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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On définit l'ensemble E(M)E(M) comme l'ensemble des matrices de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) qui sont à la fois semblables à MM et qui commutent avec MM :

E(M)={A∈Mn(C)∣A∼M et AM=MA}E(M) = \{ A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \mid A \sim M \text{ et } AM = MA \}
Déterminer l'ensemble des matrices M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telles que E(M)E(M) soit un ensemble fini.

1.

Commencer par le cas où MM est une matrice diagonalisable. Utiliser la décomposition de l'espace en sous-espaces propres.

2.

Pour le cas non diagonalisable, utiliser la décomposition de Dunford M=D+NM = D + N.

3.

Construire une famille continue de matrices (At)t∈C∗(A_t)_{t \in \mathbb{C}^*} appartenant à E(M)E(M) en utilisant les propriétés des matrices nilpotentes.

4.

Se rappeler que deux matrices nilpotentes N1N_1 et N2N_2 sont semblables si et seulement si ∀k∈N,dim⁡ker⁡(N1k)=dim⁡ker⁡(N2k)\forall k \in \mathbb{N}, \dim \ker(N_1^k) = \dim \ker(N_2^k).

Idées clés

•

Stabilité des sous-espaces propres par le commutant.

•

Décomposition de Dunford M=D+NM = D + N.

•

Invariants de similitude pour les matrices nilpotentes (dimensions des noyaux itérés).

Résolution.

Nous allons montrer que E(M)E(M) est un ensemble fini si et seulement si MM est diagonalisable. Plus précisément, nous montrerons que si MM est diagonalisable, alors E(M)={M}E(M) = \{M\}, et si MM n'est pas diagonalisable, E(M)E(M) est infini.

Cas 1 : MM est diagonalisable.

Supposons que MM soit diagonalisable. Soit A∈E(M)A \in E(M). Comme AA est semblable à MM, AA est également diagonalisable et possède les mêmes valeurs propres que MM avec les mêmes multiplicités.

Puisque AM=MAAM = MA, la matrice AA commute avec MM, donc AA laisse stables les sous-espaces propres de MM. Soit λ∈Sp(M)\lambda \in \text{Sp}(M) et Eλ(M)=ker⁡(M−λI)E_\lambda(M) = \ker(M - \lambda I) le sous-espace propre associé. On a :

A(Eλ(M))⊂Eλ(M)A(E_\lambda(M)) \subset E_\lambda(M)

Soit AλA_\lambda la restriction de l'endomorphisme associé à AA au sous-espace Eλ(M)E_\lambda(M). Sur ce même sous-espace, la restriction de MM est l'homothétie λIdEλ(M)\lambda \text{Id}_{E_\lambda(M)}.

Comme AA est diagonalisable, sa restriction AλA_\lambda à un sous-espace stable est également diagonalisable. De plus, les valeurs propres de AλA_\lambda sont nécessairement des valeurs propres de AA. Comme AA est semblable à MM, la seule valeur propre possible pour AA agissant sur Eλ(M)E_\lambda(M) est λ\lambda.

En effet, si AλA_\lambda possédait une autre valeur propre μ≠λ\mu \neq \lambda, alors la multiplicité de μ\mu pour AA serait supérieure à celle de MM, ce qui contredit A∼MA \sim M. Ainsi, AλA_\lambda est une matrice diagonalisable n'ayant que λ\lambda pour valeur propre. On en déduit :

Aλ=λIdEλ(M)A_\lambda = \lambda \text{Id}_{E_\lambda(M)}

Ceci étant vrai pour tout λ∈Sp(M)\lambda \in \text{Sp}(M), et puisque Cn=⨁λ∈Sp(M)Eλ(M)\mathbb{C}^n = \bigoplus_{\lambda \in \text{Sp}(M)} E_\lambda(M), on conclut que A=MA = M. Dans ce cas, l'ensemble E(M)E(M) est un singleton :

E(M)={M}\boxed{E(M) = \{M\}}

Cas 2 : MM n'est pas diagonalisable.

Comme nous sommes sur C\mathbb{C}, toute matrice admet une décomposition de Dunford M=D+NM = D + N avec DD diagonalisable, NN nilpotente, DN=NDDN = ND, et D,N∈C[M]D, N \in \mathbb{C}[M]. Puisque MM n'est pas diagonalisable, la partie nilpotente est non nulle : N≠0N \neq 0.

Pour tout t∈C∗t \in \mathbb{C}^*, posons At=D+tNA_t = D + tN.

  • Commutation : Comme DD et NN sont des polynômes en MM, AtA_t est un polynôme en MM. Par conséquent, AtA_t commute avec MM.
  • Similitude : Montrons que AtA_t est semblable à MM. Puisque DD et NN commutent, NN stabilise chaque sous-espace propre Eλ(D)E_\lambda(D) de DD. Sur chaque Eλ(D)E_\lambda(D), la restriction NλN_\lambda est une matrice nilpotente. Pour tout t≠0t \neq 0, NλN_\lambda et tNλtN_\lambda sont semblables. En effet, pour toute matrice nilpotente XX :
    ∀k∈N,ker⁡(Xk)=ker⁡((tX)k)\forall k \in \mathbb{N},   \ker(X^k) = \ker((tX)^k)
    Les dimensions des noyaux itérés sont les mêmes, ce qui caractérise la classe de similitude des matrices nilpotentes. Il existe donc Pλ∈GL(Eλ(D))P_\lambda \in GL(E_\lambda(D)) tel que PλNλPλ−1=tNλP_\lambda N_\lambda P_\lambda^{-1} = t N_\lambda. En recollant ces matrices par blocs, il existe P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) qui commute avec DD (car respectant ses sous-espaces propres) tel que PNP−1=tNPNP^{-1} = tN. Alors :
    P(D+N)P−1=PDP−1+PNP−1=D+tN=AtP(D+N)P^{-1} = PDP^{-1} + PNP^{-1} = D + tN = A_t
    Ainsi, At∼MA_t \sim M.

On a donc {At∣t∈C∗}⊂E(M)\{A_t \mid t \in \mathbb{C}^*\} \subset E(M). Comme N≠0N \neq 0, l'application t↦D+tNt \mapsto D + tN est injective. L'ensemble E(M)E(M) contient donc une famille infinie de matrices distinctes.

Conclusion.

L'ensemble E(M)E(M) est fini si et seulement si MM est diagonalisable.

M est diagonalisable\boxed{M \text{ est diagonalisable}}

Ne pas oublier que la similitude A∼MA \sim M impose que AA et MM aient le même polynôme minimal et les mêmes dimensions de noyaux ker⁡(M−λI)k\ker(M-\lambda I)^k. C'est pour cela que D+tND+tN est semblable à D+ND+N.