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Comparaison série-intégrale

La comparaison série-intégrale encadre les sommes partielles, ou les restes, d'une série ∑f(n)\sum f(n) par des intégrales de ff lorsque ff est monotone. Elle donne la nature de la série et surtout des équivalents de sommes comme ∑k=1n1k\sum_{k=1}^n\frac1k ou ∑k>n1k2\sum_{k>n}\frac{1}{k^2}.

Au programmePremière année (MPSI, MP2I), repris en deuxième année (MP, MPI, PSI) · Séries numériques

Énoncé

Théorème (comparaison série-intégrale)

Soit f:[1,+∞[→Rf:[1,+\infty[\to\R continue par morceaux, positive et décroissante.

1. Encadrement. Pour tout entier k≥1k\ge1, ∫kk+1f(t)dt≤f(k)\int_k^{k+1}f(t)\dd t\le f(k) et, si k≥2k\ge2, f(k)≤∫k−1kf(t)dtf(k)\le\int_{k-1}^kf(t)\dd t. Par suite, pour tout n≥1n\ge1 :

∫1n+1f(t)dt ≤ ∑k=1nf(k) ≤ f(1)+∫1nf(t)dt.\int_1^{n+1}f(t)\dd t\ \le\ \sum_{k=1}^n f(k)\ \le\ f(1)+\int_1^n f(t)\dd t.

2. Nature et restes. La série ∑f(n)\sum f(n) converge si et seulement si ∫1+∞f\int_1^{+\infty}f converge (c'est-à-dire si x↦∫1xfx\mapsto\int_1^x f admet une limite finie en +∞+\infty). Dans ce cas, pour tout n≥1n\ge1 :

∫n+1+∞f(t)dt ≤ ∑k=n+1+∞f(k) ≤ ∫n+∞f(t)dt.\int_{n+1}^{+\infty}f(t)\dd t\ \le\ \sum_{k=n+1}^{+\infty}f(k)\ \le\ \int_n^{+\infty}f(t)\dd t.

3. Série des écarts. La série de terme général wn=∫n−1nf(t)dt−f(n)w_n=\int_{n-1}^n f(t)\dd t-f(n) (n≥2n\ge2) est à termes positifs et converge. Par conséquent, la suite (∑k=1nf(k)−∫1nf(t)dt)n≥1\left(\sum_{k=1}^n f(k)-\int_1^n f(t)\dd t\right)_{n\ge1} converge vers une limite ℓ∈[0,f(1)]\ell\in[0,f(1)].

Démonstration

Encadrement. Soit k≥1k\ge1. Pour t∈[k,k+1]t\in[k,k+1], la décroissance donne f(t)≤f(k)f(t)\le f(k) ; en intégrant sur ce segment de longueur 11, ∫kk+1f≤f(k)\int_k^{k+1}f\le f(k). De même, si k≥2k\ge2, f(t)≥f(k)f(t)\ge f(k) pour t∈[k−1,k]t\in[k-1,k], d'où f(k)≤∫k−1kff(k)\le\int_{k-1}^kf. On somme la première inégalité pour k=1,…,nk=1,\dots,n et la seconde pour k=2,…,nk=2,\dots,n (relation de Chasles), puis on ajoute f(1)f(1) à la seconde :

∫1n+1f≤∑k=1nf(k),∑k=1nf(k)≤f(1)+∫1nf.\int_1^{n+1}f\le\sum_{k=1}^nf(k),\qquad \sum_{k=1}^nf(k)\le f(1)+\int_1^nf.

Nature. La série est à termes positifs : elle converge si et seulement si ses sommes partielles SnS_n sont majorées. La fonction F:x↦∫1xfF:x\mapsto\int_1^xf est croissante car f≥0f\ge0 : elle admet une limite finie en +∞+\infty si et seulement si elle est majorée. Si F≤MF\le M, alors Sn≤f(1)+MS_n\le f(1)+M pour tout nn. Si Sn≤SS_n\le S pour tout nn, alors pour x≥1x\ge1, F(x)≤F(⌊x⌋+1)≤S⌊x⌋≤SF(x)\le F(\lfloor x\rfloor+1)\le S_{\lfloor x\rfloor}\le S.

