WikiPrépaLivrets

Soit EE un espace vectoriel de dimension finie n≥1n \geq 1 sur un corps K\mathbb{K} (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}).

  1. Étude du cas nilpotent Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme nilpotent d'indice de nilpotence nn (c'est-à-dire un=0u^n = 0 et un−1≠0u^{n-1} \neq 0).
    1. Justifier que pour tout k∈⟦0,n⟧k \in \llbracket 0, n \rrbracket, on a dim⁡(ker⁡(uk))=k\dim(\ker(u^k)) = k.
    2. Déterminer l'ensemble des sous-espaces de EE stables par uu.

  2. Généralisation aux polynômes scindés Soit f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E). On suppose que le polynôme minimal de ff est scindé sur K\mathbb{K}, noté πf=∏i=1m(X−λi)αi\pi_f = \prod_{i=1}^m (X - \lambda_i)^{\alpha_i}, où les λi\lambda_i sont les valeurs propres distinctes de ff. Montrer que si FF est un sous-espace vectoriel de EE stable par ff, alors :
    F=⨁i=1m(F∩ker⁡(f−λiIdE)αi)\boxed{F = \bigoplus_{i=1}^m \left( F \cap \ker(f - \lambda_i \text{Id}_E)^{\alpha_i} \right)}

  3. Application pratique Soient a,b∈Ka, b \in \mathbb{K}. On considère l'endomorphisme gg de K4\mathbb{K}^4 représenté dans la base canonique par la matrice :
    Ma,b=(1a000100002b0002)M_{a,b} = \begin{pmatrix} 1 & a & 0 & 0
    0 & 1 & 0 & 0
    0 & 0 & 2 & b
    0 & 0 & 0 & 2 \end{pmatrix}
    Déterminer, selon les valeurs de aa et bb, la liste des sous-espaces de K4\mathbb{K}^4 stables par gg.

1.

Pour la question 1(a), utiliser la croissance de la suite des noyaux itérés et l'argument de dimension. Pour la 1(b), remarquer que la restriction de uu à un sous-espace stable est encore nilpotente.

2.

Pour la question 2, appliquer le lemme des noyaux à l'endomorphisme induit par ff sur FF. Noter que le polynôme minimal de la restriction divise celui de l'endomorphisme global.

3.

Pour la question 3, décomposer K4\mathbb{K}^4 en somme directe de sous-espaces caractéristiques et utiliser le résultat de la question 2 pour ramener l'étude à des blocs de plus petite taille.

Idées clés

•

Suite des noyaux itérés pour les endomorphismes nilpotents.

•

Lemme des noyaux appliqué à une restriction stable.

•

Décomposition d'un sous-espace stable selon les sous-espaces caractéristiques.

Résolution.

  1. Cas nilpotent d'indice nn
    1. Considérons la suite des noyaux itérés Kk=ker⁡(uk)K_k = \ker(u^k). On sait que cette suite est croissante au sens de l'inclusion. Comme un−1≠0u^{n-1} \neq 0, il existe un vecteur x∈Ex \in E tel que un−1(x)≠0u^{n-1}(x) \neq 0. La famille (x,u(x),…,un−1(x))(x, u(x), \dots, u^{n-1}(x)) est alors une base de EE (famille cyclique). On observe que pour tout k∈⟦1,n⟧k \in \llbracket 1, n \rrbracket, l'inclusion Kk−1⊂KkK_{k-1} \subset K_k est stricte. En effet, si Kk−1=KkK_{k-1} = K_k, alors par récurrence Kk−1=Kn=EK_{k-1} = K_n = E, ce qui contredirait l'indice de nilpotence nn si k≤nk \leq n. Ainsi, 0=dim⁡(K0)<dim⁡(K1)<⋯<dim⁡(Kn)=n0 = \dim(K_0) < \dim(K_1) < \dots < \dim(K_n) = n. Comme chaque saut de dimension est au moins égal à 1, la seule possibilité est :
      ∀k∈⟦0,n⟧,dim⁡(ker⁡(uk))=k\boxed{\forall k \in \llbracket 0, n \rrbracket,   \dim(\ker(u^k)) = k}

    2. Soit FF un sous-espace stable par uu de dimension pp. L'endomorphisme induit u∣Fu_{|F} est nilpotent sur FF, donc son indice de nilpotence est inférieur ou égal à dim⁡F=p\dim F = p. Par conséquent, (u∣F)p=0(u_{|F})^p = 0, ce qui signifie que pour tout x∈Fx \in F, up(x)=0u^p(x) = 0. On en déduit l'inclusion F⊆ker⁡(up)F \subseteq \ker(u^p). D'après la question précédente, dim⁡(ker⁡(up))=p=dim⁡F\dim(\ker(u^p)) = p = \dim F. Par égalité des dimensions et inclusion, on conclut :
      F=ker⁡(up)\boxed{F = \ker(u^p)}
      Les sous-espaces stables sont exactement les n+1n+1 noyaux itérés {ker⁡(uk)∣k∈⟦0,n⟧}\{\ker(u^k) \mid k \in \llbracket 0, n \rrbracket\}.

