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BCE Maths approfondies HEC/ESCP ECS 2006, épreuve 2Sujet et corrigé

Epreuve de maths approfondies - ECS 2006

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Annale de maths approfondies BCE HEC/ESCP pour la filiere ECS, session 2006.

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BANQUE COMMUNE D'EPREUVES

Concepteurs : H.E.C. - E.S.C.P. - E.A.P.

OPTION : SCIENTIFIQUE
MATHEMATIQUES II
CODE EPREUVE :
283
CCIP_M2_S
Mercredi 10 Mai 2006, de 14 h. à 18 h.
La présentation, la lisibilité, l'orthographe, la qualité de la rédaction, la clarté et la précision des raisonnements entreront pour une part importante dans l'appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les résultats de leurs calculs.
Ils ne doivent faire usage d'aucun document : l'utilisation de toute calculatrice et de tout matériel électronique est interdite.
Seule l'utilisation d'une règle graduée est autorisée.
Le problème a pour objet l'étude de quelques propriétés concernant le nombre de racines réelles d'un polynôme de degré n, (n ⩾ 1), à coefficients réels fixés ou aléatoires.
Dans les parties II et III, les polynômes considérés sont à coefficients réels et on pourra confondre polynôme et fonction polynomiale associée.
Pour toute fonction Ψ dérivable sur son domaine de définition, la dérivée de Ψ est notée Ψ^′.
Les quatre parties du problème sont, dans une large mesure, indépendantes.

Partie I. Nombre de racines réelles d'un polynôme du second degré à coefficients aléatoires

On considère dans cette partie, deux variables aléatoires réelles X_0 et X_1 définies sur le même espace probabilisé ( Ω, A, P ), indépendantes et de même loi.
Pour tout ω de Ω, on considère le polynôme Q_ω d'indéterminée y, défini par :
Q_ω(y) = y^2 + X_1(ω)y + X_0(ω)
On désigne par M(ω) le nombre de racines réelles de Q_ω.
  1. Montrer que l'application M qui, à tout ω de Ω associe M(ω), est une variable aléatoire définie sur ( Ω, A, P ).
  2. Soit Z une variable aléatoire définie sur ( Ω, A, P ), qui suit une loi de Bernoulli de paramètre p(p ∈ ]0, 1[ ). On suppose dans cette question que X_0 et X_1 suivent la même loi que 2Z − 1.
    a) Déterminer la loi de X_0.
    b) Déterminer la loi de M et calculer son espérance E(M).
Dans les questions suivantes, on suppose que X_0 et X_1 suivent une même loi exponentielle de paramètre 1/2. On pose : Y_0 = − 4X_0, Y_1 = X_1^2, Y = Y_1 + Y_0, et on note F_(Y_0), F_(Y_1) et F_Y, les fonctions de répartition de Y_0, Y_1 et Y, respectivement.
3. Montrer que l'on a, pour tout x réel :
F_(Y_1)(x) = {1 − e^(− √x/2), si x > 0; 0, si x ⩽ 0 et F_(Y_0)(x) = {1, si x ⩾ 0; e^(x/8), si x < 0
En déduire l'expression d'une densité f_(Y_0) de Y_0 et d'une densité f_(Y_1) de Y_1.
4. Soit g la fonction définie sur ℝ^(+ ∗)parg(t) = 1/(√t) × exp[ − 1/2(t/4 + √t)], où exp désigne la fonction exponentielle.
a) Établir la convergence de l'intégrale impropre ∫_0^(+ ∞)g(t)dt.
b) En déduire qu'une densité f_Y de la variable aléatoire Y est donnée, pour tout x réel, par :
f_Y(x) = {1/(32)e^(x/8)∫_0^(+ ∞)g(t)dt, si x < 0; 1/(32)e^(x/8)∫_x^(+ ∞)g(t)dt, si x ⩾ 0
  1. On désigne par Φ la fonction de répartition d'une variable aléatoire qui suit la loi normale centrée, réduite.
    a) Justifier la validité du changement de variable u = √t dans l'intégrale impropre ∫_0^(+ ∞)g(t)dt.
    b) En déduire que ∫_0^(+ ∞)g(t)dt = 4√e∫_1^(+ ∞)e^(− v^2/2)dv, et donner, pour tout réel x négatif, l'expression de f_Y(x) en fonction de Φ.
    c) Montrer que, pour tout réel x positif, on a : f_Y(x) = (√(2πe))/8e^(x/8)[1 − Φ((√x)/2 + 1)].
    d) Déterminer la loi de M et son espérance E(M) (on fera intervenir le nombre Φ(1) ).

