecteur non nul C, on a :
rg(A)=1etSp(A)={0}
2. Analyse des propriétés de B
Soit B une solution de B2=A.
Puisque A est nilpotente (A2=0), on a B4=0. Ainsi, B est nilpotente.
Dans M3(C), le polynôme caractéristique de B est X3. Par le théorème de Cayley-Hamilton, B3=0.
Comme B2=A=0, l'indice de nilpotence de B est exactement 3.
Pour une matrice nilpotente de taille 3, le rang peut être 0,1 ou 2.
Si rg(B)≤1, alors B2=0 (car l'indice de nilpotence est inférieur ou égal au rang plus 1, ou par réduction).
Ceci contredit B2=A=0. Par conséquent :
rg(B)=2
Pour tout endomorphisme nilpotent u d'indice 3 sur un espace de dimension 3, on sait que :
{0}⊊ker(u)⊊ker(u2)⊊ker(u3)=E
Ici, dimker(B)=3−rg(B)=1 et dimker(B2)=3−rg(A)=2.
De plus, Im(B2)⊂ker(B) car B(B2)=B3=0.
Comme dimIm(B2)=rg(A)=1 et dimker(B)=1, on a l'égalité :
ker(B)=Im(A)=Vect(C)
3. Résolution de l'équation
Cherchons une base adaptée. Posons V1=C=(1,j,j2)T.
Complétons V1 en une base (V1,V2) de ker(A). On peut choisir V2=(1,1,1)T car V2∈ker(A)⟺1+j+j2=0, ce qui est vrai.
Enfin, choisissons V3=(1,j2,j)T. Calculons AV3 :
AV3=C(1jj2)1j2j=C(1+j3+j3)=3C=3V1
Dans la base B=(V1,V2,V3), la matrice de l'endomorphisme associé à A est :
MB(A)=000000300
Soit M=MatB(B). Comme B2=A, B commute avec A.
Un calcul de commutant ou l'utilisation de la structure des noyaux montre que B doit être de la forme :
M=000a00bc0
En calculant M2, on obtient :
M2=000000ac00
On veut M2=MB(A), ce qui impose ac=3. Les paramètres a et b sont libres sous réserve que a=0.
Ainsi, c=3/a.
Conclusion.
Les solutions sont les matrices de la forme :
B=P000a00b3/a0P−1
où a∈C∗, b∈C, et P est la matrice de passage :
P=1jj21111j2j
Une erreur classique est de penser que B est nécessairement un polynôme en A. Or, si B=αI+βA, alors B2=α2I+2αβA (car A2=0). Pour avoir B2=A, il faudrait α2=0⟹α=0, puis 0=1 (coefficient de A), ce qui est impossible.