Restes. On somme les mêmes inégalités pour kk de n+1n+1 à NN :

∫n+1N+1f≤∑k=n+1Nf(k)≤∫nNf,\int_{n+1}^{N+1}f\le\sum_{k=n+1}^Nf(k)\le\int_n^Nf,

puis on fait tendre NN vers +∞+\infty.

Série ∑wn\sum w_n. Pour n≥2n\ge2, l'encadrement f(n)≤∫n−1nf≤f(n−1)f(n)\le\int_{n-1}^nf\le f(n-1) donne 0≤wn≤f(n−1)−f(n)0\le w_n\le f(n-1)-f(n). Or ∑k=2n(f(k−1)−f(k))=f(1)−f(n)≤f(1)\sum_{k=2}^n(f(k-1)-f(k))=f(1)-f(n)\le f(1) : la série à termes positifs ∑wn\sum w_n a ses sommes partielles majorées par f(1)f(1), donc elle converge. Enfin

∑k=1nf(k)−∫1nf=f(1)−∑k=2nwk→n→+∞ℓ=f(1)−∑k=2+∞wk≤f(1),\sum_{k=1}^nf(k)-\int_1^nf=f(1)-\sum_{k=2}^nw_k\xrightarrow[n\to+\infty]{}\ell=f(1)-\sum_{k=2}^{+\infty}w_k\le f(1),

et ℓ≥0\ell\ge0 puisque ∑k=1nf(k)≥∫1n+1f≥∫1nf\sum_{k=1}^nf(k)\ge\int_1^{n+1}f\ge\int_1^nf pour tout nn.

Méthode : quand et comment l'utiliser

  • Vérifier les hypothèses : positivité et monotonie de ff, éventuellement seulement sur [a,+∞[[a,+\infty[ (on adapte alors les bornes).
  • Écrire l'encadrement sur [k−1,k][k-1,k] et sur [k,k+1][k,k+1], puis sommer en surveillant le premier indice.
  • Si les deux intégrales obtenues sont équivalentes, on obtient un équivalent de la somme partielle (cas divergent) ou du reste (cas convergent).
  • Pour ff croissante, les inégalités s'inversent : ∫k−1kf≤f(k)≤∫kk+1f\int_{k-1}^kf\le f(k)\le\int_k^{k+1}f.

Exemples d'application

Série harmonique et constante d'Euler

Avec f(t)=1tf(t)=\frac1t, continue, positive et décroissante sur [1,+∞[[1,+\infty[, l'encadrement donne pour n≥1n\ge1 :

ln⁡(n+1)≤Hn=∑k=1n1k≤1+ln⁡n.\ln(n+1)\le H_n=\sum_{k=1}^n\frac1k\le1+\ln n.

Pour n≥2n\ge2, on divise par ln⁡n\ln n : les deux bornes tendent vers 11 car ln⁡(n+1)=ln⁡n+ln⁡(1+1n)\ln(n+1)=\ln n+\ln\left(1+\frac1n\right). Donc Hn∼ln⁡nH_n\sim\ln n. Le point 3 précise que Hn−ln⁡nH_n-\ln n converge vers une limite γ∈[0,1]\gamma\in[0,1], la constante d'Euler (γ≈0,577\gamma\approx0{,}577), d'où Hn=ln⁡n+γ+o(1)H_n=\ln n+\gamma+o(1).

Reste d'une série de Riemann

Soit α>1\alpha>1 et f(t)=1tαf(t)=\frac{1}{t^\alpha}. Comme ∫n+∞dttα=1(α−1)nα−1\int_n^{+\infty}\frac{\dd t}{t^\alpha}=\frac{1}{(\alpha-1)n^{\alpha-1}}, on obtient

1(α−1)(n+1)α−1≤∑k=n+1+∞1kα≤1(α−1)nα−1.\frac{1}{(\alpha-1)(n+1)^{\alpha-1}}\le\sum_{k=n+1}^{+\infty}\frac{1}{k^\alpha}\le\frac{1}{(\alpha-1)n^{\alpha-1}}.