Partie II. Suites de Sturm

Soit n un entier supérieur ou égal à 1 , et soit P(X) = X^n + a_(n − 1)X^(n − 1) + ⋯ + a_1 X + a_0 un polynôme normalisé (a_n = 1) donné, à coefficients réels. On suppose que toutes les racines réelles de P sont simples.
L'objectif de cette partie est de décrire un algorithme permettant de déterminer le nombre de racines réelles de P appartenant à un intervalle donné [a, b].
On associe au polynôme P, la suite (R_i)_(i ⩾ 0) de polynômes définie de la manière suivante : R_0 = P, R_1 = − P^′, et pour tout entier j tel que R_(j + 1) ≠ 0, le polynôme R_(j + 2) est l'opposé du reste de la division euclidienne de R_j par R_(j + 1). Si R_(j + 1) = 0, on pose R_(j + 2) = 0.
  1. Montrer qu'il existe un entier k(k ⩾ 2), tel que R_k = 0. On note R_m, (m ⩾ 1), le dernier polynôme non nul de la suite (R_i)_(i ⩾ 0).
    Dans toute cette partie, on pose :
{R_0 = S_1 R_1 − R_2; R_1 = S_2 R_2 − R_3; ⋮; R_(m − 2) = S_(m − 1)R_(m − 1) − R_m; R_(m − 1) = S_m R_m
  1. a) Montrer que s'il existe un entier j de [ [0, m − 1] ] et un réel x_0 tels que R_j(x_0) = R_(j + 1)(x_0) = 0, alors P(x_0) = P^′(x_0) = 0.
    b) En déduire que le polynôme R_m n'admet pas de racine réelle.
    c) Soit j un entier de [ [1, m − 1] ]. Montrer que si x_0 est une racine réelle de R_j, alors R_(j − 1)(x_0) × R_(j + 1)(x_0) < 0.
  2. Soit s = (s_1, s_2, …, s_t) une t-liste (t ⩾ 2) de nombres réels non tous nuls. On ôte de s tous les éléments nuls en préservant l'ordre, et on obtient ainsi une p-liste (p ⩽ t)sˆ = (s_1 ˆ, s_2 ˆ, …, s_p ˆ). On appelle nombre de changements de signe de s, le nombre d'éléments de l'ensemble E défini par : E = {i ∈ [ [1, p − 1] ]|s_i ˆs_(i + 1)ˆ < 0}.
    Si p = 1, on dit que le nombre de changements de signe est nul.
    Par exemple, si s = (0, 3, 0, 5, − 3, 2), on a : sˆ = (3, 5, − 3, 2), et le nombre de changements de signe est égal à 2 .
    Pour tout réel x, on note respectivement C_1(x), C_2(x) et C(x), le nombre de changements de signe du couple (R_0(x), R_1(x)), de la m-liste (R_1(x), R_2(x), …, R_m(x)), et de la (m + 1)-liste (R_0(x), R_1(x), R_2(x), …, R_m(x)). On désigne par x_0 une racine réelle du polynôme P.
    a) En étudiant les variations de P au voisinage de x_0, montrer qu'il existe un réel δ_1 > 0 tel que, si h ∈ ]0, δ_1[, on a : C_1(x_0 + h) − C_1(x_0 − h) = 1.
    b) À l'aide de la question 2. c), montrer qu'il existe un réel δ_2 > 0 tel que, si h ∈ ]0, δ_2[, on a :
    C_2(x_0 + h) = C_2(x_0 − h) (on distinguera les deux éventualités : soit, x_0 n'est racine d'aucun des polynômes R_1, R_2, …, R_m, soit, il existe un entier j de [ [1, m − 1] ] tel que R_j(x_0) = 0 ).
    c) Déduire des deux questions précédentes que pour δ = min(δ_1, δ_2) et h ∈ ]0, δ[, on a C(x_0 + h) − C(x_0 − h) = 1, et que si a et b sont deux réels qui ne sont pas racines de P et qui vérifient a < b, alors le nombre de racines réelles de P dans [a, b] est égal à C(b) − C(a).
  3. a) Soit α une racine (réelle ou complexe) de P. Montrer que si |α| ⩾ 1, alors |α|^n ⩽ |α|^(n − 1) × ∑_(k = 0)^(n − 1)|a_k|. En déduire, pour toute racine α de P, l'inégalité : |α| ⩽ 1 + ∑_(k = 0)^(n − 1)|a_k|.
    b) Écrire en français, un algorithme permettant de déterminer le nombre de racines réelles de P.
  4. On définit en Pascal
    const n = …;
    Type tab = array [ 1.n ] of real ;
    Var T : tab ;
    Écrire une fonction Pascal dont l'en-tête est Function nbchgs( T : tab) : integer qui donne le nombre de changements de signe dans la suite de réels ( T[1], T[2], …, T[n] ).
    On tiendra compte du fait que le tableau T peut contenir des éléments nuls. La fonction nbchgs n'utilisera que le tableau T et aucun autre tableau auxiliaire. On expliquera en français la démarche utilisée.

