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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^{*} et K\mathbb{K} désignant le corps R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}. On considère les parties suivantes de Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) :

  • Tn(K)T_{n}(\mathbb{K}) : l'ensemble des matrices trigonalisables.
  • Dn(K)D_{n}(\mathbb{K}) : l'ensemble des matrices diagonalisables.
  • Dn′(K)D_{n}^{\prime}(\mathbb{K}) : l'ensemble des matrices ayant nn valeurs propres distinctes dans K\mathbb{K}.

  1. Étude sur le corps des complexes
    1. Déterminer l'intérieur et l'adhérence de Tn(C)T_{n}(\mathbb{C}) dans Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).
    2. Montrer que l'adhérence de Dn(C)D_{n}(\mathbb{C}) est Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).
    3. Établir que l'intérieur de Dn(C)D_{n}(\mathbb{C}) est Dn′(C)D_{n}^{\prime}(\mathbb{C}).

  2. Caractérisation des polynômes scindés sur R\mathbb{R}
    1. Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] un polynôme unitaire de degré nn. Démontrer que PP est scindé sur R\mathbb{R} si et seulement si pour tout z∈Cz \in \mathbb{C} :
      ∣P(z)∣⩾∣Im(z)∣n|P(z)| \geqslant |\mathrm{Im}(z)|^{n}
    2. En déduire que l'ensemble des polynômes unitaires de degré nn de Rn[X]\mathbb{R}_n[X] scindés sur R\mathbb{R} est un fermé de Rn[X]\mathbb{R}_n[X].

  3. Étude sur le corps des réels
    1. Déterminer l'adhérence de Tn(R)T_{n}(\mathbb{R}) et de Dn(R)D_{n}(\mathbb{R}) dans Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).
    2. Déterminer l'adhérence de Dn′(R)D_{n}'(\mathbb{R}) dans Tn(R)T_{n}(\mathbb{R}).
    3. Montrer que l'intérieur de Dn(R)D_{n}(\mathbb{R}) est Dn′(R)D_{n}^{\prime}(\mathbb{R}).
    4. Montrer que l'intérieur de Tn(R)T_{n}(\mathbb{R}) est également Dn′(R)D_{n}^{\prime}(\mathbb{R}).

1.

Pour 1(a), se rappeler que tout polynôme de C[X]\mathbb{C}[X] est scindé.

2.

Pour 1(b), utiliser la densité des matrices à valeurs propres distinctes par perturbation de la diagonale d'une forme triangulaire.

3.

Pour 2(a), examiner le produit des distances de zz aux racines de PP. Si PP n'est pas scindé, utiliser une racine non réelle.

4.

Pour 2(b), utiliser la caractérisation précédente et la continuité de l'application qui à un polynôme associe sa valeur en un point.

5.

Pour 3, utiliser le fait que A∈Tn(R)A \in T_n(\mathbb{R}) si et seulement si son polynôme caractéristique χA\chi_A est scindé sur R\mathbb{R}.

Idées clés

•

Densité par perturbation spectrale : A=PTP−1A = PTP^{-1}, on ajoute ϵi\epsilon_i aux coefficients diagonaux de TT.

•

Lien entre topologie des matrices et continuité du polynôme caractéristique.

•

Caractérisation séquentielle ou par inégalités des ensembles fermés de polynômes.

Résolution.

  1. Étude sur le corps des complexes
    1. D'après le théorème d'Alembert-Gauss, tout polynôme de C[X]\mathbb{C}[X] est scindé. Ainsi, toute matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est trigonalisable.
      Tn(C)=Mn(C)\boxed{ T_n(\mathbb{C}) = \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) }
      L'ensemble est donc à la fois ouvert et fermé, son adhérence et son intérieur sont Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

    2. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Il existe P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) et T∈Tn(C)T \in \mathcal{T}_n(\mathbb{C}) tels que A=PTP−1A = PTP^{-1}. Soit (ϵk)k∈N(\epsilon_k)_{k \in \mathbb{N}} une suite de réels strictement positifs tendant vers 0. On construit TkT_k en modifiant les coefficients diagonaux (tii)(t_{ii}) de TT par tii+ηi,kt_{ii} + \eta_{i,k} de sorte que les nn valeurs soient distinctes. Alors Ak=PTkP−1A_k = P T_k P^{-1} est diagonalisable (valeurs propres distinctes) et Ak→AA_k \to A.
      Dn(C)‾=Mn(C)\boxed{ \overline{D_n(\mathbb{C})} = \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) }

    3. Si A∈Dn′(C)A \in D_n'(\mathbb{C}), son polynôme caractéristique χA\chi_A possède nn racines distinctes. Le discriminant de χA\chi_A est non nul. Par continuité du déterminant et des coefficients de χA\chi_A, le discriminant est non nul sur un voisinage de AA. Réciproquement, si AA a une valeur propre multiple, on peut construire une perturbation (par exemple un bloc de Jordan de taille 2 ou une matrice scalaire vers une matrice non diagonalisable) pour sortir de Dn(C)D_n(\mathbb{C}).
      Int(Dn(C))=Dn′(C)\boxed{ \mathrm{Int}(D_n(\mathbb{C})) = D_n'(\mathbb{C}) }

  2. Caractérisation des polynômes scindés
    1. Condition nécessaire : Si P=∏j=1n(X−λj)P = \prod_{j=1}^n (X-\lambda_j) avec λj∈R\lambda_j \in \mathbb{R}. Pour z=x+iyz = x+iy, on a ∣z−λj∣=(x−λj)2+y2≥∣y∣=∣Im(z)∣|z-\lambda_j| = \sqrt{(x-\lambda_j)^2 + y^2} \ge |y| = |\mathrm{Im}(z)|. En multipliant ces nn inégalités, on obtient ∣P(z)∣≥∣Im(z)∣n|P(z)| \ge |\mathrm{Im}(z)|^n.

