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Soit nn un entier naturel non nul. On s'intéresse au nombre de classes de similitude de matrices M∈Mn(K)M \in \mathcal{M}_n(K) (où K=RK = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}) satisfaisant certaines équations polynomiales.

  1. Déterminer le nombre de classes de similitude de matrices M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telles que M2=MM^2 = M.
  2. On suppose que M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) vérifie M3=MM^3 = M. Quel est le nombre de classes de similitude possibles ?
  3. Déterminer le nombre de classes de similitude des matrices M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) vérifiant M4=MM^4 = M.
  4. On considère l'équation M5=M2M^5 = M^2.
    1. Donner le nombre de classes de similitude dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).
    2. Donner le nombre de classes de similitude dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

1.

Pour les questions 1, 2 et 3, observez que les polynômes annulateurs sont à racines simples dans C\mathbb{C} (et parfois dans R\mathbb{R}). Rappelez-vous qu'une matrice est diagonalizable si et seulement si elle admet un polynôme annulateur scindé à racines simples.

2.

Deux matrices diagonalisables sont semblables si et seulement si elles ont le même spectre avec les mêmes multiplicités pour chaque valeur propre.

3.

Pour la question 4, le polynôme X5−X2=X2(X3−1)X^5-X^2 = X^2(X^3-1) possède une racine multiple (00). Utilisez le lemme des noyaux pour décomposer l'espace. Sur le noyau de M2M^2, la matrice induit un endomorphisme nilpotent NN tel que N2=0N^2=0.

4.

Une matrice nilpotente NN telle que N2=0N^2=0 est caractérisée à similitude près par son rang rr. Justifiez que 0≤2r≤dim⁡(ker⁡(N2))0 \le 2r \le \dim(\ker(N^2)).

Idées clés

•

Une matrice est diagonalisable sur KK si elle annule un polynôme scindé à racines simples sur KK.

•

Pour les matrices diagonalisables, les classes de similitude sont déterminées par les multiplicités des valeurs propres.

•

Pour une composante nilpotente NN telle que N2=0N^2=0, la classe de similitude est fixée par le rang de NN.

Résolution.

  1. Cas M2=MM^2 = M sur R\mathbb{R :} Le polynôme P(X)=X2−X=X(X−1)P(X) = X^2 - X = X(X-1) est annulateur. Il est scindé à racines simples sur R\mathbb{R}. Ainsi, MM est une matrice de projecteur. Elle est diagonalisable et ses valeurs propres sont incluses dans {0,1}\{0, 1\}. Une telle matrice est semblable à une matrice diagonale diag(1,…,1,0,…,0)\text{diag}(1, \dots, 1, 0, \dots, 0). La classe de similitude est entièrement déterminée par le rang rr de la matrice (nombre de 11 sur la diagonale). Comme 0≤r≤n0 \le r \le n, il y a exactement :
    Nombre de classes=n+1\boxed{\text{Nombre de classes} = n+1}

  2. Cas M3=MM^3 = M sur R\mathbb{R :} Le polynôme P(X)=X3−X=X(X−1)(X+1)P(X) = X^3 - X = X(X-1)(X+1) est scindé à racines simples sur R\mathbb{R}. MM est diagonalisable et Sp(M)⊂{0,1,−1}\text{Sp}(M) \subset \{0, 1, -1\}. La classe de similitude est déterminée par le triplet (n0,n1,n−1)(n_0, n_1, n_{-1}) des multiplicités respectives de 0,10, 1 et −1-1. Ces entiers naturels doivent vérifier la contrainte : n0+n1+n−1=nn_0 + n_1 + n_{-1} = n. Le nombre de tels triplets est le nombre de combinaisons avec répétition de nn objets parmi 33, soit :
    (n+3−13−1)=(n+22)=(n+1)(n+2)2\binom{n+3-1}{3-1} = \binom{n+2}{2} = \boxed{\frac{(n+1)(n+2)}{2}}

