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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On s'intéresse à l'existence d'une "racine nn-ième" pour la matrice AA, c'est-à-dire une matrice X∈Mn(C)X \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que Xn=AX^n = A.

Montrer que AA est une puissance nn-ième dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) si et seulement si :

rg⁡(A)=rg⁡(A2)\operatorname{rg}(A) = \operatorname{rg}(A^2)

1.

Pour le sens direct (  ⟹  \implies), considérer la suite des noyaux itérés d'une matrice XX telle que Xn=AX^n = A. Utiliser le fait que cette suite stationne au plus tard à l'indice nn.

2.

Pour le sens réciproque (  ⟸  \impliedby), utiliser la condition sur le rang pour obtenir une décomposition de l'espace en somme directe Cn=ker⁡(A)⊕im⁡(A)\mathbb{C}^n = \ker(A) \oplus \operatorname{im}(A).

3.

Sur im⁡(A)\operatorname{im}(A), la restriction de l'endomorphisme est inversible. Utiliser le lemme des noyaux pour se ramener à des endomorphismes de la forme λid⁡+N\lambda \operatorname{id} + N avec NN nilpotent, puis utiliser un développement en série entière (tronqué) pour trouver une racine nn-ième.

Idées clés

•

Stabilité de la suite des noyaux itérés d'un endomorphisme en dimension nn.

•

Décomposition de Fitting (ou lemme de décomposition des noyaux).

•

Calcul fonctionnel sur les matrices nilpotentes (série binomiale).

Condition nécessaire (  ⟹  \implies).

Supposons qu'il existe X∈Mn(C)X \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que Xn=AX^n = A.

Considérons la suite des noyaux itérés de XX, notée (Km)m∈N(K_m)_{m \in \mathbb{N}} où Km=ker⁡(Xm)K_m = \ker(X^m). Cette suite est croissante au sens de l'inclusion. De plus, il est classique qu'en dimension nn, si Km=Km+1K_m = K_{m+1}, alors la suite stationne à partir du rang mm.

Comme la dimension de l'espace est nn, la suite doit stationner au plus tard à l'indice nn. On a donc :

ker⁡(Xn)=ker⁡(Xn+1)=⋯=ker⁡(X2n)\ker(X^n) = \ker(X^{n+1}) = \dots = \ker(X^{2n})

Or, par hypothèse, A=XnA = X^n et A2=X2nA^2 = X^{2n}. L'égalité précédente donne directement :

ker⁡(A)=ker⁡(A2)\boxed{\ker(A) = \ker(A^2)}

D'après le théorème du rang, l'égalité des dimensions des noyaux implique l'égalité des rangs :

rg⁡(A)=rg⁡(A2)\boxed{\operatorname{rg}(A) = \operatorname{rg}(A^2)}

Condition suffisante (  ⟸  \impliedby).

Supposons que rg⁡(A)=rg⁡(A2)\operatorname{rg}(A) = \operatorname{rg}(A^2). D'après le théorème du rang, cela équivaut à dim⁡(ker⁡A)=dim⁡(ker⁡A2)\dim(\ker A) = \dim(\ker A^2).

Comme ker⁡(A)⊂ker⁡(A2)\ker(A) \subset \ker(A^2), on en déduit ker⁡(A)=ker⁡(A2)\ker(A) = \ker(A^2). D'après le lemme de la base adaptée ou les propriétés classiques des noyaux itérés, cela entraîne :

Cn=ker⁡(A)⊕im⁡(A)\mathbb{C}^n = \ker(A) \oplus \operatorname{im}(A)

Soit uu l'endomorphisme associé à AA. Les deux sous-espaces de la somme directe ci-dessus sont stables par uu.

  • Sur E1=ker⁡(A)E_1 = \ker(A), l'endomorphisme induit est nul. La matrice nulle de taille k×kk \times k est la puissance nn-ième de la matrice nulle.
  • Sur E2=im⁡(A)E_2 = \operatorname{im}(A), l'endomorphisme induit, noté u2u_2, est un automorphisme (car son noyau est réduit à {0}\{0\}).

Il suffit donc de montrer que tout automorphisme vv d'un espace de dimension finie sur C\mathbb{C} possède une racine nn-ième.

Le polynôme caractéristique de vv est scindé sur C\mathbb{C} et 00 n'est pas valeur propre. D'après le lemme des noyaux appliqué aux sous-espaces caractéristiques, on peut décomposer E2E_2 en :

E2=⨁λ∈sp⁡(v)ker⁡(v−λid⁡)mλE_2 = \bigoplus_{\lambda \in \operatorname{sp}(v)} \ker(v - \lambda \operatorname{id})^{m_\lambda}

Sur chaque sous-espace Vλ=ker⁡(v−λid⁡)mλV_\lambda = \ker(v - \lambda \operatorname{id})^{m_\lambda}, on peut écrire v=λid⁡+νv = \lambda \operatorname{id} + \nu où ν\nu est un endomorphisme nilpotent qui commute avec λid⁡\lambda \operatorname{id}. Comme λ≠0\lambda \neq 0, on écrit :

v=λ(id⁡+1λν)v = \lambda \left( \operatorname{id} + \frac{1}{\lambda} \nu \right)

Posons M=1λνM = \frac{1}{\lambda} \nu, qui est encore nilpotent. On cherche une racine nn-ième de id⁡+M\operatorname{id} + M sous la forme d'un polynôme en MM. On utilise le développement en série entière de (1+z)1/n(1+z)^{1/n} :

(1+z)1/n=∑k=0∞(1/nk)zk(1+z)^{1/n} = \sum_{k=0}^{\infty} \binom{1/n}{k} z^k

Puisque Md=0M^d = 0 pour un certain d∈Nd \in \mathbb{N}, la série appliquée à MM est en fait une somme finie :

w=∑k=0d−1(1/nk)Mkw = \sum_{k=0}^{d-1} \binom{1/n}{k} M^k

Par propriété des séries formelles (ou par prolongement analytique), on a wn=id⁡+Mw^n = \operatorname{id} + M. En prenant une racine nn-ième complexe μ\mu de λ\lambda (μn=λ\mu^n = \lambda), l'endomorphisme μw\mu w est une racine nn-ième de vv sur VλV_\lambda.

En recollant les solutions sur chaque sous-espace de la somme directe, on construit un endomorphisme xx tel que xn=ux^n = u.

Attention, ce résultat est faux sur R\mathbb{R}. Par exemple, la matrice A=(−1)∈M1(R)A = (-1) \in \mathcal{M}_1(\mathbb{R}) vérifie rg⁡(A)=rg⁡(A2)=1\operatorname{rg}(A) = \operatorname{rg}(A^2) = 1, mais n'admet pas de racine carrée (n=2n=2) dans M1(R)\mathcal{M}_1(\mathbb{R}) car x2=−1x^2 = -1 n'a pas de solution réelle.