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On se propose de dénombrer les classes de similitude de matrices MMn(K)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) satisfaisant la relation M5=M2M^5 = M^2.

  1. Déterminer le nombre de classes de similitude de telles matrices dans le cas où K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}. On exprimera le résultat sous forme d'une somme.
  2. Traiter la même question dans le cas où le corps de base est K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}.

1.

Utiliser le lemme des noyaux avec le polynôme annulateur P(X)=X5X2=X2(X31)P(X) = X^5 - X^2 = X^2(X^3-1).

2.

Se ramener à l'étude des restrictions de l'endomorphisme aux sous-espaces de la décomposition.

3.

Pour la partie nilpotente, montrer qu'une matrice NN telle que N2=0N^2 = 0 est caractérisée, à similitude près, par son rang.

4.

Sur R\mathbb{R}, veiller à la structure des matrices dont le polynôme minimal est X2+X+1X^2+X+1.

Idées clés

Lemme des noyaux pour décomposer l'espace en sous-espaces stables.

Caractérisation des classes de similitude des matrices nilpotentes d'indice 2 par le rang.

Analyse des polynômes irréductibles sur R\mathbb{R} pour la structure des blocs.

1. Cas complexe : K=C\mathbb{K = \mathbb{C}}

  1. Soit MMn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que M5M2=0M^5 - M^2 = 0. Le polynôme P(X)=X2(X1)(Xj)(Xj2)P(X) = X^2(X-1)(X-j)(X-j^2) est un polynôme annulateur de MM. D'après le lemme des noyaux, on a la décomposition en sous-espaces stables suivante :
    Cn=ker(M2)ker(MI)ker(MjI)ker(Mj2I)\mathbb{C}^n = \ker(M^2) \oplus \ker(M-I) \oplus \ker(M-jI) \oplus \ker(M-j^2I)
    Notons n0,n1,nj,nj2n_0, n_1, n_j, n_{j^2} les dimensions respectives de ces sous-espaces. On a la contrainte :
    n0+n1+nj+nj2=nn_0 + n_1 + n_j + n_{j^2} = n

  2. Analysons les classes de similitude des restrictions de MM à chaque sous-espace :
    • Sur E1=ker(MI)E_1 = \ker(M-I), la restriction est IdE1Id_{E_1}. Une seule classe possible pour une dimension n1n_1 fixée.
    • Sur Ej=ker(MjI)E_j = \ker(M-jI), la restriction est jIdEjj Id_{E_j}. Une seule classe possible pour njn_j fixé.
    • Sur Ej2=ker(Mj2I)E_{j^2} = \ker(M-j^2I), la restriction est j2IdEj2j^2 Id_{E_{j^2}}. Une seule classe possible pour nj2n_{j^2} fixé.
    • Sur E0=ker(M2)E_0 = \ker(M^2), la restriction NN vérifie N2=0N^2 = 0.

  3. Étudions les classes de similitude de NMn0(C)N \in \mathcal{M}_{n_0}(\mathbb{C}) telle que N2=0N^2 = 0. Soit r=rg(N)r = \text{rg}(N). Comme N2=0N^2 = 0, on a Im(N)ker(N)\text{Im}(N) \subset \ker(N). D'après le théorème du rang, n0=rg(N)+dimker(N)2rg(N)n_0 = \text{rg}(N) + \dim \ker(N) \ge 2\text{rg}(N), d'où :
    0rn02\boxed{0 \le r \le \left\lfloor \frac{n_0}{2} \right\rfloor}
    Pour un rang rr fixé, NN est semblable à une matrice blocs diagonale composée de rr blocs de la forme (0100)\begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}
    et de n02rn_0 - 2r blocs nuls (0)(0). Ainsi, il y a exactement n02+1\lfloor \frac{n_0}{2} \rfloor + 1 classes de similitude pour NN.

  4. Conclusion pour C\mathbb{C :} Deux matrices sont semblables si et seulement si elles ont les mêmes dimensions de sous-espaces caractéristiques et le même rang pour la partie nilpotente. Le nombre de classes est donc :
    NC=n0+n1+nj+nj2=n(n02+1)\boxed{ \mathcal{N}_{\mathbb{C}} = \sum_{n_0+n_1+n_j+n_{j^2}=n} \left( \left\lfloor \frac{n_0}{2} \right\rfloor + 1 \right) }

2. Cas réel : K=R\mathbb{K = \mathbb{R}}

  1. Sur R\mathbb{R}, le polynôme s'écrit P(X)=X2(X1)(X2+X+1)P(X) = X^2(X-1)(X^2+X+1). La décomposition devient :
    Rn=ker(M2)ker(MI)ker(M2+M+I)\mathbb{R}^n = \ker(M^2) \oplus \ker(M-I) \oplus \ker(M^2+M+I)
    Soient n0,n1,nωn_0, n_1, n_{\omega} les dimensions de ces espaces, avec n0+n1+nω=nn_0 + n_1 + n_{\omega} = n.

  2. La restriction à ker(M2+M+I)\ker(M^2+M+I) possède un polynôme minimal divisant X2+X+1X^2+X+1. Comme ce dernier est irréductible sur R\mathbb{R}, le polynôme minimal est exactement X2+X+1X^2+X+1. Sur ce sous-espace, MM est diagonalisable sur C\mathbb{C} avec pour valeurs propres jj et j2j^2. Puisque MM est réelle, ces valeurs propres ont la même multiplicité kk. La dimension nωn_{\omega} est donc nécessairement paire : nω=2kn_{\omega} = 2k. Pour une dimension 2k2k fixée, il n'y a qu'une seule classe de similitude réelle (toutes ces matrices sont semblables sur C\mathbb{C} à la même matrice diagonale, donc elles sont semblables sur R\mathbb{R}). On peut prendre comme représentant des blocs de la forme (0111)\begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & -1 \end{pmatrix}
    .

  3. Pour ker(M2)\ker(M^2), l'argument du rang reste identique : n02+1\lfloor \frac{n_0}{2} \rfloor + 1 classes.

  4. Conclusion pour R\mathbb{R :} Le nombre de classes est :
    NR=n0+n1+2k=n(n02+1)\boxed{ \mathcal{N}_{\mathbb{R}} = \sum_{n_0+n_1+2k=n} \left( \left\lfloor \frac{n_0}{2} \right\rfloor + 1 \right) }

Ne pas oublier que sur R\mathbb{R}, la dimension du sous-espace associé à un polynôme irréductible de degré 2 (sans racines réelles) est obligatoirement paire.