WikiPrépaLivrets

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On note χA\chi_A son polynôme caractéristique. On considère la factorisation de χA\chi_A dans C[X]\mathbb{C}[X] :

χA=∏i=1d(X−λi)αi\chi_A = \prod_{i=1}^{d} (X - \lambda_i)^{\alpha_i}
où les λi\lambda_i sont les valeurs propres distinctes de AA et les αi\alpha_i leurs multiplicités respectives.

  1. Justifier que Cn=⨁i=1dker⁡((A−λiIn)αi)\mathbb{C}^n = \bigoplus_{i=1}^d \ker\left((A - \lambda_i I_n)^{\alpha_i}\right).
  2. Soit B\mathcal{B} une base de Cn\mathbb{C}^n adaptée à la décomposition précédente. On note A′A' la matrice de l'endomorphisme canoniquement associé à AA dans cette base. Elle est de la forme :
    A′=(A10⋱0Ad)A' = \begin{pmatrix} A_1 & & 0
    & \ddots &
    0 & & A_d \end{pmatrix}
    Montrer que pour tout i∈⟦1,d⟧i \in \llbracket 1, d \rrbracket, le polynôme caractéristique de AiA_i est χAi=(X−λi)αi\chi_{A_i} = (X - \lambda_i)^{\alpha_i}.

  3. En déduire l'existence d'un couple (D,N)∈Mn(C)2(D, N) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C})^2 tel que :
    A=D+N,D est diagonalisable, N est nilpotente et DN=NDA = D + N,   D \text{ est diagonalisable, } N \text{ est nilpotente et } DN = ND
    On admettra pour la suite que DD et NN sont des polynômes en AA.

  4. On définit l'application ad⁡A\operatorname{ad}_A par :
    ad⁡A:{Mn(C)→Mn(C)X↦AX−XA\operatorname{ad}_A : \begin{cases} \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \to \mathcal{M}_n(\mathbb{C})
    X \mapsto AX - XA \end{cases}
    Exprimer la décomposition de Dunford de l'endomorphisme ad⁡A\operatorname{ad}_A en fonction de celles de DD et NN.

  5. Montrer que ad⁡A\operatorname{ad}_A est diagonalisable si, et seulement si, AA est diagonalisable.

1.

Pour la question 1, utiliser le lemme des noyaux avec les facteurs de χA\chi_A qui sont premiers entre eux.

2.

Pour la question 2, utiliser la propriété du déterminant d'une matrice diagonale par blocs.

3.

Pour la question 3, construire DD et NN par blocs. Sur chaque bloc ii, la matrice AiA_i se décompose en λiI+(Ai−λiI)\lambda_i I + (A_i - \lambda_i I).

4.

Pour la question 4, introduire les endomorphismes LM(X)=MXL_M(X) = MX et RM(X)=XMR_M(X) = XM. Montrer que si MM est diagonalisable (resp. nilpotent), alors LML_M et RMR_M le sont aussi.

5.

Pour la question 5, exploiter l'unicité de la décomposition de Dunford.

Idées clés

•

Lemme des noyaux et sous-espaces caractéristiques.

•

Structure des matrices par blocs et stabilité.

•

Endomorphismes de translation à gauche et à droite sur Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

•

Unicité de la décomposition de Dunford.

Résolution.

  1. Les polynômes Pi=(X−λi)αiP_i = (X - \lambda_i)^{\alpha_i} sont deux à deux premiers entre eux puisque les λi\lambda_i sont des complexes distincts. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, on sait que χA(A)=0\chi_A(A) = 0. En appliquant le lemme des noyaux à la décomposition χA=∏i=1dPi\chi_A = \prod_{i=1}^d P_i, on obtient immédiatement :
    Cn=⨁i=1dker⁡((A−λiIn)αi)\boxed{\mathbb{C}^n = \bigoplus_{i=1}^d \ker\left((A - \lambda_i I_n)^{\alpha_i}\right)}

  2. Soit Ei=ker⁡(A−λiIn)αiE_i = \ker(A - \lambda_i I_n)^{\alpha_i}. Ce sont des sous-espaces stables par AA. Dans une base adaptée à la somme directe ⨁Ei\bigoplus E_i, la matrice A′A' de l'endomorphisme est diagonale par blocs. Le polynôme caractéristique d'une matrice diagonale par blocs est le produit des polynômes caractéristiques des blocs :
    χA=∏i=1dχAi\chi_A = \prod_{i=1}^d \chi_{A_i}
    Par définition, chaque bloc AiA_i représente la restriction de AA à EiE_i. Or, l'unique valeur propre de cette restriction est λi\lambda_i car (Ai−λiI)αi=0(A_i - \lambda_i I)^{\alpha_i} = 0. Le degré de χAi\chi_{A_i} est égal à la dimension de EiE_i, notée nin_i. Par identification dans la factorisation de χA\chi_A, on a nécessairement ni=αin_i = \alpha_i et :
    χAi=(X−λi)αi\boxed{\chi_{A_i} = (X - \lambda_i)^{\alpha_i}}

