WikiPrépaLivrets

Soit nn un entier naturel non nul et Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) l'algèbre des matrices carrées de taille nn.

  1. Montrer que les matrices (1010)\begin{pmatrix} 1 & 0
    1 & 0 \end{pmatrix}
    et (1000)\begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & 0 \end{pmatrix}
    sont semblables dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}).

  2. On note P={A∈Mn(C)∣A2=A}\mathcal{P} = \{ A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \mid A^2 = A \} l'ensemble des matrices de projecteurs. Déterminer le sous-espace vectoriel de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) engendré par P\mathcal{P}.

  3. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On suppose que pour toute matrice M=(mi,j)1≤i,j≤nM = (m_{i,j})_{1 \le i,j \le n} semblable à AA, on a m1,1=0m_{1,1} = 0. Que peut-on dire de la matrice AA ?

  4. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On suppose que pour toute matrice M=(mi,j)1≤i,j≤nM = (m_{i,j})_{1 \le i,j \le n} semblable à AA, on a m1,2=0m_{1,2} = 0. Que peut-on dire de la matrice AA ?

1.

Pour la question 1, on pourra s'intéresser aux valeurs propres et à la diagonalisabilité.

2.

Pour la question 2, utiliser les matrices de la base canonique Ei,iE_{i,i} et construire des projecteurs spécifiques pour obtenir les Ei,jE_{i,j} avec i≠ji \neq j.

3.

Pour la question 3, procéder par contraposée : si A≠0A \neq 0, construire une base dans laquelle m1,1≠0m_{1,1} \neq 0. Distinguer le cas où AA possède une valeur propre non nulle et le cas où AA est nilpotente non nulle.

4.

Pour la question 4, utiliser le fait que si AA n'est pas une matrice scalaire, il existe un vecteur xx tel que la famille (x,u(x))(x, u(x)) soit libre.

Idées clés

•

Deux matrices sont semblables si elles représentent le même endomorphisme dans des bases différentes.

•

Une matrice complexe est toujours semblable à une matrice triangulaire (trigonalisation).

•

Caractérisation des matrices scalaires : uu est scalaire si et seulement si pour tout xx, (x,u(x))(x, u(x)) est liée.

Résolution.

  1. Notons A=(1010)A = \begin{pmatrix} 1 & 0
    1 & 0 \end{pmatrix}
    et D=(1000)D = \begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & 0 \end{pmatrix}
    . Le polynôme caractéristique de AA est :
    χA(X)=det⁡(XI−A)=∣X−10−1X∣=X(X−1)\chi_A(X) = \det(XI - A) = \begin{vmatrix} X-1 & 0
    -1 & X \end{vmatrix} = X(X-1)
    Les valeurs propres de AA sont 00 et 11. Elles sont distinctes et A∈M2(C)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{C}), donc AA est diagonalisable. AA est donc semblable à la matrice diagonale formée de ses valeurs propres, qui est précisément DD.
    A et D sont semblables dans M2(C)\boxed{A \text{ et } D \text{ sont semblables dans } \mathcal{M}_2(\mathbb{C})}

  2. Soit V=Vect(P)\mathcal{V} = \text{Vect}(\mathcal{P}). Pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, la matrice Ei,iE_{i,i} (élément de la base canonique) vérifie Ei,i2=Ei,iE_{i,i}^2 = E_{i,i}. Ainsi, Ei,i∈P⊂VE_{i,i} \in \mathcal{P} \subset \mathcal{V}. Soient i,ji, j deux indices distincts dans {1,…,n}\{1, \dots, n\}. Considérons la matrice M=Ei,i+Ei,jM = E_{i,i} + E_{i,j}. Un calcul par blocs ou direct donne :
    M2=(Ei,i+Ei,j)(Ei,i+Ei,j)=Ei,i2+Ei,iEi,j+Ei,jEi,i+Ei,j2M^2 = (E_{i,i} + E_{i,j})(E_{i,i} + E_{i,j}) = E_{i,i}^2 + E_{i,i}E_{i,j} + E_{i,j}E_{i,i} + E_{i,j}^2
    Comme Ei,iEi,j=Ei,jE_{i,i}E_{i,j} = E_{i,j}, Ei,jEi,i=0E_{i,j}E_{i,i} = 0 et Ei,j2=0E_{i,j}^2 = 0 (car i≠ji \neq j), il vient M2=Ei,i+Ei,j=MM^2 = E_{i,i} + E_{i,j} = M. Par conséquent, M∈PM \in \mathcal{P}. Comme Ei,j=M−Ei,iE_{i,j} = M - E_{i,i}, on en déduit que Ei,j∈VE_{i,j} \in \mathcal{V}. L'espace V\mathcal{V} contient tous les éléments de la base canonique (Ei,j)1≤i,j≤n(E_{i,j})_{1 \le i,j \le n}.
    Vect(P)=Mn(C)\boxed{\text{Vect}(\mathcal{P}) = \mathcal{M}_n(\mathbb{C})}

