Soient et deux matrices de .
Montrer que les matrices et sont semblables si et seulement si, pour toute valeur propre de et pour tout entier , on a l'égalité suivante sur les rangs :
Pour le sens direct, utiliser la définition de la similitude et la conservation du rang par multiplication par des matrices inversibles.
Pour le sens réciproque, commencer par montrer que et ont le même spectre et les mêmes dimensions de sous-espaces caractéristiques.
Utiliser le lemme des noyaux pour se ramener à l'étude d'endomorphismes nilpotents.
Pour deux endomorphismes nilpotents et , montrer que la condition sur les rangs des puissances impose l'existence d'une base commune de "chaînes" (ou cycles), ce qui assure la similitude.
Invariance du rang par similitude.
Décomposition de Dunford ou réduction aux sous-espaces caractéristiques.
Structure des endomorphismes nilpotents (lien entre rangs des puissances et partitions de l'entier ).
1. Sens direct ().
Supposons que et sont semblables. Il existe telle que .
Soit et . On a :
Par récurrence immédiate, on en déduit :
Comme la multiplication par une matrice inversible ne modifie pas le rang, on obtient :
2. Sens réciproque ().
Étape A : Égalité des spectres et des sous-espaces caractéristiques.
Soit . Si est valeur propre de , alors . L'hypothèse implique alors , donc est aussi valeur propre de . Par symétrie, .
Notons et les sous-espaces caractéristiques. D'après le théorème du rang, la condition sur les rangs implique :
En particulier pour , on a . Comme est algébriquement clos, la somme des dimensions des sous-espaces caractéristiques vaut .
Étape B : Réduction au cas nilpotent.
D'après le lemme des noyaux, l'espace se décompose en :
Pour chaque , la restriction est un endomorphisme nilpotent. De même, est nilpotent sur un espace de même dimension.
Si l'on montre que et sont semblables pour chaque , alors et seront semblables (par blocs).
Étape C : Similitude des endomorphismes nilpotents.
Soit un endomorphisme nilpotent. Posons . La suite est déterminée par les rangs : .
On définit (le nombre de vecteurs ajoutés au noyau à l'étape ). La suite est décroissante (propriété classique des noyaux itérés).
Le nombre de "blocs élémentaires" de taille exactement dans la structure de est donné par :
Ce nombre ne dépend que des dimensions des noyaux des puissances de . Ainsi, si et vérifient pour tout , ils possèdent le même nombre de blocs de chaque taille.
Ils sont donc semblables à une même matrice (constituée de blocs de décalage). En recollant les blocs pour chaque , on conclut que :
Attention : l'égalité des spectres et des dimensions des sous-espaces propres () ne suffit pas à garantir la similitude. Il est impératif de vérifier l'égalité des rangs pour toutes les puissances jusqu'à .