WikiPrépaLivrets

On se propose de résoudre des équations de la forme P(X)=AP(X) = A où A∈M2(K)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{K}) et P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X].

  1. Étude d'un premier cas guidé. Soit A=(3−3−15)A = \begin{pmatrix} 3 & -3
    -1 & 5 \end{pmatrix}
    . On cherche X∈M2(R)X \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) telle que X2+X=AX^2 + X = A.
    1. Déterminer les valeurs propres de AA et une base de vecteurs propres.
    2. Justifier que si XX est solution, alors XX commute avec AA.
    3. En déduire que XX est diagonalisable dans la même base que AA.
    4. Déterminer toutes les solutions XX dans M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}).

  2. Influence du corps de base. Résoudre dans M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}), puis dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}), l'équation :
    M2+M+I2=(0110)M^2 + M + I_2 = \begin{pmatrix} 0 & 1
    1 & 0 \end{pmatrix}

  3. Autres configurations. Résoudre dans M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}) les deux équations suivantes :
    1. X2−2X=(5−152−6)X^{2}-2 X = \begin{pmatrix} 5 & -15
      2 & -6 \end{pmatrix}
    2. X2+X=(1111)X^{2}+X = \begin{pmatrix} 1 & 1
      1 & 1 \end{pmatrix}

1.

Si XX est solution de P(X)=AP(X) = A, alors XX commute avec AA car XX commute avec tout polynôme en XX.

2.

Si AA possède nn valeurs propres distinctes, son commutant est l'ensemble des matrices diagonalisables dans la même base que AA.

3.

Pour l'équation P(X)=AP(X)=A, une fois AA diagonalisée sous la forme A=PDP−1A = P D P^{-1}, on cherche XX sous la forme X=PΔP−1X = P \Delta P^{-1} où Δ\Delta est diagonale et vérifie P(Δ)=DP(\Delta) = D.

4.

Attention : sur R\mathbb{R}, certains polynômes scalaires peuvent ne pas avoir de racines, ce qui limite le nombre de solutions matricielles.

Idées clés

•

Commutation XA=AXXA=AX car AA est un polynôme en XX.

•

Codiagonalisation : si AA a des valeurs propres distinctes, toute matrice commutant avec AA est diagonalisable dans la même base.

•

Réduction du problème matriciel à un système d'équations scalaires sur les coefficients diagonaux.

Résolution.

  1. Premier cas : X2+X=AX^2 + X = A
    1. Le polynôme caractéristique de AA est χA(x)=(3−x)(5−x)−3=x2−8x+12=(x−2)(x−6)\chi_A(x) = (3-x)(5-x) - 3 = x^2 - 8x + 12 = (x-2)(x-6). Les valeurs propres sont λ1=2\lambda_1 = 2 et λ2=6\lambda_2 = 6. Pour λ1=2\lambda_1=2, on trouve E2(A)=Vect(31)E_2(A) = \text{Vect} \begin{pmatrix} 3
      1 \end{pmatrix}
      . Pour λ2=6\lambda_2=6, on trouve E6(A)=Vect(1−1)E_6(A) = \text{Vect} \begin{pmatrix} 1
      -1 \end{pmatrix}
      . On a donc A=PDP−1A = P D P^{-1} avec :
      P=(311−1)etD=(2006)\boxed{ P = \begin{pmatrix} 3 & 1
      1 & -1 \end{pmatrix}   \text{et}   D = \begin{pmatrix} 2 & 0
      0 & 6 \end{pmatrix} }

    2. Si X2+X=AX^2 + X = A, alors XA=X(X2+X)=X3+X2XA = X(X^2+X) = X^3+X^2 et AX=(X2+X)X=X3+X2AX = (X^2+X)X = X^3+X^2. On a donc bien XA=AXXA = AX.

    3. Puisque XA=AXXA = AX, XX laisse stables les sous-espaces propres de AA. Comme les valeurs propres de AA sont simples, les sous-espaces propres sont des droites. Tout vecteur propre de AA est donc aussi un vecteur propre de XX. Ainsi, XX est diagonalisable dans la même base que AA.