  3. Nous allons montrer par contraposée que A=0A = 0. Supposons A≠0A \neq 0. Cas 1 : AA possède une valeur propre λ≠0\lambda \neq 0. Puisque nous sommes sur C\mathbb{C}, AA est trigonalisable. Il existe une matrice MM semblable à AA telle que MM soit triangulaire supérieure avec ses valeurs propres sur la diagonale. On peut choisir de placer λ\lambda en première position. Alors m1,1=λ≠0m_{1,1} = \lambda \neq 0. Cas 2 : La seule valeur propre de AA est 00. Dans ce cas, AA est nilpotente. Puisque A≠0A \neq 0, son indice de nilpotence pp vérifie p≥2p \ge 2. Il existe un vecteur xx tel que up−1(x)≠0u^{p-1}(x) \neq 0 et up(x)=0u^p(x) = 0. Posons e1=up−2(x)+up−1(x)e_1 = u^{p-2}(x) + u^{p-1}(x) et e2=up−2(x)e_2 = u^{p-2}(x) (si p=2p=2, on prend up−2=Idu^{p-2} = Id). La famille (e1,e2)(e_1, e_2) est libre. En effet, si ae1+be2=0ae_1 + be_2 = 0, alors :
    (a+b)up−2(x)+aup−1(x)=0(a+b)u^{p-2}(x) + a u^{p-1}(x) = 0
    En appliquant uu, on obtient (a+b)up−1(x)=0(a+b)u^{p-1}(x) = 0, d'où a+b=0a+b=0, puis a=0a=0 car up−1(x)≠0u^{p-1}(x) \neq 0. On complète (e1,e2)(e_1, e_2) en une base B=(e1,e2,…,en)\mathcal{B} = (e_1, e_2, \dots, e_n). L'image de e1e_1 par uu est :
    u(e1)=up−1(x)+up(x)=up−1(x)=e1−e2u(e_1) = u^{p-1}(x) + u^p(x) = u^{p-1}(x) = e_1 - e_2
    Dans cette base, la matrice MM de uu vérifie m1,1=1≠0m_{1,1} = 1 \neq 0. Dans les deux cas, si A≠0A \neq 0, il existe une matrice semblable dont le premier coefficient est non nul.
    A=0\boxed{A = 0}

  4. Soit uu l'endomorphisme associé à AA. La condition est que pour toute base B=(e1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n), la deuxième composante de u(e2)u(e_2) sur e1e_1 est nulle. Supposons que uu ne soit pas une homothétie (matrice non scalaire). Alors il existe un vecteur xx tel que la famille (x,u(x))(x, u(x)) soit libre. Posons e1=u(x)e_1 = u(x) et e2=xe_2 = x. La famille (e1,e2)(e_1, e_2) est libre, on la complète en une base B=(e1,e2,e3,…,en)\mathcal{B} = (e_1, e_2, e_3, \dots, e_n). Par construction, u(e2)=u(x)=e1u(e_2) = u(x) = e_1. Le coefficient m1,2m_{1,2} de la matrice de uu dans cette base est donc égal à 11, ce qui contredit l'hypothèse. Par conséquent, uu est nécessairement une homothétie. Réciproquement, si A=λIA = \lambda I, toute matrice semblable à AA est égale à λI\lambda I, et son coefficient m1,2m_{1,2} est bien nul (car n≥2n \ge 2, sinon la question n'a pas de sens).
    A est une matrice scalaire\boxed{A \text{ est une matrice scalaire}}

Dans la question 3, il ne suffit pas de considérer le cas diagonalisable. Une matrice nilpotente n'a que 00 pour valeur propre, mais elle n'est pas forcément nulle. Il faut construire une base spécifique pour "faire apparaître" un coefficient non nul.