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Règle de Raabe-Duhamel

La règle de Raabe-Duhamel affine la règle de d'Alembert dans le cas douteux un+1un→1\frac{u_{n+1}}{u_n}\to1 : si le rapport s'écrit 1−αn+…1-\frac{\alpha}{n}+\dots, la série à termes positifs ∑un\sum u_n se compare à la série de Riemann ∑1nα\sum\frac{1}{n^\alpha}. Elle s'utilise surtout pour les suites définies par des produits, des factorielles ou des coefficients binomiaux.

Hors programmeDeuxième année (MP, MPI, PSI) · Séries numériques

Énoncé

Théorème (règle de Raabe-Duhamel)

Soit (un)n≥1(u_n)_{n\ge1} une suite de réels strictement positifs et α∈R\alpha\in\R.

Version forte. Si

un+1un=1−αn+O(1n2),\frac{u_{n+1}}{u_n}=1-\frac{\alpha}{n}+O\left(\frac{1}{n^2}\right),

alors il existe une constante C>0C>0 telle que un∼Cnαu_n\sim\frac{C}{n^\alpha}. En particulier, ∑un\sum u_n converge si et seulement si α>1\alpha>1.

Version faible. Si seulement un+1un=1−αn+o(1n)\frac{u_{n+1}}{u_n}=1-\frac{\alpha}{n}+o\left(\frac{1}{n}\right), alors ∑un\sum u_n converge si α>1\alpha>1 et diverge si α<1\alpha<1. Si α=1\alpha=1, on ne peut pas conclure.

Démonstration

Version forte. Posons vn=ln⁡(nαun)=αln⁡n+ln⁡unv_n=\ln(n^\alpha u_n)=\alpha\ln n+\ln u_n pour n≥1n\ge1. Alors

vn+1−vn=αln⁡(1+1n)+ln⁡un+1un.v_{n+1}-v_n=\alpha\ln\left(1+\frac1n\right)+\ln\frac{u_{n+1}}{u_n}.

D'une part, αln⁡(1+1n)=αn+O(1n2)\alpha\ln\left(1+\frac1n\right)=\frac{\alpha}{n}+O\left(\frac1{n^2}\right). D'autre part, xn=un+1un−1=−αn+O(1n2)x_n=\frac{u_{n+1}}{u_n}-1=-\frac{\alpha}{n}+O\left(\frac1{n^2}\right) tend vers 00 et vérifie xn=O(1n)x_n=O\left(\frac1n\right) ; comme ln⁡(1+x)=x+O(x2)\ln(1+x)=x+O(x^2) quand x→0x\to0, on obtient ln⁡un+1un=xn+O(1n2)=−αn+O(1n2)\ln\frac{u_{n+1}}{u_n}=x_n+O\left(\frac{1}{n^2}\right)=-\frac{\alpha}{n}+O\left(\frac1{n^2}\right). Donc

vn+1−vn=O(1n2).v_{n+1}-v_n=O\left(\frac{1}{n^2}\right).

La série ∑(vn+1−vn)\sum(v_{n+1}-v_n) est absolument convergente par comparaison à la série de Riemann ∑1n2\sum\frac1{n^2}, donc la suite (vn)(v_n) converge vers un réel ℓ\ell (lien suite-série). Par continuité de l'exponentielle, nαun→eℓ=C>0n^\alpha u_n\to e^\ell=C>0, c'est-à-dire un∼Cnαu_n\sim\frac{C}{n^\alpha}. Les séries à termes positifs ∑un\sum u_n et ∑1nα\sum\frac{1}{n^\alpha} ont alors même nature : convergence si et seulement si α>1\alpha>1.

Version faible, cas α>1\alpha>1. Fixons γ\gamma tel que 1<γ<α1<\gamma<\alpha et posons wn=1nγw_n=\frac{1}{n^\gamma}. Alors wn+1wn=(1+1n)−γ=1−γn+o(1n)\frac{w_{n+1}}{w_n}=\left(1+\frac1n\right)^{-\gamma}=1-\frac{\gamma}{n}+o\left(\frac1n\right), donc

un+1un−wn+1wn=γ−αn+o(1n),\frac{u_{n+1}}{u_n}-\frac{w_{n+1}}{w_n}=\frac{\gamma-\alpha}{n}+o\left(\frac1n\right),

qui est strictement négatif à partir d'un rang NN puisque γ−α<0\gamma-\alpha<0. Pour n≥Nn\ge N, en multipliant par unwn+1>0\frac{u_n}{w_{n+1}}>0, on obtient un+1wn+1≤unwn\frac{u_{n+1}}{w_{n+1}}\le\frac{u_n}{w_n} : la suite (unwn)n≥N\left(\frac{u_n}{w_n}\right)_{n\ge N} est décroissante, d'où un≤uNwN wnu_n\le\frac{u_N}{w_N}\,w_n pour n≥Nn\ge N. Comme ∑wn\sum w_n converge, ∑un\sum u_n converge.

Version faible, cas α<1\alpha<1. On choisit γ\gamma tel que α<γ<1\alpha<\gamma<1. Le même calcul donne un+1un≥wn+1wn\frac{u_{n+1}}{u_n}\ge\frac{w_{n+1}}{w_n} à partir d'un rang NN, donc un≥uNwN wnu_n\ge\frac{u_N}{w_N}\,w_n pour n≥Nn\ge N, et ∑un\sum u_n diverge puisque ∑wn\sum w_n diverge (γ<1\gamma<1).