    4. On cherche X=PΔP−1X = P \Delta P^{-1} avec Δ=diag(x1,x2)\Delta = \text{diag}(x_1, x_2). L'équation devient Δ2+Δ=D\Delta^2 + \Delta = D, soit :
      {x12+x1=2x22+x2=6  ⟺  {x12+x1−2=0x22+x2−6=0\begin{cases} x_1^2 + x_1 = 2
      x_2^2 + x_2 = 6 \end{cases} \iff \begin{cases} x_1^2 + x_1 - 2 = 0
      x_2^2 + x_2 - 6 = 0 \end{cases}
      Pour x1x_1, les racines sont 11 et −2-2. Pour x2x_2, les racines sont 22 et −3-3. On obtient 4 matrices Δ\Delta possibles : diag(1,2),diag(1,−3),diag(−2,2),diag(−2,−3)\text{diag}(1,2), \text{diag}(1,-3), \text{diag}(-2,2), \text{diag}(-2,-3). Par exemple, pour Δ=(1002)\Delta = \begin{pmatrix} 1 & 0
      0 & 2 \end{pmatrix}
      , on calcule X=PΔP−1X = P \Delta P^{-1} :
      X1=14(311−1)(1002)(111−3)=(5/4−3/4−1/47/4)\boxed{ X_1 = \frac{1}{4} \begin{pmatrix} 3 & 1
      1 & -1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 0
      0 & 2 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1
      1 & -3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 5/4 & -3/4
      -1/4 & 7/4 \end{pmatrix} }
      Les trois autres solutions s'obtiennent de la même manière.

  2. Influence du corps : M2+M+I=AM^2 + M + I = A avec A=(0110)A = \begin{pmatrix 0 & 1
    1 & 0 \end{pmatrix}} Les valeurs propres de AA sont 11 et −1-1. AA est diagonalisable. Toute solution MM est de la forme M=Qdiag(m1,m2)Q−1M = Q \text{diag}(m_1, m_2) Q^{-1} où QQ diagonalise AA. L'équation scalaire est m2+m+1=λm^2 + m + 1 = \lambda avec λ∈{1,−1}\lambda \in \{1, -1\}. Cas λ=1\lambda = 1 : m2+m=0  ⟹  m∈{0,−1}m^2 + m = 0 \implies m \in \{0, -1\}. Cas λ=−1\lambda = -1 : m2+m+2=0m^2 + m + 2 = 0. Le discriminant est Δ=1−8=−7\Delta = 1 - 8 = -7. Dans R\mathbb{R}, il n'y a pas de racine. Donc :
    Dans M2(R), il n’y a pas de solution.\boxed{ \text{Dans } \mathcal{M}_2(\mathbb{R}), \text{ il n'y a pas de solution.} }
    Dans C\mathbb{C}, les racines sont m=−1±i72m = \frac{-1 \pm i\sqrt{7}}{2}. Il y a donc 4 solutions dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}), obtenues en combinant m1∈{0,−1}m_1 \in \{0, -1\} et m2∈{−1±i72}m_2 \in \{ \frac{-1 \pm i\sqrt{7}}{2} \}.

  3. Autres configurations
    1. Soit A=(5−152−6)A = \begin{pmatrix} 5 & -15
      2 & -6 \end{pmatrix}
      . On a Tr(A)=−1\text{Tr}(A) = -1 et det⁡(A)=−30+30=0\det(A) = -30 + 30 = 0. Les valeurs propres sont 00 et −1-1. L'équation x2−2x=λx^2 - 2x = \lambda donne : Si λ=0\lambda = 0 : x(x−2)=0  ⟹  x∈{0,2}x(x-2)=0 \implies x \in \{0, 2\}. Si λ=−1\lambda = -1 : x2−2x+1=0  ⟹  (x−1)2=0  ⟹  x=1x^2 - 2x + 1 = 0 \implies (x-1)^2 = 0 \implies x = 1. Les matrices Δ\Delta possibles sont diag(0,1)\text{diag}(0, 1) et diag(2,1)\text{diag}(2, 1). Après calcul avec P=(3512)P = \begin{pmatrix} 3 & 5
      1 & 2 \end{pmatrix}
      , on trouve les deux solutions :
      X1=(−515−26)etX2=(1302) (aˋ titre d’exemple)\boxed{ X_1 = \begin{pmatrix} -5 & 15
      -2 & 6 \end{pmatrix}   \text{et}   X_2 = \begin{pmatrix} 1 & 3
      0 & 2 \end{pmatrix} \text{ (à titre d'exemple)} }
    2. Soit A=(1111)A = \begin{pmatrix} 1 & 1
      1 & 1 \end{pmatrix}
      . Les valeurs propres sont 00 et 22. L'équation x2+x=λx^2 + x = \lambda donne : Si λ=0\lambda = 0 : x∈{0,−1}x \in \{0, -1\}. Si λ=2\lambda = 2 : x∈{1,−2}x \in \{1, -2\}. En utilisant P=(11−11)P = \begin{pmatrix} 1 & 1
      -1 & 1 \end{pmatrix}
      , on trouve 4 solutions.

Ne pas oublier de vérifier si les valeurs propres de la matrice cible sont distinctes. Si elles sont multiples, la matrice XX n'est pas nécessairement diagonalisable dans la même base (elle pourrait être seulement trigonalisable, ou le commutant pourrait être plus gros). Ici, les matrices proposées ont toutes des valeurs propres distinctes.