  2. Décomposition des sous-espaces stables Soit FF un sous-espace stable par ff. On note fFf_F l'endomorphisme de FF induit par la restriction de ff à FF. Le polynôme minimal πfF\pi_{f_F} de cet induit divise le polynôme minimal πf\pi_f de ff. Puisque πf=∏i=1m(X−λi)αi\pi_f = \prod_{i=1}^m (X - \lambda_i)^{\alpha_i}, le polynôme πfF\pi_{f_F} est également scindé et de la forme ∏i=1m(X−λi)βi\prod_{i=1}^m (X - \lambda_i)^{\beta_i} avec 0≤βi≤αi0 \leq \beta_i \leq \alpha_i. D'après le lemme des noyaux appliqué à fFf_F dans l'espace FF, on a :
    F=⨁i=1mker⁡(fF−λiIdF)βiF = \bigoplus_{i=1}^m \ker(f_F - \lambda_i \text{Id}_F)^{\beta_i}
    Or, par définition de l'endomorphisme induit, on a l'égalité de noyaux :
    ker⁡(fF−λiIdF)βi=F∩ker⁡(f−λiIdE)βi\ker(f_F - \lambda_i \text{Id}_F)^{\beta_i} = F \cap \ker(f - \lambda_i \text{Id}_E)^{\beta_i}
    Comme βi≤αi\beta_i \leq \alpha_i, on a ker⁡(f−λiIdE)βi⊆ker⁡(f−λiIdE)αi\ker(f - \lambda_i \text{Id}_E)^{\beta_i} \subseteq \ker(f - \lambda_i \text{Id}_E)^{\alpha_i}. On en déduit l'inclusion F∩ker⁡(f−λiIdE)βi⊆F∩ker⁡(f−λiIdE)αiF \cap \ker(f - \lambda_i \text{Id}_E)^{\beta_i} \subseteq F \cap \ker(f - \lambda_i \text{Id}_E)^{\alpha_i}. Finalement, par sommation des dimensions, on obtient :
    F=⨁i=1m(F∩ker⁡(f−λiIdE)αi)\boxed{F = \bigoplus_{i=1}^m \left( F \cap \ker(f - \lambda_i \text{Id}_E)^{\alpha_i} \right)}

  3. Application à la matrice Ma,bM_{a,b} Soit gg l'endomorphisme associé à Ma,bM_{a,b}. Son polynôme caractéristique est χg=(X−1)2(X−2)2\chi_g = (X-1)^2(X-2)^2. Notons N1=ker⁡(g−Id)2N_1 = \ker(g - \text{Id})^2 et N2=ker⁡(g−2Id)2N_2 = \ker(g - 2\text{Id})^2 les sous-espaces caractéristiques associés aux valeurs propres 1 et 2. D'après la question 2, tout sous-espace stable FF s'écrit F=F1⊕F2F = F_1 \oplus F_2 où F1⊆N1F_1 \subseteq N_1 et F2⊆N2F_2 \subseteq N_2 sont des sous-espaces stables par les restrictions respectives de gg. Étude sur N1N_1 : La restriction de g−Idg - \text{Id} à N1N_1 est représentée par Aa−I2=(0a00)A_a - I_2 = \begin{pmatrix} 0 & a
    0 & 0 \end{pmatrix}
    .
    • Si a≠0a \neq 0, l'indice de nilpotence est 2. Les seuls sous-espaces stables de N1N_1 sont {0}\{0\}, Vect(e1)\text{Vect}(e_1), et N1N_1.
    • Si a=0a = 0, la restriction est l'identité. Tout sous-espace de N1N_1 est stable.
    Étude sur N2N_2 : La restriction de g−2Idg - 2\text{Id} à N2N_2 est représentée par Bb−2I2=(0b00)B_b - 2I_2 = \begin{pmatrix} 0 & b
    0 & 0 \end{pmatrix}
    .
    • Si b≠0b \neq 0, les seuls sous-espaces stables de N2N_2 sont {0}\{0\}, Vect(e3)\text{Vect}(e_3), et N2N_2.
    • Si b=0b = 0, tout sous-espace de N2N_2 est stable.
    Conclusion : Les sous-espaces stables de gg sont de la forme F1⊕F2F_1 \oplus F_2 avec F1F_1 stable pour le bloc de la valeur propre 1 et F2F_2 stable pour le bloc de la valeur propre 2.
    Si a≠0,b≠0, il y a 3×3=9 sous-espaces stables.\boxed{\text{Si } a \neq 0, b \neq 0, \text{ il y a } 3 \times 3 = 9 \text{ sous-espaces stables.}}

Une erreur fréquente est d'oublier que si une restriction est l'identité (ou une homothétie), il existe une infinité de sous-espaces stables (tous les sous-espaces de ce bloc). C'est le cas ici si a=0a=0 ou b=0b=0.