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Réduction d'un endomorphisme à valeur propre unique

Soit EE un espace vectoriel réel de dimension 3 et idE\text{id}_E l'application identité sur EE.

On considère un endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) tel que :

  • Le spectre de ff est réduit à un seul élément : sp(f)={λ}\text{sp}(f) = \{\lambda\}.
  • La dimension du sous-espace propre associé à λ\lambda est égale à 22.

Démontrer qu'il existe une base B\mathcal{B} de EE dans laquelle la matrice de ff est :

MatB(f)=(λ000λ100λ)\text{Mat}_{\mathcal{B}}(f) = \begin{pmatrix} \lambda & 0 & 0
0 & \lambda & 1
0 & 0 & \lambda \end{pmatrix}

1.

Introduire l'endomorphisme auxiliaire g=f−λidEg = f - \lambda \text{id}_E.

2.

Déterminer les dimensions du noyau et de l'image de gg, puis montrer que Im(g)⊂Ker(g)\text{Im}(g) \subset \text{Ker}(g).

3.

Construire une base en partant d'un vecteur e3e_3 qui n'est pas dans le noyau de gg.

Idées clés

•

Translation spectrale : se ramener au cas d'un endomorphisme nilpotent.

•

Utilisation du théorème du rang pour lier les dimensions.

•

Construction itérative d'une base adaptée à la structure des noyaux emboîtés.

Résolution.

Considérons l'endomorphisme g=f−λidEg = f - \lambda \text{id}_E.

Par hypothèse, le spectre de ff est {λ}\{\lambda\}, donc le polynôme caractéristique de ff est χf(X)=(X−λ)3\chi_f(X) = (X-\lambda)^3.

D'après le théorème de Cayley-Hamilton, on a χf(f)=0\chi_f(f) = 0, ce qui implique :

(f−λidE)3=0soitg3=0(f - \lambda \text{id}_E)^3 = 0   \text{soit}   \boxed{g^3 = 0}

L'endomorphisme gg est donc nilpotent.

1. Étude du noyau et de l'image de gg.

Par hypothèse, dim⁡(Ker(f−λidE))=2\dim(\text{Ker}(f - \lambda \text{id}_E)) = 2, donc :

dim⁡(Ker g)=2\dim(\text{Ker } g) = 2

D'après le théorème du rang appliqué à gg dans un espace de dimension 3 :

dim⁡(Im g)=dim⁡E−dim⁡(Ker g)=3−2=1\dim(\text{Im } g) = \dim E - \dim(\text{Ker } g) = 3 - 2 = 1

2. Inclusion fondamentale.

Comme gg est nilpotent, son seul vecteur propre possible est le vecteur nul (pour la valeur propre 0).

Montrons que Im g⊂Ker g\text{Im } g \subset \text{Ker } g.

Soit y∈Im gy \in \text{Im } g. Il existe x∈Ex \in E tel que y=g(x)y = g(x).

Puisque dim⁡(Im g)=1\dim(\text{Im } g) = 1, soit g∣Im gg_{\mid \text{Im } g} est l'application nulle, soit c'est un automorphisme de Im g\text{Im } g.

Or gg est nilpotent, donc sa restriction à tout sous-espace stable l'est aussi. Un automorphisme ne peut être nilpotent que si l'espace est réduit à {0}\{0\}.

Ainsi, g∣Im g=0g_{\mid \text{Im } g} = 0, ce qui signifie que pour tout y∈Im gy \in \text{Im } g, g(y)=0g(y) = 0. On en déduit :

Im g⊂Ker g\boxed{\text{Im } g \subset \text{Ker } g}

3. Construction de la base B\mathcal{B.}

Puisque rg(g)=1\text{rg}(g) = 1, il existe un vecteur e3∈Ee_3 \in E tel que g(e3)≠0g(e_3) \neq 0.

Posons e2=g(e3)e_2 = g(e_3).

D'après l'inclusion démontrée précédemment, e2∈Im g⊂Ker ge_2 \in \text{Im } g \subset \text{Ker } g, donc g(e2)=0g(e_2) = 0.

Comme e2≠0e_2 \neq 0 et g(e2)=0g(e_2) = 0, e2e_2 est un vecteur propre de gg (donc de ff).

Le vecteur e2e_2 appartient à Ker g\text{Ker } g, qui est de dimension 2. On peut donc compléter e2e_2 par un vecteur e1e_1 pour former une base (e1,e2)(e_1, e_2) de Ker g\text{Ker } g.

Montrons que la famille B=(e1,e2,e3)\mathcal{B} = (e_1, e_2, e_3) est une base de EE.

Soient a,b,c∈Ra, b, c \in \mathbb{R} tels que ae1+be2+ce3=0a e_1 + b e_2 + c e_3 = 0.

Appliquons gg à cette relation :

ag(e1)+bg(e2)+cg(e3)=0a g(e_1) + b g(e_2) + c g(e_3) = 0

Comme e1,e2∈Ker ge_1, e_2 \in \text{Ker } g, on a g(e1)=g(e2)=0g(e_1) = g(e_2) = 0. Il reste :

cg(e3)=0c g(e_3) = 0

Or g(e3)=e2≠0g(e_3) = e_2 \neq 0, donc c=0c = 0.

La relation devient ae1+be2=0a e_1 + b e_2 = 0. Comme (e1,e2)(e_1, e_2) est une base de Ker g\text{Ker } g, elle est libre, donc a=b=0a = b = 0.

La famille B=(e1,e2,e3)\mathcal{B} = (e_1, e_2, e_3) est libre et comporte 3 vecteurs dans un espace de dimension 3, c'est donc une base de EE.

4. Matrice de ff dans cette base.

Calculons les images des vecteurs de B\mathcal{B} par f=g+λidEf = g + \lambda \text{id}_E :

  • f(e1)=g(e1)+λe1=0+λe1=λe1f(e_1) = g(e_1) + \lambda e_1 = 0 + \lambda e_1 = \lambda e_1
  • f(e2)=g(e2)+λe2=0+λe2=λe2f(e_2) = g(e_2) + \lambda e_2 = 0 + \lambda e_2 = \lambda e_2
  • f(e3)=g(e3)+λe3=e2+λe3f(e_3) = g(e_3) + \lambda e_3 = e_2 + \lambda e_3

La matrice de ff dans la base B\mathcal{B} est donc :

MatB(f)=(λ000λ100λ)\boxed{\text{Mat}_{\mathcal{B}}(f) = \begin{pmatrix} \lambda & 0 & 0
0 & \lambda & 1
0 & 0 & \lambda \end{pmatrix}}

L'erreur classique est de choisir e1e_1 au hasard. Il faut impérativement que e1e_1 soit dans le noyau de gg (pour avoir λ\lambda sur la diagonale et 00 ailleurs sur la première colonne) ET qu'il ne soit pas colinéaire à e2e_2 pour garantir que la famille soit une base.