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Soit EE un espace vectoriel de dimension 3 sur K\mathbb{K} (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On considère les endomorphismes de EE dont les matrices dans la base canonique sont données par :

A=(211121003),B=(1jj2jj21j21j) avec j=e2iπ/3A=\begin{pmatrix} 2 & 1 & 1
1 & 2 & 1
0 & 0 & 3 \end{pmatrix},   B=\begin{pmatrix} 1 & j & j^2
j & j^2 & 1
j^2 & 1 & j \end{pmatrix} \text{ avec } j=e^{2i\pi/3}

C=(123045006),D=(211111−1−10)C=\begin{pmatrix} 1 & 2 & 3
0 & 4 & 5
0 & 0 & 6 \end{pmatrix},   D=\begin{pmatrix} 2 & 1 & 1
1 & 1 & 1
-1 & -1 & 0 \end{pmatrix}

Déterminer, pour chacun de ces endomorphismes, l'ensemble de ses sous-espaces vectoriels stables.

1.

Un sous-espace FF est stable par uu si et seulement si u(F)⊂Fu(F) \subset F. Dans ce cas, l'endomorphisme induit u∣Fu_{|F} possède un polynôme caractéristique qui divise celui de uu.

2.

Pour une matrice diagonalisable à valeurs propres distinctes, les sous-espaces stables sont exactement les sommes directes de sous-espaces propres.

3.

Pour les cas non diagonalisables, étudier les restrictions possibles du polynôme minimal ou caractéristique aux sous-espaces stables.

4.

Pour la matrice BB, remarquer qu'elle est de rang 1 et de trace nulle.

Idées clés

•

Si FF est stable par uu, alors χu∣F\chi_{u_{|F}} divise χu\chi_u.

•

Si uu est diagonalisable, un sous-espace FF est stable si et seulement si F=⨁λ∈Sp(u)(F∩Eλ)F = \bigoplus_{\lambda \in \text{Sp}(u)} (F \cap E_\lambda).

•

Pour une matrice de rang 1, l'image est une droite et le noyau un plan.

Résolution.

  1. Étude de la matrice AA : Le polynôme caractéristique de AA est :
    χA(X)=det⁡(A−XI)=(3−X)∣2−X112−X∣=(3−X)((2−X)2−1)\chi_A(X) = \det(A-XI) = (3-X) \begin{vmatrix} 2-X & 1
    1 & 2-X \end{vmatrix} = (3-X)((2-X)^2-1)
    En développant, on obtient χA(X)=(3−X)(1−X)(3−X)=−(X−1)(X−3)2\chi_A(X) = (3-X)(1-X)(3-X) = -(X-1)(X-3)^2. Les valeurs propres sont 11 (simple) et 33 (double). Cherchons les espaces propres : E1(A)=Ker(A−I)=Vect(u1)E_1(A) = \text{Ker}(A-I) = \text{Vect}(u_1) avec u1=(1,−1,0)u_1 = (1, -1, 0). E3(A)=Ker(A−3I)=Vect(u3)E_3(A) = \text{Ker}(A-3I) = \text{Vect}(u_3) avec u3=(1,1,0)u_3 = (1, 1, 0). dim⁡E3(A)=1<2\dim E_3(A) = 1 < 2, donc AA n'est pas diagonalisable. Soit FF un sous-espace stable de dimension dd. - Si d=1d=1, FF est une droite propre, donc F=E1(A)F = E_1(A) ou F=E3(A)F = E_3(A). - Si d=2d=2, le polynôme caractéristique de l'induit PFP_F divise (X−1)(X−3)2(X-1)(X-3)^2 et est de degré 2. Cas PF=(X−1)(X−3)P_F = (X-1)(X-3) : Alors F=E1(A)⊕E3(A)=Vect(u1,u3)F = E_1(A) \oplus E_3(A) = \text{Vect}(u_1, u_3). Cas PF=(X−3)2P_F = (X-3)^2 : Alors F⊂Ker(A−3I)2F \subset \text{Ker}(A-3I)^2. Comme dim⁡Ker(A−3I)2=2\dim \text{Ker}(A-3I)^2 = 2, on a F=Ker(A−3I)2F = \text{Ker}(A-3I)^2. On calcule (A−3I)2=(−1111−11000)2=(2−20−220000)(A-3I)^2 = \begin{pmatrix} -1 & 1 & 1
    1 & -1 & 1
    0 & 0 & 0 \end{pmatrix}^2 = \begin{pmatrix} 2 & -2 & 0
    -2 & 2 & 0
    0 & 0 & 0 \end{pmatrix}
    . D'où F=Vect((1,1,0),(0,0,1))F = \text{Vect}((1,1,0), (0,0,1)).
    Stables(A)={{0},E1,E3,E1⊕E3,Ker(A−3I)2,R3}\boxed{\text{Stables}(A) = \{ \{0\}, E_1, E_3, E_1 \oplus E_3, \text{Ker}(A-3I)^2, \mathbb{R}^3 \}}

