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Intégrales de Bertrand

Les intégrales de Bertrand ∫dttα∣ln⁡t∣β\int\frac{\dd t}{t^\alpha|\ln t|^\beta} sont, après les intégrales de Riemann, les intégrales de référence pour étudier une intégrale impropre dont l'intégrande contient un logarithme, en +∞+\infty ou en 00. Elles tranchent notamment le cas limite α=1\alpha=1.

Classique, à redémontrerDeuxième année (MP, MPI, PSI) · Intégration sur un intervalle quelconque

Énoncé

Théorème (intégrales de Bertrand)

Soit α\alpha et β\beta deux réels. Les intégrandes ci-dessous sont continues et positives sur les intervalles indiqués.

En +∞+\infty. L'intégrale ∫e+∞dttα(ln⁡t)β\displaystyle\int_e^{+\infty}\frac{\dd t}{t^\alpha(\ln t)^\beta} converge si et seulement si α>1\alpha>1, ou α=1\alpha=1 et β>1\beta>1.

En 00. L'intégrale ∫01/edttα∣ln⁡t∣β\displaystyle\int_0^{1/e}\frac{\dd t}{t^\alpha|\ln t|^\beta} converge si et seulement si α<1\alpha<1, ou α=1\alpha=1 et β>1\beta>1.

Dans le cas α=1\alpha=1, β>1\beta>1, on a de plus

∫e+∞dtt(ln⁡t)β=∫01/edtt∣ln⁡t∣β=1β−1.\int_e^{+\infty}\frac{\dd t}{t(\ln t)^\beta}=\int_0^{1/e}\frac{\dd t}{t|\ln t|^\beta}=\frac{1}{\beta-1}.

Les bornes ee et 1e\frac1e garantissent ∣ln⁡t∣≥1|\ln t|\ge1 : seule compte la borne impropre (+∞+\infty ou 00).

Démonstration

Les intégrandes étant positives, convergence et intégrabilité coïncident, et l'on peut utiliser les théorèmes de comparaison (domination, équivalents).

En +∞+\infty, cas α≠1\alpha\neq1. Notons f(t)=1tα(ln⁡t)βf(t)=\frac{1}{t^\alpha(\ln t)^\beta} et γ=1+α2\gamma=\frac{1+\alpha}{2}, strictement compris entre 11 et α\alpha. Par croissances comparées :

  • si α>1\alpha>1, tγf(t)=1tα−γ(ln⁡t)β→0t^\gamma f(t)=\frac{1}{t^{\alpha-\gamma}(\ln t)^\beta}\to0, donc f(t)=o(1tγ)f(t)=o\left(\frac{1}{t^\gamma}\right) avec γ>1\gamma>1 : l'intégrale converge par comparaison à une intégrale de Riemann ;
  • si α<1\alpha<1, tγf(t)=tγ−α(ln⁡t)β→+∞t^\gamma f(t)=\frac{t^{\gamma-\alpha}}{(\ln t)^\beta}\to+\infty, donc f(t)≥1tγf(t)\ge\frac{1}{t^\gamma} au voisinage de +∞+\infty, avec γ<1\gamma<1 : l'intégrale diverge.

En +∞+\infty, cas α=1\alpha=1. Le changement de variable u=ln⁡tu=\ln t, bijection de classe C1\mathcal{C}^1 strictement croissante de [e,+∞[[e,+\infty[ sur [1,+∞[[1,+\infty[, avec du=dtt\dd u=\frac{\dd t}{t}, montre que

∫e+∞dtt(ln⁡t)βet∫1+∞duuβ\int_e^{+\infty}\frac{\dd t}{t(\ln t)^\beta}\qquad\text{et}\qquad\int_1^{+\infty}\frac{\dd u}{u^\beta}

sont de même nature, et égales en cas de convergence. L'intégrale de Riemann de droite converge si et seulement si β>1\beta>1, et vaut alors 1β−1\frac{1}{\beta-1}.

En 00. Le changement de variable t=1ut=\frac1u, bijection de classe C1\mathcal{C}^1 strictement décroissante de [e,+∞[[e,+\infty[ sur ]0,1e]]0,\frac1e], avec dt=−duu2\dd t=-\frac{\dd u}{u^2} et ∣ln⁡t∣=ln⁡u|\ln t|=\ln u, donne des intégrales de même nature et

∫01/edttα∣ln⁡t∣β=∫e+∞uα(ln⁡u)β duu2=∫e+∞duu2−α(ln⁡u)β.\int_0^{1/e}\frac{\dd t}{t^\alpha|\ln t|^\beta}=\int_e^{+\infty}\frac{u^\alpha}{(\ln u)^\beta}\,\frac{\dd u}{u^2}=\int_e^{+\infty}\frac{\dd u}{u^{2-\alpha}(\ln u)^\beta}.

D'après l'étude en +∞+\infty, elle converge si et seulement si 2−α>12-\alpha>1, ou 2−α=12-\alpha=1 et β>1\beta>1, c'est-à-dire α<1\alpha<1, ou α=1\alpha=1 et β>1\beta>1. Pour α=1\alpha=1, sa valeur est alors 1β−1\frac{1}{\beta-1}.

