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Soit nNn \in \mathbb{N}^* et DMn(C)D \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice diagonale.

  1. À quelle condition nécessaire et suffisante existe-t-il une matrice MMn(Q)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Q}) telle que DD et MM soient semblables dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) ?
  2. Répondre à la même question en remplaçant Q\mathbb{Q} par Z\mathbb{Z}.

1.

Rappeler qu'une matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est semblable à une matrice diagonale DD si et seulement si elle est diagonalisable et possède le même polynôme caractéristique que DD.

2.

Pour la suffisance, utiliser la décomposition du polynôme caractéristique en facteurs irréductibles sur Q\mathbb{Q} et considérer des matrices compagnons.

3.

Pour le cas entier, noter que le polynôme caractéristique d'une matrice à coefficients entiers est un polynôme unitaire à coefficients dans Z\mathbb{Z}.

Idées clés

Invariance du polynôme caractéristique par similitude.

Caractérisation de la similitude pour les matrices diagonalisables.

Utilisation des matrices compagnons C(P)C(P) dont le polynôme caractéristique est PP.

Résolution.

  1. Cas de Mn(Q)\mathcal{M_n(\mathbb{Q}).} Soit P=χD=i=1n(Xλi)C[X]P = \chi_D = \prod_{i=1}^n (X - \lambda_i) \in \mathbb{C}[X] le polynôme caractéristique de DD. Condition nécessaire : Supposons qu'il existe MMn(Q)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Q}) telle que MM soit semblable à DD sur C\mathbb{C}. Alors MM et DD ont le même polynôme caractéristique. Or :
    χM(X)=det(XInM)\chi_M(X) = \det(XI_n - M)
    Comme MM est à coefficients rationnels, le calcul du déterminant montre que χMQ[X]\chi_M \in \mathbb{Q}[X]. Par conséquent, une condition nécessaire est que χDQ[X]\chi_D \in \mathbb{Q}[X]. Condition suffisante : Supposons que χDQ[X]\chi_D \in \mathbb{Q}[X]. Notons P=χDP = \chi_D. Décomposons PP en produit de facteurs irréductibles dans Q[X]\mathbb{Q}[X] :
    P=j=1rPjP = \prod_{j=1}^r P_j
    où chaque PjQ[X]P_j \in \mathbb{Q}[X] est unitaire et irréductible sur Q\mathbb{Q}. Puisque DD est diagonalisable sur C\mathbb{C}, son polynôme minimal mDm_D est à racines simples dans C\mathbb{C}. Comme mDm_D divise PP, les racines de chaque PjP_j doivent être des racines de mDm_D, donc elles sont simples. En caractéristique nulle, un polynôme irréductible est toujours à racines simples. Pour chaque j{1,,r}j \in \{1, \dots, r\}, notons nj=deg(Pj)n_j = \deg(P_j) et C(Pj)Mnj(Q)C(P_j) \in \mathcal{M}_{n_j}(\mathbb{Q}) la matrice compagnon associée à PjP_j. Le polynôme caractéristique de C(Pj)C(P_j) est PjP_j. Comme les racines de PjP_j sont simples dans C\mathbb{C}, C(Pj)C(P_j) est diagonalisable sur C\mathbb{C}. Considérons la matrice diagonale par blocs :
    M=diag(C(P1),C(P2),,C(Pr))Mn(Q)M = \text{diag}(C(P_1), C(P_2), \dots, C(P_r)) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Q})
    Le polynôme caractéristique de MM est le produit des polynômes caractéristiques des blocs, soit Pj=χD\prod P_j = \chi_D. De plus, MM est diagonalisable sur C\mathbb{C} car chaque bloc l'est. Deux matrices diagonalisables ayant le même polynôme caractéristique sont semblables sur C\mathbb{C}. Ainsi MDM \sim D.
    La CNS est χDQ[X]\boxed{\text{La CNS est } \chi_D \in \mathbb{Q}[X]}

  2. Cas de Mn(Z)\mathcal{M_n(\mathbb{Z}).} Le raisonnement est analogue. Si MMn(Z)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}), alors χM(X)=det(XInM)\chi_M(X) = \det(XI_n - M) est un polynôme unitaire à coefficients dans Z\mathbb{Z}. La condition nécessaire est donc χDZ[X]\chi_D \in \mathbb{Z}[X]. Réciproquement, si χDZ[X]\chi_D \in \mathbb{Z}[X], on peut encore écrire χD=j=1rPj\chi_D = \prod_{j=1}^r P_j où les PjP_j sont des polynômes unitaires de Z[X]\mathbb{Z}[X], irréductibles dans Q[X]\mathbb{Q}[X] (par le lemme de Gauss). La matrice compagnon C(Pj)C(P_j) d'un polynôme unitaire à coefficients entiers est à coefficients entiers. En reprenant la matrice MM définie par blocs de matrices compagnons, on obtient MMn(Z)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) avec MDM \sim D.
    La CNS est χDZ[X]\boxed{\text{La CNS est } \chi_D \in \mathbb{Z}[X]}

Ne pas oublier de justifier la diagonalisabilité de la matrice compagnon. Une matrice compagnon C(P)C(P) n'est diagonalisable que si les racines de PP sont simples. Ici, l'irréductibilité sur Q\mathbb{Q} garantit la simplicité des racines dans C\mathbb{C}.