WikiPrépaLivrets

Soit EE un espace vectoriel de dimension 3 sur le corps K\mathbb{K} (où K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On considère un endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) vérifiant les deux conditions suivantes :

  1. f3−f2=0L(E)f^3 - f^2 = 0_{\mathcal{L}(E)} ;
  2. dim⁡(ker⁡(f−IdE))=1\dim(\ker(f - \text{Id}_E)) = 1.

Démontrer qu'il existe une base de EE dans laquelle la matrice représentative de ff est de la forme :

(10000a000)avec a∈{0,1}\begin{pmatrix} 1 & 0 & 0
0 & 0 & a
0 & 0 & 0 \end{pmatrix}   \text{avec } a \in \{0, 1\}

1.

Utiliser le lemme des noyaux avec le polynôme annulateur P(X)=X2(X−1)P(X) = X^2(X-1).

2.

Déterminer les dimensions des sous-espaces de la décomposition de EE.

3.

Étudier la restriction de ff au sous-espace associé à la valeur propre 0.

4.

Distinguer les cas selon que cette restriction est nulle ou non.

Idées clés

•

Décomposition de l'espace par le lemme des noyaux.

•

Étude d'un endomorphisme nilpotent d'indice au plus 2 en dimension 2.

•

Construction d'une base adaptée à la somme directe.

Résolution.

1. Décomposition de l'espace EE.

L'endomorphisme ff annule le polynôme P(X)=X3−X2=X2(X−1)P(X) = X^3 - X^2 = X^2(X-1).

Comme les polynômes X2X^2 et X−1X-1 sont premiers entre eux, le lemme des noyaux assure que :

E=ker⁡(f−IdE)⊕ker⁡(f2)E = \ker(f - \text{Id}_E) \oplus \ker(f^2)

D'après l'énoncé, dim⁡(ker⁡(f−IdE))=1\dim(\ker(f - \text{Id}_E)) = 1.

Par additivité des dimensions en somme directe, on en déduit :

dim⁡(ker⁡(f2))=dim⁡(E)−dim⁡(ker⁡(f−IdE))=3−1=2\dim(\ker(f^2)) = \dim(E) - \dim(\ker(f - \text{Id}_E)) = 3 - 1 = 2

Soit e1e_1 un vecteur non nul de ker⁡(f−IdE)\ker(f - \text{Id}_E). Par définition :

f(e1)=e1\boxed{f(e_1) = e_1}

2. Étude de la restriction de ff à ker⁡(f2)\ker(f^2).

Posons F=ker⁡(f2)F = \ker(f^2) et soit g=f∣Fg = f_{|F} l'endomorphisme induit par ff sur FF (ceci est licite car FF est stable par ff).

Par construction, pour tout x∈Fx \in F, g2(x)=f2(x)=0g^2(x) = f^2(x) = 0, donc g2=0L(F)g^2 = 0_{\mathcal{L}(F)}. L'endomorphisme gg est donc nilpotent d'indice au plus 2 sur un espace de dimension 2.

Deux cas se présentent alors pour gg :

Premier cas : g=0L(F)g = 0_{\mathcal{L(F)}.}

Dans ce cas, ker⁡(g)=F\ker(g) = F. On peut choisir n'importe quelle base (e2,e3)(e_2, e_3) de FF. On aura alors f(e2)=0f(e_2) = 0 et f(e3)=0f(e_3) = 0.

La matrice de ff dans la base (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) est :

MatB(f)=(100000000)\boxed{ \text{Mat}_{\mathcal{B}}(f) = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0
0 & 0 & 0
0 & 0 & 0 \end{pmatrix} }
C'est la forme voulue avec a=0a = 0.

Second cas : g≠0L(F)g \neq 0_{\mathcal{L(F)}.}

Comme g≠0g \neq 0, il existe un vecteur e3∈Fe_3 \in F tel que g(e3)≠0g(e_3) \neq 0.

Posons e2=g(e3)=f(e3)e_2 = g(e_3) = f(e_3).

Comme g2=0g^2 = 0, on a g(e2)=g2(e3)=0g(e_2) = g^2(e_3) = 0, soit f(e2)=0f(e_2) = 0.

Montrons que la famille (e2,e3)(e_2, e_3) est libre. Si λe2+μe3=0\lambda e_2 + \mu e_3 = 0, alors en appliquant gg, on obtient λg(e2)+μg(e3)=0\lambda g(e_2) + \mu g(e_3) = 0. Comme g(e2)=0g(e_2)=0, il reste μe2=0\mu e_2 = 0. Comme e2≠0e_2 \neq 0, on a μ=0\mu = 0, puis λ=0\lambda = 0.

La famille (e2,e3)(e_2, e_3) est une famille libre de 2 vecteurs dans un espace FF de dimension 2, c'est donc une base de FF.

Dans la base (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) de EE, on a :

  • f(e1)=e1f(e_1) = e_1
  • f(e2)=0f(e_2) = 0
  • f(e3)=e2f(e_3) = e_2

La matrice de ff est alors :

MatB(f)=(100001000)\boxed{ \text{Mat}_{\mathcal{B}}(f) = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0
0 & 0 & 1
0 & 0 & 0 \end{pmatrix} }
C'est la forme voulue avec a=1a = 1.

Ne pas oublier de justifier que la restriction de ff à un sous-espace stable est bien définie. Ici, f(ker⁡(f2))⊂ker⁡(f2)f(\ker(f^2)) \subset \ker(f^2) car ff commute avec lui-même (et donc avec son carré).