Les deux bornes sont équivalentes car (n+1)α−1∼nα−1(n+1)^{\alpha-1}\sim n^{\alpha-1}, donc ∑k>n1kα∼1(α−1)nα−1\sum_{k>n}\frac{1}{k^\alpha}\sim\frac{1}{(\alpha-1)n^{\alpha-1}}. Par exemple, ∑k>n1k2∼1n\sum_{k>n}\frac1{k^2}\sim\frac1n.

Erreurs classiques

  • Oublier la monotonie : f(t)=∣sin⁡(πt)∣f(t)=|\sin(\pi t)| est continue et positive, ∑f(n)\sum f(n) converge (tous ses termes sont nuls), mais ∫1+∞f\int_1^{+\infty}f diverge.

  • Écrire f(1)≤∫01ff(1)\le\int_0^1f alors que ff n'est définie que sur [1,+∞[[1,+\infty[, ou que l'intégrale diverge (pour f(t)=1tf(t)=\frac1t, ∫01dtt\int_0^1\frac{\dd t}{t} diverge) : c'est pourquoi on isole le premier terme.

  • Se tromper de sens : pour ff positive décroissante, ∑k=1nf(k)≥∫1n+1f≥∫1nf\sum_{k=1}^nf(k)\ge\int_1^{n+1}f\ge\int_1^nf. Écrire ∑k=1nf(k)≤∫1nf\sum_{k=1}^nf(k)\le\int_1^nf est faux.

  • Confondre équivalent et différence : Hn∼ln⁡nH_n\sim\ln n n'entraîne pas Hn−ln⁡n→0H_n-\ln n\to0 ; la différence tend vers γ≠0\gamma\neq0.

Place dans le programme

Première année (MPSI, MP2I), repris en deuxième année (MP, MPI, PSI), chapitre « Séries numériques ».

La comparaison d'une série et d'une intégrale pour une fonction monotone est au programme. En pratique, on rédige l'encadrement (décroissance, intégration sur [k,k+1][k,k+1], sommation) plutôt que de le citer. La convergence de la série ∑wn\sum w_n du point 3 est un complément classique, à savoir redémontrer.

Dans les sujets de concours

Pour vous entraîner sur des sujets complets : Séries numériques et familles sommables (224 sujets), Intégrales généralisées (415 sujets).

Sujets où cette notion intervient explicitement :

Questions fréquentes

Que dit le théorème de comparaison série-intégrale ?

Si ff est continue par morceaux, positive et décroissante sur [1,+∞[[1,+\infty[, la série ∑f(n)\sum f(n) et l'intégrale ∫1+∞f\int_1^{+\infty}f sont de même nature, et les sommes partielles (ou les restes) sont encadrées par des intégrales de ff.

Comment faire si la fonction est croissante ?

On inverse les inégalités : ∫k−1kf≤f(k)≤∫kk+1f\int_{k-1}^kf\le f(k)\le\int_k^{k+1}f. Par exemple, avec f=ln⁡f=\ln, on obtient ∫1nln⁡≤ln⁡(n!)≤∫2n+1ln⁡\int_1^n\ln\le\ln(n!)\le\int_2^{n+1}\ln, d'où ln⁡(n!)∼nln⁡n\ln(n!)\sim n\ln n.

Quel lien avec la sommation des relations de comparaison ?

La sommation des relations de comparaison (deuxième année) transfère un équivalent entre termes généraux positifs aux sommes partielles (cas divergent) ou aux restes (cas convergent). La comparaison série-intégrale fournit les équivalents de référence auxquels on se ramène, comme ln⁡n\ln n ou n1−α1−α\frac{n^{1-\alpha}}{1-\alpha} pour α<1\alpha<1.

Exercices corrigés utilisant : Comparaison série-intégrale

89 exercices