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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On s'intéresse à l'application ϕP:M↦P(M)\phi_P : M \mapsto P(M) définie sur des espaces de matrices pour un polynôme PP donné.

  1. Cas complexe : Soit P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] un polynôme non constant. Montrer que pour toute matrice A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) diagonalisable, il existe une matrice M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que P(M)=AP(M) = A.

  2. Cas réel : Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] un polynôme de degré pair. L'application ϕP:Mn(R)→Mn(R)\phi_P : \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \to \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) définie par ϕP(M)=P(M)\phi_P(M) = P(M) est-elle surjective ?

1.

Pour la question 1, utiliser le théorème de d'Alembert-Gauss pour garantir que P:C→CP: \mathbb{C} \to \mathbb{C} est surjective, puis construire MM sous forme diagonale dans une base de diagonalisation de AA.

2.

Pour la question 2, considérer les propriétés des limites d'un polynôme de degré pair sur R\mathbb{R}. Étudier ensuite le lien entre le spectre complexe d'une matrice réelle MM et celui de P(M)P(M).

Idées clés

•

Surjectivité de PP sur C\mathbb{C} (d'Alembert-Gauss).

•

Lien entre les spectres : Sp(P(M))=P(Sp(M))\text{Sp}(P(M)) = P(\text{Sp}(M)).

•

Propriété des matrices réelles : les valeurs propres non réelles sont conjuguées deux à deux avec la même multiplicité.

Résolution.

  1. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice diagonalisable. Il existe donc Q∈GLn(C)Q \in GL_n(\mathbb{C}) et des scalaires λ1,…,λn∈C\lambda_1, \dots, \lambda_n \in \mathbb{C} tels que :
    A=Qdiag⁡(λ1,…,λn)Q−1A = Q \operatorname{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) Q^{-1}

    Le polynôme PP est non constant, donc d'après le théorème de d'Alembert-Gauss, l'application z↦P(z)z \mapsto P(z) est surjective de C\mathbb{C} dans C\mathbb{C}. Ainsi, pour chaque j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\}, il existe au moins un complexe μj\mu_j tel que :

    P(μj)=λjP(\mu_j) = \lambda_j

    Définissons alors la matrice MM par :

    M=Qdiag⁡(μ1,…,μn)Q−1M = Q \operatorname{diag}(\mu_1, \dots, \mu_n) Q^{-1}

    Par propriété du calcul matriciel polynomial, on a :

    P(M)=QP(diag⁡(μ1,…,μn))Q−1P(M) = Q P\left( \operatorname{diag}(\mu_1, \dots, \mu_n) \right) Q^{-1}
    P(M)=Qdiag⁡(P(μ1),…,P(μn))Q−1P(M) = Q \operatorname{diag}(P(\mu_1), \dots, P(\mu_n)) Q^{-1}

    En remplaçant les P(μj)P(\mu_j) par les λj\lambda_j, on obtient :

    P(M)=A\boxed{P(M) = A}
    L'existence de MM est donc établie.

  2. La réponse est négative. Prouvons que ϕP\phi_P n'est pas surjective.

    Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] de degré pair 2k2k (k≥1k \ge 1). Quitte à considérer −P-P, supposons que le coefficient dominant de PP est positif. Alors lim⁡x→±∞P(x)=+∞\lim_{x \to \pm \infty} P(x) = +\infty. Par continuité sur R\mathbb{R}, PP admet un minimum global m∈Rm \in \mathbb{R} :

    ∀x∈R,P(x)≥m\forall x \in \mathbb{R},   P(x) \ge m

    Considérons une valeur α<m\alpha < m. Comme α∉P(R)\alpha \notin P(\mathbb{R}), le polynôme P(X)−αP(X) - \alpha n'a pas de racine réelle. Soit A=diag⁡(α,λ2,…,λn)A = \operatorname{diag}(\alpha, \lambda_2, \dots, \lambda_n) une matrice diagonale réelle où les λj\lambda_j sont des réels distincts et supérieurs à mm.

    Supposons qu'il existe M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telle que P(M)=AP(M) = A. Soit χM∈R[X]\chi_M \in \mathbb{R}[X] le polynôme caractéristique de MM. Si z∈Cz \in \mathbb{C} est une valeur propre de MM de multiplicité kzk_z, alors P(z)P(z) est une valeur propre de P(M)P(M) de multiplicité au moins kzk_z.

    Comme α\alpha est une valeur propre de AA, il existe z0∈SpC(M)z_0 \in \text{Sp}_{\mathbb{C}}(M) tel que P(z0)=αP(z_0) = \alpha. Or α<m\alpha < m, donc d'après l'étude de PP sur R\mathbb{R}, on a nécessairement z0∈C∖Rz_0 \in \mathbb{C} \setminus \mathbb{R}.

    Puisque MM est une matrice réelle, son polynôme caractéristique est à coefficients réels. Les racines non réelles apparaissent donc par paires conjuguées avec la même multiplicité. Ainsi, z0ˉ\bar{z_0} est aussi une valeur propre de MM avec la même multiplicité que z0z_0.

    Comme PP est à coefficients réels, on a P(z0ˉ)=P(z0)‾=αˉ=αP(\bar{z_0}) = \overline{P(z_0)} = \bar{\alpha} = \alpha. La valeur α\alpha doit donc apparaître comme valeur propre de P(M)P(M) avec une multiplicité au moins égale à la somme des multiplicités de z0z_0 et z0ˉ\bar{z_0}, soit une multiplicité paire (au moins 2).

    Or, dans la matrice AA, la valeur propre α\alpha est de multiplicité 1 par construction. C'est une contradiction.

    L’application ϕP n’est pas surjective sur Mn(R).\boxed{\text{L'application } \phi_P \text{ n'est pas surjective sur } \mathcal{M}_n(\mathbb{R}).}

L'erreur classique est d'oublier que même si MM est réelle, elle possède des valeurs propres complexes. Il ne suffit pas de dire que P(R)P(\mathbb{R}) est borné inférieurement, il faut prouver que les images des valeurs propres complexes de MM par PP ne peuvent pas "combler" les lacunes de P(R)P(\mathbb{R}) sans introduire de multiplicités paires.