Cas α=1\alpha=1 de la version faible. Les suites (1n)\left(\frac1n\right) et (1nln⁡2n)n≥2\left(\frac{1}{n\ln^2n}\right)_{n\ge2} vérifient toutes deux l'hypothèse avec α=1\alpha=1, alors que la première série diverge et la seconde converge (séries de Bertrand).

Méthode : quand et comment l'utiliser

  • Penser à la règle lorsque unu_n est un produit, un quotient de factorielles ou de coefficients binomiaux, ou est défini par un+1=r(n) unu_{n+1}=r(n)\,u_n avec rr fraction rationnelle telle que r(n)→1r(n)\to1.
  • Développer un+1un\frac{u_{n+1}}{u_n} à la précision O(1n2)O\left(\frac1{n^2}\right) pour lire α\alpha.
  • Dans une copie, ne pas citer la règle : poser vn=ln⁡(nαun)v_n=\ln(n^\alpha u_n), montrer que vn+1−vn=O(1n2)v_{n+1}-v_n=O\left(\frac1{n^2}\right) et conclure. On obtient au passage un équivalent de unu_n, plus précis que la seule nature de la série.

Exemples d'application

Coefficients binomiaux centraux

Soit un=14n(2nn)>0u_n=\frac{1}{4^n}\binom{2n}{n}>0. Alors

un+1un=(2n+2)(2n+1)4(n+1)2=2n+12n+2=1−12(n+1)=1−12n+O(1n2).\frac{u_{n+1}}{u_n}=\frac{(2n+2)(2n+1)}{4(n+1)^2}=\frac{2n+1}{2n+2}=1-\frac{1}{2(n+1)}=1-\frac{1}{2n}+O\left(\frac1{n^2}\right).

Ainsi α=12\alpha=\frac12 : il existe C>0C>0 tel que un∼Cnu_n\sim\frac{C}{\sqrt n}, et ∑un\sum u_n diverge. La formule de Stirling donne la valeur C=1πC=\frac{1}{\sqrt\pi}.

Produit à rapport rationnel

Soit a,b>−1a,b>-1 et un=∏k=1nk+ak+b>0u_n=\prod_{k=1}^n\frac{k+a}{k+b}>0. Alors

un+1un=n+1+an+1+b=1−b−an+1+b=1−b−an+O(1n2).\frac{u_{n+1}}{u_n}=\frac{n+1+a}{n+1+b}=1-\frac{b-a}{n+1+b}=1-\frac{b-a}{n}+O\left(\frac1{n^2}\right).

Donc un∼Cnb−au_n\sim\frac{C}{n^{b-a}} avec C>0C>0, et ∑un\sum u_n converge si et seulement si b−a>1b-a>1.

Erreurs classiques

  • Appliquer la version faible avec α=1\alpha=1 : l'hypothèse un+1un=1−1n+o(1n)\frac{u_{n+1}}{u_n}=1-\frac1n+o\left(\frac1n\right) est satisfaite par 1n\frac1n (série divergente) comme par 1nln⁡2n\frac{1}{n\ln^2n} (série convergente).

  • Écrire ln⁡(1−αn+o(1n))=−αn+O(1n2)\ln\left(1-\frac{\alpha}{n}+o\left(\frac1n\right)\right)=-\frac{\alpha}{n}+O\left(\frac1{n^2}\right) : avec un o(1n)o\left(\frac1n\right), on obtient seulement −αn+o(1n)-\frac{\alpha}{n}+o\left(\frac1n\right), qui ne fournit pas une série convergente. Il faut un reste sommable, comme O(1n2)O\left(\frac{1}{n^2}\right).

  • Oublier l'hypothèse un>0u_n>0 : la règle concerne les séries à termes strictement positifs, et ln⁡un\ln u_n n'a pas de sens sinon.

  • S'arrêter à la règle de d'Alembert : un+1un→1\frac{u_{n+1}}{u_n}\to1 ne permet pas de conclure, et c'est précisément le cas où Raabe-Duhamel est utile.

  • Citer la règle sans démonstration dans une copie de concours : elle est hors programme.

Place dans le programme

Deuxième année (MP, MPI, PSI), chapitre « Séries numériques ».

La règle de Raabe-Duhamel n'est pas au programme officiel. Elle ne peut pas être citée : il faut la redémontrer en devoir ou à l'oral, ce qui revient le plus souvent à étudier directement la suite ln⁡(nαun)\ln(n^\alpha u_n) comme dans la démonstration ci-dessous.

Dans les sujets de concours

Pour vous entraîner sur des sujets complets : Séries numériques et familles sommables (224 sujets).

Questions fréquentes

Que dit la règle de Raabe-Duhamel ?

Pour une suite strictement positive, si un+1un=1−αn+O(1n2)\frac{u_{n+1}}{u_n}=1-\frac{\alpha}{n}+O\left(\frac1{n^2}\right), alors un∼Cnαu_n\sim\frac{C}{n^\alpha} avec C>0C>0, et ∑un\sum u_n converge si et seulement si α>1\alpha>1.

La règle de Raabe-Duhamel est-elle au programme ?

Non. On peut l'utiliser à condition de la redémontrer, le plus simplement en étudiant la série télescopique de terme général vn+1−vnv_{n+1}-v_n, où vn=ln⁡(nαun)v_n=\ln(n^\alpha u_n).

Que faire dans le cas α=1\alpha=1 ?

Avec un reste en O(1n2)O\left(\frac1{n^2}\right), la version forte conclut : un∼Cnu_n\sim\frac Cn et la série diverge. Avec seulement o(1n)o\left(\frac1n\right), il faut pousser le développement ou comparer à une série de Bertrand.

Exercices corrigés utilisant : Règle de Raabe-Duhamel

2 exercices