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Soit nNn \in \mathbb{N}^* et AMn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) une matrice supposée diagonalisable. On définit la matrice BB par la relation :

B=A3+A+InB = A^3 + A + I_n

  1. Montrer que la matrice AA est un polynôme en la matrice BB, c'est-à-dire que AR[B]A \in \mathbb{R}[B].
  2. Ce résultat reste-t-il valable si l'on suppose désormais que AMn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) est diagonalisable sur C\mathbb{C} ?

1.

Pour la question 1, utiliser le fait qu'une matrice diagonalisable AA s'exprime comme un polynôme en B=P(A)B = P(A) si et seulement si le polynôme PP est injectif sur le spectre de AA.

2.

Pour la question 2, chercher deux complexes distincts λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 tels que λ13+λ1=λ23+λ2\lambda_1^3 + \lambda_1 = \lambda_2^3 + \lambda_2. Construire ensuite une matrice diagonale simple.

Idées clés

Structure des algèbres monogènes : AK[P(A)]A \in \mathbb{K}[P(A)] ssi PP sépare les valeurs propres de AA.

Lien entre diagonalisation et interpolation de Lagrange.

Étude de la monotonie pour l'injectivité sur R\mathbb{R}.

1. Cas réel.

Posons le polynôme P=X3+X+1R[X]P = X^3 + X + 1 \in \mathbb{R}[X]. On a ainsi B=P(A)B = P(A).

Puisque AA est diagonalisable sur R\mathbb{R}, il existe une matrice inversible MGLn(R)M \in GL_n(\mathbb{R}) et une matrice diagonale D=diag(λ1,,λn)D = \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) telles que :

A=MDM1A = M D M^{-1}

Par conséquent, pour tout polynôme QQ, on a Q(A)=MQ(D)M1Q(A) = M Q(D) M^{-1}. En particulier :

B=P(A)=Mdiag(P(λ1),,P(λn))M1B = P(A) = M \cdot \text{diag}(P(\lambda_1), \dots, P(\lambda_n)) \cdot M^{-1}

Soit Sp(A)={μ1,,μk}Sp(A) = \{\mu_1, \dots, \mu_k\} l'ensemble des valeurs propres distinctes de AA. Pour montrer que AR[B]A \in \mathbb{R}[B], il suffit de trouver un polynôme QR[X]Q \in \mathbb{R}[X] tel que Q(B)=AQ(B) = A. D'après la forme diagonale, cela revient à chercher QQ tel que :

j{1,,k},Q(P(μj))=μj\forall j \in \{1, \dots, k\},   Q(P(\mu_j)) = \mu_j

L'existence d'un tel polynôme QQ est garantie par l'interpolation de Lagrange si et seulement si les valeurs P(μj)P(\mu_j) sont deux à deux distinctes. Étudions la fonction f:xx3+x+1f : x \mapsto x^3 + x + 1 sur R\mathbb{R}. Sa dérivée est :

xR,f(x)=3x2+1\forall x \in \mathbb{R},   f'(x) = 3x^2 + 1

Comme f(x)>0f'(x) > 0 pour tout réel xx, la fonction ff est strictement croissante sur R\mathbb{R}. Elle est donc injective. Ainsi, pour tous réels distincts μi\mu_i et μj\mu_j, on a P(μi)P(μj)P(\mu_i) \neq P(\mu_j).

En utilisant le polynôme d'interpolation de Lagrange QQ qui prend les valeurs μj\mu_j aux points P(μj)P(\mu_j), on obtient Q(B)=AQ(B) = A.

AR[B]\boxed{ A \in \mathbb{R}[B] }

2. Cas complexe.

Sur C\mathbb{C}, le polynôme P(X)=X3+X+1P(X) = X^3 + X + 1 n'est plus injectif. Cherchons deux valeurs distinctes ayant la même image. Par exemple, résolvons P(z)=1P(z) = 1 :

z3+z=0    z(z2+1)=0    z{0,i,i}z^3 + z = 0 \iff z(z^2 + 1) = 0 \iff z \in \{0, i, -i\}

Considérons la matrice A=(i00i)M2(C)A = \begin{pmatrix} i & 0
0 & -i \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_2(\mathbb{C})
. AA est diagonalisable (elle est déjà diagonale) et ses valeurs propres sont distinctes. Calculons BB :

B=P(A)=(P(i)00P(i))=(1001)=I2B = P(A) = \begin{pmatrix} P(i) & 0
0 & P(-i) \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 0
0 & 1 \end{pmatrix} = I_2

Dans ce cas, l'ensemble des polynômes en BB est :

C[B]=C[I2]={αI2αC}\mathbb{C}[B] = \mathbb{C}[I_2] = \{ \alpha I_2 \mid \alpha \in \mathbb{C} \}

Or, la matrice AA n'est pas une matrice scalaire (puisque iii \neq -i). Donc :

AC[B]\boxed{ A \notin \mathbb{C}[B] }

Le résultat ne subsiste donc pas en remplaçant R\mathbb{R} par C\mathbb{C}.

L'erreur classique consiste à croire que A=P1(B)A = P^{-1}(B) est toujours possible. Il faut impérativement que PP soit une injection de l'ensemble des valeurs propres de AA vers l'ensemble des valeurs propres de BB.