Partie III. Un majorant du nombre de racines réelles de P

Soit V un polynôme de ℝ[X] tel que V(X) = v_m X^m + v_(m − 1)X^(m − 1) + ⋯ + v_1 X + v_0, avec v_m ≠ 0 et m ∈ ℕ^∗. On note V^⋆ le polynôme réciproque du polynôme V, défini par : V^⋆(X) = v_0 X^m + v_1 X^(m − 1) + ⋯ + v_(m − 1)X + v_m. Soit n un entier de ℕ^∗. On considère l'application T qui, à tout polynôme P de degré n, normalisé, à coefficients réels, P(X) = X^n + a_(n − 1)X^(n − 1) + ⋯ + a_1 X + a_0, associe le polynôme T(P) défini par T(P)(X) = XP^′(X).
On désigne par N_0(P) le nombre de racines non nulles de P dans l'intervalle [ − 1, 1 ] comptées avec leurs ordres de multiplicité, par N_1(P) le nombre de racines de P dans ] − ∞, − 1] ∪ [1, + ∞[ comptées avec leurs ordres de multiplicité, et par N(P) le nombre de racines réelles de P comptées avec leurs ordres de multiplicité.
  1. a) Établir, à l'aide du théorème de Rolle, l'inégalité : N_1(P) ⩽ N_1(T(P)) + 2.
    b) Pour tout k de ℕ^∗, on pose T^k = T ∘ T ∘ ⋯ ∘ T ( k fois). Montrer que N_1(P) ⩽ N_1(T^k(P)) + 2k.
  2. a) Montrer que pour tout réel x non nul, on a P^⋆(x) = x^n P(1/x).
    b) Montrer que N_1(P) = N_0(P^⋆).
  3. Pour tout réel x et pour tout entier naturel k non nul, on pose :
    Q_k(x) = 1 + a_(n − 1)(1 − 1/n)^k x + a_(n − 2)(1 − 2/n)^k x^2 + ⋯ + a_1(1 − (n − 1)/n)^k x^(n − 1). Montrer que (T^k(P))^⋆ = n^k Q_k.
  4. a) Établir, pour tout réel y de [0, 1], l'inégalité : (1 − y)e^y ⩽ 1.
    b) On admet la propriété suivante : soit r et ρ deux réels tels que 0 < r < ρ. On note D_ρ = {z ∈ ℂ/|z| ⩽ ρ}. Soit U un polynôme de ℝ[X] tel que U(0) ≠ 0. Soit μ un réel strictement positif tel que pour tout z de D_ρ, |U(z)| ⩽ μ. Alors, le nombre de racines réelles de U comptées avec leurs ordres de multiplicité, dans l'intervalle [ − r, r], est majoré par le réel : 1/(ln(ρ/r)) × ln(μ/(|U(0)|)).
    En appliquant cette propriété au polynôme Q_k avec r = 1 et ρ = e^(k/n), (k ∈ ℕ^∗), déduire des questions précédentes que pour tout k de ℕ^∗, on a : N_1(P) ⩽ 2k + n/kln(L(P)), avec L(P) = 1 + ∑_(i = 0)^(n − 1)|a_i|.
    c) Soit ψ la fonction définie sur ℝ^(+ ∗) par : ψ(x) = 2x + θ/x, où θ est un paramètre réel positif.
    i) Étudier les variations de ψ.
    ii) Montrer que ψ(√(θ/2) + 1) ⩽ 2 + 2√(2θ).
    iii) En déduire l'inégalité : N_1(P) ⩽ 2 + 2√(2nln(L(P))).
    d) En supposant a_0 ≠ 0, on démontrerait de même (et on admettra dans la suite du problème) que :
N_0(P) ⩽ 2 + 2√(2nln((L(P))/(|a_0|)))
Conclure en donnant un majorant de N(P), fonction des coefficients a_0, a_1, …, a_(n − 1).