      Condition suffisante : Supposons que PP n'est pas scindé sur R\mathbb{R}. Alors PP admet au moins une racine complexe non réelle z0=a+ibz_0 = a+ib avec b≠0b \neq 0. On a alors P(z0)=0P(z_0) = 0, ce qui contredit l'inégalité ∣P(z0)∣≥∣b∣n>0|P(z_0)| \ge |b|^n > 0.

      P∈Rn[X] scindeˊ   ⟺  ∀z∈C,∣P(z)∣≥∣Im(z)∣n\boxed{ P \in \mathbb{R}_n[X] \text{ scindé } \iff \forall z \in \mathbb{C}, |P(z)| \ge |\mathrm{Im}(z)|^n }

    2. Soit S\mathcal{S} l'ensemble des polynômes unitaires scindés de degré nn. S=⋂z∈C{P∈Rn[X]∣∣P(z)∣≥∣Im(z)∣n}\mathcal{S} = \bigcap_{z \in \mathbb{C}} \{ P \in \mathbb{R}_n[X] \mid |P(z)| \ge |\mathrm{Im}(z)|^n \}. Pour chaque z∈Cz \in \mathbb{C}, l'application fz:P↦∣P(z)∣f_z : P \mapsto |P(z)| est continue. L'ensemble Fz={P∣fz(P)≥∣Im(z)∣n}F_z = \{ P \mid f_z(P) \ge |\mathrm{Im}(z)|^n \} est donc un fermé comme image réciproque d'un fermé par une application continue.
      S=⋂z∈CFz est un fermeˊ \boxed{ \mathcal{S} = \bigcap_{z \in \mathbb{C}} F_z \text{ est un fermé } }

  3. Étude sur le corps des réels
    1. A∈Tn(R)A \in T_n(\mathbb{R}) si et seulement si χA\chi_A est scindé sur R\mathbb{R}. L'application ϕ:A↦χA\phi : A \mapsto \chi_A est continue de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) dans l'espace des polynômes unitaires. D'après 2(b), Tn(R)=ϕ−1(S)T_n(\mathbb{R}) = \phi^{-1}(\mathcal{S}) est un fermé de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Comme Dn(R)⊂Tn(R)D_n(\mathbb{R}) \subset T_n(\mathbb{R}), on a Dn(R)‾⊂Tn(R)\overline{D_n(\mathbb{R})} \subset T_n(\mathbb{R}). Par perturbation des coefficients diagonaux comme en 1(b), on montre que Dn′(R)D_n'(\mathbb{R}) est dense dans Tn(R)T_n(\mathbb{R}).
      Tn(R)‾=Tn(R)etDn(R)‾=Tn(R)\boxed{ \overline{T_n(\mathbb{R})} = T_n(\mathbb{R})   \text{et}   \overline{D_n(\mathbb{R})} = T_n(\mathbb{R}) }

    2. Puisque Dn′(R)⊂Dn(R)⊂Tn(R)D_n'(\mathbb{R}) \subset D_n(\mathbb{R}) \subset T_n(\mathbb{R}) et que Dn′(R)‾=Tn(R)\overline{D_n'(\mathbb{R})} = T_n(\mathbb{R}), on a :
      Adheˊrence de Dn′(R) dans Tn(R) est Tn(R)\boxed{ \text{Adhérence de } D_n'(\mathbb{R}) \text{ dans } T_n(\mathbb{R}) \text{ est } T_n(\mathbb{R}) }

    3. Si A∈Dn′(R)A \in D_n'(\mathbb{R}), ses racines sont réelles et distinctes. Une petite perturbation préserve ces propriétés. Si A∈Dn(R)∖Dn′(R)A \in D_n(\mathbb{R}) \setminus D_n'(\mathbb{R}), elle possède une valeur propre de multiplicité ≥2\ge 2. On peut alors perturber vers une matrice ayant des racines complexes (si on peut créer un bloc de rotation) ou vers une matrice non diagonalisable.
      Int(Dn(R))=Dn′(R)\boxed{ \mathrm{Int}(D_n(\mathbb{R})) = D_n'(\mathbb{R}) }

    4. De même pour Tn(R)T_n(\mathbb{R}). Si χA\chi_A a une racine réelle double, une perturbation peut transformer (X−λ)2(X-\lambda)^2 en (X−λ)2+ϵ(X-\lambda)^2 + \epsilon, dont les racines sont complexes. La matrice résultante n'est plus trigonalisable sur R\mathbb{R}.
      Int(Tn(R))=Dn′(R)\boxed{ \mathrm{Int}(T_n(\mathbb{R})) = D_n'(\mathbb{R}) }

Attention à ne pas confondre R\mathbb{R} et C\mathbb{C}. Sur C\mathbb{C}, toutes les matrices sont trigonalisables, donc Tn(C)T_n(\mathbb{C}) est l'espace entier. Sur R\mathbb{R}, ce n'est pas le cas.