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Soit E=C([0,1],R)E = \mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}) l'espace vectoriel des fonctions réelles continues sur [0,1][0,1]. On considère un entier p∈N∗p \in \mathbb{N}^* et on définit l'application BB qui, à toute fonction f∈Ef \in E, associe la fonction B(f)B(f) définie par :

∀x∈[0,1],B(f)(x)=∑k=0pf(kp)(pk)xk(1−x)p−k\forall x \in [0,1],   B(f)(x) = \sum_{k=0}^{p} f\left(\frac{k}{p}\right) \binom{p}{k} x^{k}(1-x)^{p-k}

  1. Montrer que BB est un endomorphisme de EE et que pour tout f∈Ef \in E, B(f)B(f) est une fonction polynomiale de degré au plus pp.
  2. Pour tout j∈{0,…,p}j \in \{0, \dots, p\}, on pose ej:x↦xje_j : x \mapsto x^j. Démontrer que pour tout j∈{0,…,p}j \in \{0, \dots, p\}, B(ej)B(e_j) appartient à Rj[X]\mathbb{R}_j[X].
  3. Déterminer les valeurs propres de la restriction de BB à l'espace des polynômes Rp[X]\mathbb{R}_p[X].
  4. Étudier la convergence de la suite de fonctions (Bn(f))n≥0(B^n(f))_{n \geq 0} pour f∈Ef \in E et préciser sa limite.

1.

Remarquer que pour tout f∈Ef \in E, B(f)B(f) appartient à Rp[X]\mathbb{R}_p[X]. L'étude de la convergence se ramène donc à l'étude d'un endomorphisme en dimension finie.

2.

Pour les valeurs propres, calculer B(ej)B(e_j) en utilisant l'identité k(pk)=p(p−1k−1)k \binom{p}{k} = p \binom{p-1}{k-1} de manière itérée pour extraire le coefficient dominant.

3.

Observer les valeurs de B(f)(0)B(f)(0) et B(f)(1)B(f)(1) pour identifier la limite.

4.

Utiliser le fait que si MM est une matrice dont le spectre est inclus dans [0,1[[0, 1[, alors Mn→0M^n \to 0.

Idées clés

•

Stabilité de l'espace de dimension finie Rp[X]\mathbb{R}_p[X] par BB.

•

Étude du spectre de la restriction de BB : matrice triangulaire supérieure.

•

Convergence des puissances d'une matrice dont le rayon spectral est 1.

•

Conservation des valeurs aux bornes : B(f)(0)=f(0)B(f)(0) = f(0) et B(f)(1)=f(1)B(f)(1) = f(1).

Résolution.

  1. Linéarité et nature de l'image. La linéarité de BB découle immédiatement de la linéarité de la somme. Pour toute fonction f∈Ef \in E, B(f)B(f) est une combinaison linéaire des fonctions x↦xk(1−x)p−kx \mapsto x^k(1-x)^{p-k}. Chacune de ces fonctions est un polynôme de degré k+(p−k)=pk + (p-k) = p. Ainsi, B(f)B(f) est un polynôme de degré au plus pp. On a donc :
    B(E)⊂Rp[X]\boxed{B(E) \subset \mathbb{R}_p[X]}

  2. Stabilité de Rj[X]\mathbb{R_j[X].} Calculons B(ej)(x)=∑k=0p(kp)j(pk)xk(1−x)p−kB(e_j)(x) = \sum_{k=0}^p \left(\frac{k}{p}\right)^j \binom{p}{k} x^k (1-x)^{p-k}. On utilise l'identité classique : k(k−1)…(k−i+1)(pk)=p(p−1)…(p−i+1)(p−ik−i)k(k-1)\dots(k-i+1) \binom{p}{k} = p(p-1)\dots(p-i+1) \binom{p-i}{k-i}. Le terme (k/p)j(k/p)^j peut s'écrire comme une combinaison linéaire de la base de Newton :
    kjpj=∑i=0jcik(k−1)…(k−i+1)pi\frac{k^j}{p^j} = \sum_{i=0}^j c_i \frac{k(k-1)\dots(k-i+1)}{p^i}
    En injectant cela dans la somme, on obtient :
    B(ej)(x)=∑i=0jγi∑k=ip(p−ik−i)xk(1−x)p−kB(e_j)(x) = \sum_{i=0}^j \gamma_i \sum_{k=i}^p \binom{p-i}{k-i} x^k (1-x)^{p-k}
    En posant m=k−im = k-i, la somme intérieure devient :
    xi∑m=0p−i(p−im)xm(1−x)p−i−m=xi(x+1−x)p−i=xix^i \sum_{m=0}^{p-i} \binom{p-i}{m} x^m (1-x)^{p-i-m} = x^i (x + 1 - x)^{p-i} = x^i
    Ainsi, B(ej)B(e_j) est une combinaison linéaire de (1,x,…,xj)(1, x, \dots, x^j). On en conclut que B(ej)∈Rj[X]B(e_j) \in \mathbb{R}_j[X].
  3. Valeurs propres de la restriction. Notons uu la restriction de BB à Rp[X]\mathbb{R}_p[X]. D'après la question précédente, la matrice de uu dans la base canonique (e0,e1,…,ep)(e_0, e_1, \dots, e_p) est triangulaire supérieure. Les valeurs propres sont les coefficients diagonaux λj\lambda_j, qui correspondent au coefficient de xjx^j dans B(ej)B(e_j). D'après le calcul précédent, le seul terme contribuant à xjx^j est celui pour i=ji=j dans la décomposition de kj/pjk^j/p^j. Le coefficient dominant de kjpj\frac{k^j}{p^j} en tant que polynôme en kk est 1pj\frac{1}{p^j}. En utilisant k(k−1)…(k−j+1)pj(pk)=p(p−1)…(p−j+1)pj(p−jk−j)\frac{k(k-1)\dots(k-j+1)}{p^j} \binom{p}{k} = \frac{p(p-1)\dots(p-j+1)}{p^j} \binom{p-j}{k-j}, le coefficient de xjx^j est :
    λj=p(p−1)…(p−j+1)pj=p!pj(p−j)!\boxed{\lambda_j = \frac{p(p-1)\dots(p-j+1)}{p^j} = \frac{p!}{p^j(p-j)!}}
    On observe que :
    • λ0=1\lambda_0 = 1 (correspondant à e0e_0)
    • λ1=pp=1\lambda_1 = \frac{p}{p} = 1 (correspondant à e1e_1)
    • ∀j∈{2,…,p},0<λj<1\forall j \in \{2, \dots, p\},   0 < \lambda_j < 1.