Partie IV. Nombre de racines réelles d'un polynôme de degré n à coefficients aléatoires

Pour n entier supérieur ou égal à 2 , on considère dans cette partie, les variables aléatoires réelles X_1, X_2, …, X_(n − 1) définies sur le même espace probabilisé ( Ω, A, P ), indépendantes et de même loi de Poisson de paramètre λ, strictement positif.
Pour tout ω de Ω, on considère le polynôme Q_ω d'indéterminée y, défini par :
Q_ω(y) = y^n + X_(n − 1)(ω)y^(n − 1) + ⋯ + X_1(ω)y + 1
Soit M_n(ω) le nombre de racines réelles de Q_ω. On admet que l'application M_n : ω ↦ M_n(ω) est une variable aléatoire définie sur ( Ω, A, P ).
  1. On définit la variable aléatoire L_n par : L_n = 2 + ∑_(i = 1)^(n − 1)X_i. Soit Z_n = L_n − 2. Rappeler la loi de Z_n.
  2. À l'aide des résultats de la partie III, montrer que pour tout ω de Ω, on a :
M_n(ω) ⩽ 4 + 4√(2n) × √(ln(Z_n(ω) + 2))
  1. Soit h une fonction de classe C^2, concave sur ℝ^+. Soit W une variable aléatoire définie sur ( Ω, A, P ), à valeurs dans ℕ. On suppose l'existence des espérances E(W) et E(h(W)).
    a) Montrer que, pour tout couple ( x_0, x) de réels positifs, on a : h(x) ⩽ h^′(x_0)(x − x_0) + h(x_0).
    b) En prenant x_0 = E(W), établir l'inégalité suivante : E(h(W)) ⩽ h(E(W)).
  2. a) Montrer que la fonction φ définie sur ℝ^+par φ(x) = √(ln(x + 2)) est concave sur ℝ^+.
    b) Soit a un réel positif. Montrer que la série de terme général √(ln(k + 2)) × (a^k)/(k!) est convergente.
  3. a) Prouver l'existence de l'espérance E(M_n).
    b) Montrer que, pour tout réel β strictement supérieur à 1/2, on a :
lim_(n → + ∞)(E(M_n))/(n^β) = 0

* FIN *

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