Les intégrales de Bertrand sont, après les intégrales de Riemann, les intégrales de référence pour étudier une intégrale impropre dont l'intégrande contient un logarithme, en ou en . Elles tranchent notamment le cas limite .
Énoncé
Théorème (intégrales de Bertrand)
Soit et deux réels. Les intégrandes ci-dessous sont continues et positives sur les intervalles indiqués.
En . L'intégrale converge si et seulement si , ou et .
En . L'intégrale converge si et seulement si , ou et .
Dans le cas , , on a de plus
Les bornes et garantissent : seule compte la borne impropre ( ou ).
Démonstration
Les intégrandes étant positives, convergence et intégrabilité coïncident, et l'on peut utiliser les théorèmes de comparaison (domination, équivalents).
En , cas . Notons et , strictement compris entre et . Par croissances comparées :
- si , , donc avec : l'intégrale converge par comparaison à une intégrale de Riemann ;
- si , , donc au voisinage de , avec : l'intégrale diverge.
En , cas . Le changement de variable , bijection de classe strictement croissante de sur , avec , montre que
sont de même nature, et égales en cas de convergence. L'intégrale de Riemann de droite converge si et seulement si , et vaut alors .
En . Le changement de variable , bijection de classe strictement décroissante de sur , avec et , donne des intégrales de même nature et
D'après l'étude en , elle converge si et seulement si , ou et , c'est-à-dire , ou et . Pour , sa valeur est alors .
Méthode : quand et comment l'utiliser
- Repérer la borne impropre et le facteur logarithmique, puis se ramener par équivalent (intégrande positive) à .
- Si , refaire la comparaison à avec strictement compris entre et .
- Si , poser , ou utiliser directement la primitive (ou si ).
- Pour une série, la comparaison série-intégrale transfère le résultat aux séries de Bertrand.
Exemples d'application
Un calcul explicite en
Sur , la fonction est continue et positive, et en est une primitive. Comme quand ,
En revanche diverge : une primitive de l'intégrande est , qui tend vers en .
Deux bornes impropres
Soit et , continue et positive sur . En comme en , : intégrale de Bertrand avec . L'intégrale converge en si et seulement si , et en si et seulement si : converge si et seulement si . Dans ce cas, le changement de variable donne
Erreurs classiques
Inverser les conditions en et en : en il faut , en il faut ; le cas , est commun aux deux.
Écrire au voisinage de : et la puissance n'a pas de sens pour non entier. On utilise .
Intégrer à partir de au lieu de : en , , donc diverge dès que , quel que soit le comportement en .
Négliger le logarithme lorsque : diverge alors que converge.
Invoquer le résultat sans le redémontrer : il n'est pas au programme.
Place dans le programme
Deuxième année (MP, MPI, PSI), chapitre « Intégration sur un intervalle quelconque ».
Seules les intégrales de Riemann sont des références du programme. Le résultat sur les intégrales de Bertrand doit être redémontré avant usage, en devoir comme à l'oral ; le changement de variable le rend très rapide dans le cas .
Dans les sujets de concours
Pour vous entraîner sur des sujets complets : Intégrales généralisées (415 sujets).
Questions fréquentes
Comment démontrer la convergence d'une intégrale de Bertrand ?
Si , on compare à une intégrale de Riemann avec strictement compris entre et . Si , le changement de variable ramène à l'intégrale de Riemann .
Qu'appelle-t-on critère de Bertrand ?
C'est l'énoncé ci-dessus, ou sa version pour les séries : convergence en si et seulement si , ou et . Il n'est pas au programme et se redémontre à chaque usage.
Série ou intégrale de Bertrand : quelle différence ?
Les conditions de convergence en sont les mêmes. On passe de l'une à l'autre par comparaison série-intégrale, ce qui est d'ailleurs la façon usuelle de traiter la série dans le cas .