Soit nn un entier naturel tel que n2n \geq 2 et α]0,1]\alpha \in ]0, 1]. On considère nn suites complexes θ1,θ2,,θn\theta^{1}, \theta^{2}, \dots, \theta^{n} définies par la donnée de leurs premiers termes (θ01,θ02,,θ0n)Cn(\theta_{0}^{1}, \theta_{0}^{2}, \dots, \theta_{0}^{n}) \in \mathbb{C}^{n} et par la relation de récurrence suivante : i{1,,n},kN\forall i \in \{1, \dots, n\}, \forall k \in \mathbb{N}^*,

θki=αθk1i+(1α)θk1i+1\theta_{k}^{i} = \alpha \theta_{k-1}^{i} + (1-\alpha) \theta_{k-1}^{i+1}
en posant par convention la condition de bord cyclique θk1n+1=θk11\theta_{k-1}^{n+1} = \theta_{k-1}^{1}.

Démontrer que chacune des nn suites (θki)k0(\theta_{k}^{i})_{k \geq 0} converge vers une limite finie lorsque kk tend vers ++\infty.

1.

Traduire le système de relations de récurrence sous une forme matricielle du type Xk=MXk1X_k = M X_{k-1}, où XkX_k est le vecteur colonne des nn valeurs à l'instant kk.

2.

Identifier la structure particulière de la matrice MM (matrice circulante).

3.

Déterminer les valeurs propres de MM et étudier leur module.

4.

Utiliser la diagonalisabilité de MM dans C\mathbb{C} pour exprimer MkM^k et étudier sa limite.

Idées clés

Modélisation matricielle d'un système de suites récurrentes linéaires.

Utilisation des propriétés des matrices circulantes et de leurs valeurs propres.

Critère de convergence des puissances d'une matrice diagonalisable.

1. Modélisation matricielle.

Posons, pour tout kNk \in \mathbb{N}, le vecteur colonne Xk=(θk1θkn)CnX_k = \begin{pmatrix} \theta_k^1
\vdots
\theta_k^n \end{pmatrix} \in \mathbb{C}^n
.

D'après les relations de l'énoncé, nous avons Xk=MXk1X_k = M X_{k-1} avec :

M=(α1α000α1α000α1α1α00α)M = \begin{pmatrix} \alpha & 1-\alpha & 0 & \dots & 0
0 & \alpha & 1-\alpha & \dots & 0
\vdots & \ddots & \ddots & \ddots & \vdots
0 & \dots & 0 & \alpha & 1-\alpha
1-\alpha & 0 & \dots & 0 & \alpha \end{pmatrix}

Par une récurrence immédiate, on obtient :

Xk=MkX0\boxed{X_k = M^k X_0}

2. Étude du spectre de MM.

La matrice MM est une matrice circulante. On sait que toute matrice circulante de la forme C(a0,a1,,an1)C(a_0, a_1, \dots, a_{n-1}) est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) et que ses valeurs propres sont données par :

λj=p=0n1ap(ωj)pouˋω=e2iπnetj{0,,n1}\lambda_j = \sum_{p=0}^{n-1} a_p (\omega^j)^p   \text{où}   \omega = e^{\frac{2i\pi}{n}}   \text{et}   j \in \{0, \dots, n-1\}

Ici, nous avons a0=αa_0 = \alpha, a1=1αa_1 = 1-\alpha et ap=0a_p = 0 pour p2p \geq 2. Ainsi :

j{0,,n1},λj=α+(1α)ωj\forall j \in \{0, \dots, n-1\},   \lambda_j = \alpha + (1-\alpha) \omega^j

3. Analyse des modules des valeurs propres.

Étudions le module de chaque λj\lambda_j. Par l'inégalité triangulaire :

λj=α+(1α)e2ijπnα+(1α)|\lambda_j| = |\alpha + (1-\alpha) e^{\frac{2ij\pi}{n}}| \leq |\alpha| + |(1-\alpha)|

Comme α]0,1]\alpha \in ]0, 1], on a α>0\alpha > 0 et 1α01-\alpha \geq 0, donc :

λjα+1α=1|\lambda_j| \leq \alpha + 1 - \alpha = 1

Le cas d'égalité λj=1|\lambda_j| = 1 dans l'inégalité triangulaire pour des nombres complexes non nuls z1,z2z_1, z_2 (ici α\alpha et (1α)ωj(1-\alpha)\omega^j) n'est réalisé que si ces nombres ont le même argument modulo 2π2\pi.

Premier cas : α=1\alpha = 1. Alors M=InM = I_n, Mk=InM^k = I_n converge vers InI_n, et les suites sont constantes (donc convergentes).

Second cas : α]0,1[\alpha \in ]0, 1[. On a 1α>01-\alpha > 0. Les arguments doivent vérifier arg(α)arg((1α)e2ijπn)[2π]\arg(\alpha) \equiv \arg((1-\alpha)e^{\frac{2ij\pi}{n}}) [2\pi]. Comme α\alpha et 1α1-\alpha sont des réels strictement positifs, cela impose :

02jπn[2π]    j=00 \equiv \frac{2j\pi}{n} [2\pi] \iff j = 0

Ainsi, on en déduit que :

λ0=1etj{1,,n1}, λj<1\boxed{\lambda_0 = 1   \text{et}   \forall j \in \{1, \dots, n-1\}, \ |\lambda_j| < 1}

4. Convergence de MkM^k.

La matrice MM étant diagonalisable dans C\mathbb{C}, il existe PGLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) telle que :

M=Pdiag(1,λ1,,λn1)P1M = P \text{diag}(1, \lambda_1, \dots, \lambda_{n-1}) P^{-1}

On en déduit l'expression de la puissance kk-ième :

Mk=Pdiag(1,λ1k,,λn1k)P1M^k = P \text{diag}(1, \lambda_1^k, \dots, \lambda_{n-1}^k) P^{-1}

Comme pour tout j{1,,n1}j \in \{1, \dots, n-1\}, λj<1|\lambda_j| < 1, on a limk+λjk=0\lim_{k \to +\infty} \lambda_j^k = 0. Par continuité du produit matriciel :

limk+Mk=Pdiag(1,0,,0)P1=L\lim_{k \to +\infty} M^k = P \text{diag}(1, 0, \dots, 0) P^{-1} = L

La suite de matrices (Mk)kN(M^k)_{k \in \mathbb{N}} converge vers une matrice LL.

Conclusion.

Le vecteur Xk=MkX0X_k = M^k X_0 converge vers LX0L X_0. Chaque coordonnée de XkX_k, qui correspond à la suite (θki)(\theta_k^i), est donc convergente.

Ne pas oublier de traiter séparément le cas α=1\alpha=1 (bien que l'analyse du module fonctionne, il est plus rigoureux de noter que si 1α=01-\alpha=0, l'argument de (1α)ωj(1-\alpha)\omega^j n'est pas défini). Il faut également bien justifier la diagonalisabilité sur C\mathbb{C} avant de passer à la limite sur les puissances.