Méthode : quand et comment l'utiliser

  • Repérer la borne impropre et le facteur logarithmique, puis se ramener par équivalent (intégrande positive) à 1tα∣ln⁡t∣β\frac{1}{t^\alpha|\ln t|^\beta}.
  • Si α≠1\alpha\neq1, refaire la comparaison à 1tγ\frac{1}{t^\gamma} avec γ\gamma strictement compris entre 11 et α\alpha.
  • Si α=1\alpha=1, poser u=ln⁡tu=\ln t, ou utiliser directement la primitive (ln⁡t)1−β1−β\frac{(\ln t)^{1-\beta}}{1-\beta} (ou ln⁡∣ln⁡t∣\ln|\ln t| si β=1\beta=1).
  • Pour une série, la comparaison série-intégrale transfère le résultat aux séries de Bertrand.

Exemples d'application

Un calcul explicite en 00

Sur ]0,12]]0,\frac12], la fonction t↦1tln⁡2tt\mapsto\frac{1}{t\ln^2 t} est continue et positive, et t↦−1ln⁡tt\mapsto-\frac{1}{\ln t} en est une primitive. Comme −1ln⁡t→0-\frac{1}{\ln t}\to0 quand t→0+t\to0^+,

∫01/2dttln⁡2t=[−1ln⁡t]01/2=1ln⁡2.\int_0^{1/2}\frac{\dd t}{t\ln^2t}=\left[-\frac{1}{\ln t}\right]_0^{1/2}=\frac{1}{\ln2}.

En revanche ∫01/2dtt∣ln⁡t∣\int_0^{1/2}\frac{\dd t}{t|\ln t|} diverge : une primitive de l'intégrande est t↦−ln⁡∣ln⁡t∣t\mapsto-\ln|\ln t|, qui tend vers −∞-\infty en 0+0^+.

Deux bornes impropres

Soit α∈R\alpha\in\R et f(t)=1tα(1+ln⁡2t)f(t)=\frac{1}{t^\alpha(1+\ln^2t)}, continue et positive sur ]0,+∞[]0,+\infty[. En +∞+\infty comme en 0+0^+, f(t)∼1tαln⁡2tf(t)\sim\frac{1}{t^\alpha\ln^2t} : intégrale de Bertrand avec β=2>1\beta=2>1. L'intégrale converge en +∞+\infty si et seulement si α≥1\alpha\ge1, et en 00 si et seulement si α≤1\alpha\le1 : ∫0+∞f\int_0^{+\infty}f converge si et seulement si α=1\alpha=1. Dans ce cas, le changement de variable u=ln⁡tu=\ln t donne

∫0+∞dtt(1+ln⁡2t)=∫−∞+∞du1+u2=π.\int_0^{+\infty}\frac{\dd t}{t(1+\ln^2t)}=\int_{-\infty}^{+\infty}\frac{\dd u}{1+u^2}=\pi.

Erreurs classiques

  • Inverser les conditions en 00 et en +∞+\infty : en +∞+\infty il faut α>1\alpha>1, en 00 il faut α<1\alpha<1 ; le cas α=1\alpha=1, β>1\beta>1 est commun aux deux.

  • Écrire (ln⁡t)β(\ln t)^\beta au voisinage de 00 : ln⁡t<0\ln t<0 et la puissance n'a pas de sens pour β\beta non entier. On utilise ∣ln⁡t∣β|\ln t|^\beta.

  • Intégrer à partir de 11 au lieu de ee : en 11, ln⁡t∼t−1\ln t\sim t-1, donc ∫12dtt(ln⁡t)β\int_1^2\frac{\dd t}{t(\ln t)^\beta} diverge dès que β≥1\beta\ge1, quel que soit le comportement en +∞+\infty.

  • Négliger le logarithme lorsque α=1\alpha=1 : ∫e+∞dttln⁡t\int_e^{+\infty}\frac{\dd t}{t\ln t} diverge alors que ∫e+∞dttln⁡2t\int_e^{+\infty}\frac{\dd t}{t\ln^2t} converge.

  • Invoquer le résultat sans le redémontrer : il n'est pas au programme.

Place dans le programme

Deuxième année (MP, MPI, PSI), chapitre « Intégration sur un intervalle quelconque ».

Seules les intégrales de Riemann ∫dttα\int\frac{\dd t}{t^\alpha} sont des références du programme. Le résultat sur les intégrales de Bertrand doit être redémontré avant usage, en devoir comme à l'oral ; le changement de variable u=ln⁡tu=\ln t le rend très rapide dans le cas α=1\alpha=1.

Dans les sujets de concours

Pour vous entraîner sur des sujets complets : Intégrales généralisées (415 sujets).

Questions fréquentes

Comment démontrer la convergence d'une intégrale de Bertrand ?

Si α≠1\alpha\neq1, on compare à une intégrale de Riemann ∫dttγ\int\frac{\dd t}{t^\gamma} avec γ\gamma strictement compris entre 11 et α\alpha. Si α=1\alpha=1, le changement de variable u=ln⁡tu=\ln t ramène à l'intégrale de Riemann ∫1+∞duuβ\int_1^{+\infty}\frac{\dd u}{u^\beta}.

Qu'appelle-t-on critère de Bertrand ?

C'est l'énoncé ci-dessus, ou sa version pour les séries : convergence en +∞+\infty si et seulement si α>1\alpha>1, ou α=1\alpha=1 et β>1\beta>1. Il n'est pas au programme et se redémontre à chaque usage.

Série ou intégrale de Bertrand : quelle différence ?

Les conditions de convergence en +∞+\infty sont les mêmes. On passe de l'une à l'autre par comparaison série-intégrale, ce qui est d'ailleurs la façon usuelle de traiter la série dans le cas α=1\alpha=1.

Exercices corrigés utilisant : Intégrales de Bertrand

1 exercice