  3. Définissons, pour chaque bloc, Di=λiIαiD_i = \lambda_i I_{\alpha_i} et Ni=Ai−λiIαiN_i = A_i - \lambda_i I_{\alpha_i}. On pose alors D′=diag⁡(D1,…,Dd)D' = \operatorname{diag}(D_1, \dots, D_d) et N′=diag⁡(N1,…,Nd)N' = \operatorname{diag}(N_1, \dots, N_d) dans la base adaptée. D′D' est diagonale, donc diagonalisable. Chaque NiN_i est nilpotente car son polynôme caractéristique est XαiX^{\alpha_i}. Ainsi N′N' est nilpotente. Comme DiD_i est une matrice scalaire, elle commute avec n'importe quelle matrice, en particulier DiNi=NiDiD_i N_i = N_i D_i. Par blocs, on en déduit D′N′=N′D′D'N' = N'D'. En revenant à la base canonique via une matrice de passage PP, on pose D=PD′P−1D = P D' P^{-1} et N=PN′P−1N = P N' P^{-1}. On a bien A=D+NA = D + N avec les propriétés requises.
    A=D+N avec DN=ND\boxed{A = D + N \text{ avec } DN = ND}

  4. Soit A=D+NA = D + N la décomposition de Dunford de AA. On peut écrire :
    ad⁡A(X)=(D+N)X−X(D+N)=(DX−XD)+(NX−XN)\operatorname{ad}_A(X) = (D+N)X - X(D+N) = (DX - XD) + (NX - XN)
    Posons Δ(X)=DX−XD\Delta(X) = DX - XD et η(X)=NX−XN\eta(X) = NX - XN. Δ\Delta est diagonalisable. En effet, si (ei)(e_i) est une base de vecteurs propres de DD associée aux valeurs propres (μi)(\mu_i), alors les matrices élémentaires Ei,jE_{i,j} (dans cette base) vérifient :
    Δ(Ei,j)=DEi,j−Ei,jD=μiEi,j−μjEi,j=(μi−μj)Ei,j\Delta(E_{i,j}) = D E_{i,j} - E_{i,j} D = \mu_i E_{i,j} - \mu_j E_{i,j} = (\mu_i - \mu_j) E_{i,j}
    η\eta est nilpotente. On définit LN(X)=NXL_N(X) = NX et RN(X)=XNR_N(X) = XN. Ces deux endomorphismes sont nilpotents et commutent. Comme η=LN−RN\eta = L_N - R_N, η\eta est nilpotente d'après la formule du binôme. Enfin, Δ\Delta et η\eta commutent car DD et NN commutent. Par unicité de la décomposition de Dunford :
    ad⁡A=Δ+η est la deˊcomposition de Dunford de ad⁡A\boxed{\operatorname{ad}_A = \Delta + \eta \text{ est la décomposition de Dunford de } \operatorname{ad}_A}

  5. L'endomorphisme ad⁡A\operatorname{ad}_A est diagonalisable si et seulement si sa partie nilpotente dans la décomposition de Dunford est nulle. D'après la question précédente, cela revient à η=0\eta = 0. Si η=0\eta = 0, alors pour tout XX, NX=XNNX = XN. En prenant X=N∗X = N^*, on montre classiquement (ou par le fait que NN est dans le centre de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C})) que NN est une matrice scalaire. Comme NN est nilpotente, la seule possibilité est N=0N=0. Si N=0N=0, alors A=DA = D est diagonalisable. Réciproquement, si AA est diagonalisable, alors N=0N=0, donc η=0\eta = 0, et ad⁡A=Δ\operatorname{ad}_A = \Delta est diagonalisable.
    ad⁡A diagonalisable  ⟺  A diagonalisable\boxed{\operatorname{ad}_A \text{ diagonalisable} \iff A \text{ diagonalisable}}

Dans la question 4, il est crucial de vérifier que Δ\Delta et η\eta commutent avant d'affirmer qu'il s'agit de LA décomposition de Dunford. Cette commutation découle directement de DN=NDDN=ND.