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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère σ\sigma une permutation de l'ensemble {1,…,n}\{1, \dots, n\}. On note Mσ∈Mn(C)M_{\sigma} \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) la matrice de permutation associée, définie par son coefficient général :

∀(i,j)∈⟦1,n⟧2,(Mσ)i,j=δi,σ(j)\forall (i,j) \in \llbracket 1, n \rrbracket^2,   (M_{\sigma})_{i,j} = \delta_{i, \sigma(j)}

  1. Montrer qu'il existe un entier naturel k≥1k \geq 1 tel que Mσk=InM_{\sigma}^k = I_n. En déduire que la matrice MσM_{\sigma} est diagonalizable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).
  2. Soit σ=c1∘c2∘⋯∘cr\sigma = c_1 \circ c_2 \circ \dots \circ c_r la décomposition de σ\sigma en cycles de supports disjoints, de longueurs respectives l1,l2,…,lrl_1, l_2, \dots, l_r. Déterminer le polynôme caractéristique de MσM_{\sigma} en fonction de ces longueurs.
  3. Donner une condition nécessaire et suffisante sur les permutations σ\sigma et τ∈Sn\tau \in \mathfrak{S}_n pour que les matrices MσM_{\sigma} et MτM_{\tau} soient semblables dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que le groupe symétrique Sn\mathfrak{S}_n est de cardinal fini. Penser aux polynômes annulateurs.

2.

Pour la question 2, on pourra commencer par traiter le cas où σ\sigma est un cycle unique de longueur nn, puis utiliser une réduction par blocs.

3.

Pour la question 3, deux matrices diagonalisables sont semblables si et seulement si elles ont le même spectre avec les mêmes multiplicités.

Idées clés

•

Lien entre composition de permutations et produit matriciel : MσMτ=Mσ∘τM_{\sigma} M_{\tau} = M_{\sigma \circ \tau}.

•

Critère de diagonalisabilité par les polynômes annulateurs scindés à racines simples.

•

Calcul du déterminant d'une matrice par blocs.

Résolution.

  1. Considérons l'application ϕ:Sn→Mn(C)\phi : \mathfrak{S}_n \to \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) qui à σ\sigma associe MσM_{\sigma}. On vérifie aisément que ϕ\phi est un morphisme de groupes. En particulier, pour tout σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n, on a :
    Mσk=MσkM_{\sigma}^k = M_{\sigma^k}
    Comme le groupe Sn\mathfrak{S}_n est fini, l'élément σ\sigma est d'ordre fini. Il existe donc k∈N∗k \in \mathbb{N}^* tel que σk=id\sigma^k = \text{id}. On en déduit :
    Mσk=In\boxed{M_{\sigma}^k = I_n}
    Le polynôme P(X)=Xk−1P(X) = X^k - 1 est donc un polynôme annulateur de MσM_{\sigma}. Ce polynôme est scindé sur C\mathbb{C} et ses racines (les racines kk-ièmes de l'unité) sont toutes simples. D'après le cours sur la réduction, une matrice admettant un polynôme annulateur scindé à racines simples est diagonalizable.
    Mσ est diagonalizable dans Mn(C)\boxed{M_{\sigma} \text{ est diagonalizable dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{C})}

  2. Supposons d'abord que σ\sigma est un cycle de longueur ll. Quitte à renuméroter la base canonique, MσM_{\sigma} est semblable à une matrice compagnon ou une matrice circulante dont le polynôme caractéristique est :
    χcycle(X)=Xl−1\chi_{\text{cycle}}(X) = X^l - 1
    Dans le cas général, la décomposition en cycles disjoints induit une décomposition de l'espace Cn\mathbb{C}^n en sous-espaces stables. La matrice MσM_{\sigma} est donc semblable à une matrice diagonale par blocs de la forme diag(Mc1,…,Mcr)\text{diag}(M_{c_1}, \dots, M_{c_r}). Le déterminant d'une matrice bloc-diagonale étant le produit des déterminants des blocs, on obtient :
    χMσ(X)=∏j=1rχMcj(X)\chi_{M_{\sigma}}(X) = \prod_{j=1}^r \chi_{M_{c_j}}(X)
    En remplaçant par l'expression trouvée pour un cycle, nous obtenons le résultat final :
    χMσ(X)=∏j=1r(Xlj−1)\boxed{\chi_{M_{\sigma}}(X) = \prod_{j=1}^r (X^{l_j} - 1)}

  3. Puisque les matrices MσM_{\sigma} et MτM_{\tau} sont diagonalisables sur C\mathbb{C}, elles sont semblables si et seulement si elles ont le même polynôme caractéristique (ce qui équivaut à avoir les mêmes valeurs propres avec les mêmes multiplicités). D'après la formule précédente, χMσ\chi_{M_{\sigma}} est entièrement déterminé par la famille des longueurs des cycles disjoints de σ\sigma (appelée type cyclique). Inversement, la donnée de χMσ\chi_{M_{\sigma}} permet de retrouver les longueurs ljl_j. En effet, les racines de χMσ\chi_{M_{\sigma}} sont des racines de l'unité, et la multiplicité de la racine 11 est égale au nombre de cycles (en comptant les points fixes comme des cycles de longueur 1). Ainsi, MσM_{\sigma} et MτM_{\tau} sont semblables si et seulement si σ\sigma et τ\tau ont la même structure de cycles.
    Mσ∼Mτ  ⟺  σ et τ ont le meˆme type cyclique\boxed{M_{\sigma} \sim M_{\tau} \iff \sigma \text{ et } \tau \text{ ont le même type cyclique}}
    Remarquons que cette condition équivaut également à dire que σ\sigma et τ\tau sont conjuguées dans le groupe Sn\mathfrak{S}_n.

Ne pas oublier de compter les points fixes de la permutation comme des cycles de longueur 1 dans le produit du polynôme caractéristique. Si σ(i)=i\sigma(i)=i, alors le facteur (X1−1)(X^1 - 1) apparaît bien dans le produit.