Les séries de Bertrand, de terme général , prolongent l'échelle des séries de Riemann. Elles servent de référence lorsque le terme général d'une série à termes positifs contient un logarithme, en particulier dans le cas limite , où la comparaison aux seules séries de Riemann ne permet pas de conclure.
Énoncé
Théorème (séries de Bertrand)
Soit et deux réels. La série à termes positifs
converge si et seulement si
Autrement dit : si , seul compte, comme pour une série de Riemann ; si , c'est qui décide, avec le même seuil . La série commence à car .
Démonstration
Notons pour . On compare à une série de Riemann lorsque , et à une intégrale lorsque .
Cas . On pose , de sorte que . Alors
par croissances comparées, car (si , le facteur est négligeable devant ). Ainsi avec : la série de Riemann converge, donc converge par comparaison de séries à termes positifs.
Cas . Avec le même , on a cette fois et . Il existe donc un rang tel que pour . La série harmonique diverge, donc diverge.
Cas et . Pour , , donc et : la série diverge.
Cas et . La fonction est continue, positive et décroissante sur , comme produit des deux fonctions positives décroissantes et . Pour , la décroissance donne , d'où en sommant, pour :
Les sommes partielles de la série à termes positifs sont donc majorées si et seulement si la fonction croissante est majorée, c'est-à-dire admet une limite finie en . Or une primitive de sur est
qui admet une limite finie en si et seulement si (elle tend vers si , vers si ). D'où la convergence de si et seulement si .
Méthode : quand et comment l'utiliser
On se ramène à une série de Bertrand par un équivalent : si et avec , alors a la nature de la série de Bertrand correspondante.
- Si , il est souvent plus rapide de refaire directement la comparaison à avec strictement compris entre et (on étudie la limite de ).
- Si , on redémontre le résultat par comparaison série-intégrale, avec la primitive ou .
Exemples d'application
Un logarithme au numérateur
Soit pour . On a et : c'est une série de Bertrand avec et , donc convergente.
Rédaction directe, sans citer le résultat : , donc et converge par comparaison à une série de Riemann.
Une divergence très lente
La série diverge (). Avec , décroissante sur et de primitive , l'encadrement de la démonstration donne pour :
Comme , on a , donc . On en déduit : les sommes partielles tendent vers , mais extrêmement lentement.
Erreurs classiques
Croire que le logarithme est toujours négligeable : c'est vrai si , mais pour il décide de la nature. diverge alors que converge.
Majorer par pour conclure : une majoration par le terme général d'une série divergente ne prouve rien.
Appliquer la règle de d'Alembert : pour toute série de Bertrand, , cas où la règle ne conclut pas. Même la règle de Raabe-Duhamel sous la forme ne tranche pas le cas .
Utiliser la comparaison série-intégrale pour sans précaution : n'est alors décroissante que sur . D'où le traitement séparé de ce cas, par simple comparaison à .
Place dans le programme
Première année (MPSI, MP2I), repris en deuxième année (MP, MPI, PSI), chapitre « Séries numériques ».
Les séries de Bertrand ne figurent pas dans le programme officiel, contrairement aux séries de Riemann et à la comparaison série-intégrale. Le résultat ne peut donc pas être cité tel quel : il faut le redémontrer (au moins dans le cas utilisé) en devoir comme à l'oral, ce qui prend quelques lignes avec la démonstration ci-dessous.
Dans les sujets de concours
Pour vous entraîner sur des sujets complets : Séries numériques et familles sommables (224 sujets).
Questions fréquentes
Quand une série de Bertrand converge-t-elle ?
La série converge si et seulement si , ou et . Dans tous les autres cas, elle diverge.
Les séries de Bertrand sont-elles au programme de prépa ?
Non, seules les séries de Riemann le sont. On peut utiliser les séries de Bertrand à condition de redémontrer le résultat, en quelques lignes : comparaison à une série de Riemann si , comparaison à une intégrale si .
Quel lien entre séries et intégrales de Bertrand ?
Les conditions de convergence en sont identiques. Pour et , la série et l'intégrale ont même nature par comparaison série-intégrale.