  2. Étude de la matrice BB : On remarque que toutes les lignes de BB sont proportionnelles à L1=(1,j,j2)L_1 = (1, j, j^2). En effet, L2=jL1L_2 = j L_1 et L3=j2L1L_3 = j^2 L_1. Ainsi, rg(B)=1\text{rg}(B) = 1 et Im(B)=Vect(v0)\text{Im}(B) = \text{Vect}(v_0) avec v0=(1,j,j2)v_0 = (1, j, j^2). La trace de BB est Tr(B)=1+j2+j=0\text{Tr}(B) = 1 + j^2 + j = 0. Comme BB est de rang 1, son polynôme caractéristique est χB(X)=−X2(X−Tr(B))=−X3\chi_B(X) = -X^2(X-\text{Tr}(B)) = -X^3. BB est donc nilpotente. On vérifie d'ailleurs B2=Tr(B)B=0B^2 = \text{Tr}(B)B = 0. Les sous-espaces stables FF : - Dim 1 : FF est une droite propre. Comme Sp(B)={0}\text{Sp}(B)=\{0\}, F⊂Ker(B)F \subset \text{Ker}(B). Ker(B)\text{Ker}(B) est le plan d'équation x+jy+j2z=0x + jy + j^2z = 0. Toute droite de ce plan est stable. - Dim 2 : Si B∣F=0B_{|F} = 0, alors F=Ker(B)F = \text{Ker}(B). Si B∣F≠0B_{|F} \neq 0, alors Im(B∣F)\text{Im}(B_{|F}) est une droite contenue dans FF. Or Im(B∣F)⊂Im(B)=Vect(v0)\text{Im}(B_{|F}) \subset \text{Im}(B) = \text{Vect}(v_0). Donc v0∈Fv_0 \in F.
    Stables(B)={{0},C3,Ker(B), les droites de Ker(B), les plans contenant Vect(1,j,j2)}\boxed{\text{Stables}(B) = \{ \{0\}, \mathbb{C}^3, \text{Ker}(B), \text{ les droites de } \text{Ker}(B), \text{ les plans contenant } \text{Vect}(1, j, j^2) \}}

  3. Étude de la matrice CC : CC est triangulaire supérieure avec des éléments diagonaux distincts {1,4,6}\{1, 4, 6\}. L'endomorphisme est donc diagonalisable et ses 3 valeurs propres sont simples. Soient e1,e4,e6e_1, e_4, e_6 des vecteurs propres associés. Les sous-espaces stables sont les sommes directes de ces espaces propres :
    Stables(C)={{0},Vect(e1),Vect(e4),Vect(e6),Vect(e1,e4),Vect(e1,e6),Vect(e4,e6),R3}\boxed{\text{Stables}(C) = \{ \{0\}, \text{Vect}(e_1), \text{Vect}(e_4), \text{Vect}(e_6), \text{Vect}(e_1, e_4), \text{Vect}(e_1, e_6), \text{Vect}(e_4, e_6), \mathbb{R}^3 \}}

  4. Étude de la matrice DD : On calcule χD(X)=−(X−1)3\chi_D(X) = -(X-1)^3. La seule valeur propre est 11. Posons N=D−I=(111101−1−1−1)N = D-I = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1
    1 & 0 & 1
    -1 & -1 & -1 \end{pmatrix}
    . FF est stable par DD ssi FF est stable par NN. On a N2=(101000−10−1)N^2 = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 1
    0 & 0 & 0
    -1 & 0 & -1 \end{pmatrix}
    et N3=0N^3 = 0. Ker(N)=Vect(w1)\text{Ker}(N) = \text{Vect}(w_1) avec w1=(1,0,−1)w_1 = (1, 0, -1). Ker(N2)=Vect((1,0,−1),(0,1,0))\text{Ker}(N^2) = \text{Vect}((1, 0, -1), (0, 1, 0)). - Dim 1 : F=Ker(N)F = \text{Ker}(N). - Dim 2 : N∣FN_{|F} est nilpotent sur un espace de dimension 2. Son noyau est F∩Ker(N)F \cap \text{Ker}(N). Comme dim⁡Ker(N)=1\dim \text{Ker}(N) = 1, on a forcément Ker(N)⊂F\text{Ker}(N) \subset F. De plus, Im(N∣F)\text{Im}(N_{|F}) doit être inclus dans F∩Ker(N)=Ker(N)F \cap \text{Ker}(N) = \text{Ker}(N). Ceci implique F⊂Ker(N2)F \subset \text{Ker}(N^2). Par dimension, F=Ker(N2)F = \text{Ker}(N^2).
    Stables(D)={{0},Ker(D−I),Ker(D−I)2,R3}\boxed{\text{Stables}(D) = \{ \{0\}, \text{Ker}(D-I), \text{Ker}(D-I)^2, \mathbb{R}^3 \}}

Pour une matrice non diagonalisable comme DD, il est fréquent de croire qu'il existe une infinité de plans stables. Or, ici, la structure du noyau itéré impose l'unicité du plan stable.