  4. Convergence et limite. Soit f∈Ef \in E. Pour n≥1n \geq 1, Bn(f)=un−1(B(f))B^n(f) = u^{n-1}(B(f)). Comme B(f)∈Rp[X]B(f) \in \mathbb{R}_p[X], nous étudions la suite un(P)u^n(P) pour P∈Rp[X]P \in \mathbb{R}_p[X]. Soit MM la matrice de uu dans la base canonique. MM est de la forme :
    M=(10∗01∗00T)M = \begin{pmatrix} 1 & 0 & *
    0 & 1 & *
    0 & 0 & T \end{pmatrix}
    où TT est une matrice triangulaire supérieure dont les coefficients diagonaux sont les λj∈[0,1[\lambda_j \in [0, 1[ pour j≥2j \geq 2. Ainsi, le rayon spectral de TT est strictement inférieur à 1, donc Tn→n→∞0T^n \xrightarrow{n \to \infty} 0. Cela prouve que MnM^n converge vers une matrice M∞M_\infty. Par conséquent, Bn(f)B^n(f) converge vers un polynôme L∈Rp[X]L \in \mathbb{R}_p[X]. Puisque Bn(f)→LB^n(f) \to L, par continuité de BB (en dimension finie sur Rp[X]\mathbb{R}_p[X]), on a B(L)=LB(L) = L. L'espace des points fixes de uu est le sous-espace propre associé à la valeur propre 1. Comme λ0=λ1=1\lambda_0 = \lambda_1 = 1 et λj<1\lambda_j < 1 pour j≥2j \geq 2, cet espace est de dimension 2. On vérifie aisément que B(e0)=e0B(e_0) = e_0 et B(e1)=e1B(e_1) = e_1. Donc :
    ker⁡(u−id)=R1[X]\ker(u - \text{id}) = \mathbb{R}_1[X]
    La limite LL est donc une fonction affine : L(x)=ax+bL(x) = ax + b. Pour déterminer aa et bb, on remarque que pour tout g∈Eg \in E :
    B(g)(0)=g(0)(p0)001p=g(0)B(g)(0) = g(0) \binom{p}{0} 0^0 1^p = g(0)
    B(g)(1)=g(1)(pp)1p00=g(1)B(g)(1) = g(1) \binom{p}{p} 1^p 0^0 = g(1)
    Par récurrence, pour tout nn, Bn(f)(0)=f(0)B^n(f)(0) = f(0) et Bn(f)(1)=f(1)B^n(f)(1) = f(1). En passant à la limite : L(0)=f(0)L(0) = f(0) et L(1)=f(1)L(1) = f(1). On en déduit b=f(0)b = f(0) et a+b=f(1)a+b = f(1), d'où a=f(1)−f(0)a = f(1) - f(0).
    ∀x∈[0,1],lim⁡n→∞Bn(f)(x)=f(0)+x(f(1)−f(0))\boxed{\forall x \in [0,1],   \lim_{n \to \infty} B^n(f)(x) = f(0) + x(f(1) - f(0))}

L'erreur classique est de penser que BB est l'identité sur tout Rp[X]\mathbb{R}_p[X] sous prétexte que B(1)=1B(1)=1 et B(x)=xB(x)=x. Il faut bien calculer les valeurs propres pour voir que les degrés supérieurs subissent une contraction (λj<1\lambda_j < 1).