  3. Cas M4=MM^4 = M sur R\mathbb{R :} Ici P(X)=X(X3−1)=X(X−1)(X2+X+1)P(X) = X(X^3-1) = X(X-1)(X^2+X+1). Sur R\mathbb{R}, le facteur X2+X+1X^2+X+1 est irréductible. Par le lemme des noyaux :
    Rn=ker⁡(M)⊕ker⁡(M−I)⊕ker⁡(M2+M+I)\mathbb{R}^n = \ker(M) \oplus \ker(M-I) \oplus \ker(M^2+M+I)
    Notons n0,n1n_0, n_1 et nωn_\omega les dimensions respectives de ces sous-espaces. Attention : dim⁡ker⁡(M2+M+I)\dim \ker(M^2+M+I) doit être paire, car le polynôme caractéristique de la restriction de MM à ce sous-espace est une puissance de X2+X+1X^2+X+1. Posons nω=2kn_\omega = 2k. On a n0+n1+2k=nn_0 + n_1 + 2k = n. Sur ker⁡(M2+M+I)\ker(M^2+M+I), la restriction de MM est semblable à une matrice de blocs (0−11−1)\begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & -1 \end{pmatrix}
    . Cette forme est unique pour une dimension fixée. Le nombre de classes est donc le nombre de couples (n0,n1)(n_0, n_1) possibles pour chaque valeur de k∈{0,…,⌊n/2⌋}k \in \{0, \dots, \lfloor n/2 \rfloor\}. Pour kk fixé, il y a (n−2k+1)(n-2k+1) choix pour n0n_0. Le total est :
    ∑k=0⌊n/2⌋(n−2k+1)=(⌊n/2⌋+1)(⌈n/2⌉+1)\sum_{k=0}^{\lfloor n/2 \rfloor} (n - 2k + 1) = \boxed{(\lfloor n/2 \rfloor + 1)(\lceil n/2 \rceil + 1)}

  4. Cas M5=M2M^5 = M^2 : Le polynôme est P(X)=X2(X−1)(X2+X+1)P(X) = X^2(X-1)(X^2+X+1).
    1. Sur C\mathbb{C :} Cn=ker⁡(M2)⊕ker⁡(M−I)⊕ker⁡(M−jI)⊕ker⁡(M−j2I)\mathbb{C}^n = \ker(M^2) \oplus \ker(M-I) \oplus \ker(M-jI) \oplus \ker(M-j^2I). Soient n0,n1,nj,nj2n_0, n_1, n_j, n_{j^2} les dimensions respectives. Sur E1,Ej,Ej2E_1, E_j, E_{j^2}, la matrice est déterminée (homothéties). Sur E0=ker⁡(M2)E_0 = \ker(M^2), la restriction NN vérifie N2=0N^2=0. Une matrice telle que N2=0N^2=0 est caractérisée par son rang rr, avec 2r≤n02r \le n_0. Il y a donc 1+⌊n0/2⌋1 + \lfloor n_0/2 \rfloor classes pour un n0n_0 fixé. Le nombre total est :
      ∑n0+n1+nj+nj2=n(1+⌊n02⌋)\boxed{\sum_{n_0+n_1+n_j+n_{j^2}=n} \left( 1 + \left\lfloor \frac{n_0}{2} \right\rfloor \right)}

    2. Sur R\mathbb{R :} La décomposition devient Rn=ker⁡(M2)⊕ker⁡(M−I)⊕ker⁡(M2+M+I)\mathbb{R}^n = \ker(M^2) \oplus \ker(M-I) \oplus \ker(M^2+M+I). Avec n0,n1n_0, n_1 et 2nω2n_\omega les dimensions, le nombre de classes est :
      ∑n0+n1+2nω=n(1+⌊n02⌋)\boxed{\sum_{n_0+n_1+2n_\omega=n} \left( 1 + \left\lfloor \frac{n_0}{2} \right\rfloor \right)}

Pour M4=MM^4=M sur R\mathbb{R}, ne pas oublier que la dimension du noyau du facteur irréductible X2+X+1X^2+X+1 est nécessairement paire. En effet, son polynôme caractéristique est (X2+X+1)k(X^2+X+1)^k.