Soit nNn \in \mathbb{N}^*. On considère l'espace vectoriel Rn\mathbb{R}^n muni de sa structure usuelle.

Déterminer l'ensemble des matrices AMn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) telles que, pour toute matrice inversible PGLn(R)P \in \mathrm{GL}_{n}(\mathbb{R}), la matrice PAP A soit trigonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).

1.

Rappeler qu'une matrice réelle est trigonalisable sur R\mathbb{R} si et seulement si son polynôme caractéristique est scindé sur R\mathbb{R}.

2.

Étudier le cas où le rang de AA est inférieur ou égal à 11 en calculant explicitement le polynôme caractéristique.

3.

Pour le cas où rg(A)2\text{rg}(A) \ge 2, construire une matrice PP telle que PAPA possède un bloc stable agissant comme une rotation d'un quart de tour, empêchant ainsi l'existence de valeurs propres réelles pour ce bloc.

Idées clés

Lien entre trigonalisabilité sur R\mathbb{R} et racines réelles du polynôme caractéristique.

Étude du polynôme caractéristique des matrices de rang 11.

Construction d'un contre-exemple par stabilité d'un plan pour le cas de rang élevé.

Résolution.

Soit AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). On rappelle qu'une matrice est trigonalisable sur R\mathbb{R} si et seulement si son polynôme caractéristique χPA\chi_{PA} est scindé sur R\mathbb{R}.

Cas 1 : La matrice AA est de rang 00 ou 11.

Si rg(A)=0\text{rg}(A) = 0, alors A=0A = 0. Pour tout PGLn(R)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}), PA=0PA = 0, qui est trivialement trigonalisable.

Supposons maintenant que rg(A)=1\text{rg}(A) = 1. Soit PGLn(R)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}). On a rg(PA)rg(A)=1\text{rg}(PA) \le \text{rg}(A) = 1.

Si rg(PA)=0\text{rg}(PA) = 0, on retombe sur le cas précédent. Si rg(PA)=1\text{rg}(PA) = 1, alors 00 est valeur propre de PAPA et la dimension du sous-espace propre associé est :

dim(ker(PA))=nrg(PA)=n1\dim(\ker(PA)) = n - \text{rg}(PA) = n - 1

Ainsi, Xn1X^{n-1} divise le polynôme caractéristique χPA\chi_{PA}. Comme deg(χPA)=n\deg(\chi_{PA}) = n, il existe λR\lambda \in \mathbb{R} tel que :

χPA(X)=Xn1(Xλ)\chi_{PA}(X) = X^{n-1}(X - \lambda)

On sait par ailleurs que la somme des racines (comptées avec multiplicité) est égale à la trace, donc λ=Tr(PA)\lambda = \text{Tr}(PA). Le polynôme caractéristique est donc :

χPA(X)=Xn1(XTr(PA))\boxed{\chi_{PA}(X) = X^{n-1}(X - \text{Tr}(PA))}

Ce polynôme est scindé sur R\mathbb{R} car toutes ses racines (00 et Tr(PA)\text{Tr}(PA)) sont réelles. Ainsi, PAPA est trigonalisable pour tout PGLn(R)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}).

Cas 2 : La matrice AA est de rang r2r \ge 2.

Nous allons montrer qu'il existe PGLn(R)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}) tel que PAPA n'est pas trigonalisable sur R\mathbb{R}.

Comme rg(A)2\text{rg}(A) \ge 2, il existe deux vecteurs u1,u2Rnu_1, u_2 \in \mathbb{R}^n tels que la famille (Au1,Au2)(Au_1, Au_2) soit linéairement indépendante dans Rn\mathbb{R}^n. Notons que cela implique que (u1,u2)(u_1, u_2) est également une famille libre.

On peut alors compléter (Au1,Au2)(Au_1, Au_2) en une base B=(Au1,Au2,v3,,vn)\mathcal{B}' = (Au_1, Au_2, v_3, \dots, v_n) de Rn\mathbb{R}^n. De même, on complète (u1,u2)(u_1, u_2) en une base B=(u1,u2,w3,,wn)\mathcal{B} = (u_1, u_2, w_3, \dots, w_n) de Rn\mathbb{R}^n.

On définit l'application linéaire PP par les images des vecteurs de la base B\mathcal{B}' :

  • P(Au1)=u2P(Au_1) = u_2
  • P(Au2)=u1P(Au_2) = -u_1
  • P(vk)=wkP(v_k) = w_k pour tout k{3,,n}k \in \{3, \dots, n\}

L'application PP transforme une base en une base, donc PP est un automorphisme de Rn\mathbb{R}^n, soit PGLn(R)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{R}). Calculons l'action de PAPA sur le plan V=Vect(u1,u2)V = \text{Vect}(u_1, u_2) :

(PA)(u1)=P(Au1)=u2et(PA)(u2)=P(Au2)=u1(PA)(u_1) = P(Au_1) = u_2   \text{et}   (PA)(u_2) = P(Au_2) = -u_1

Le plan VV est donc stable par PAPA. La matrice de la restriction de PAPA à VV dans la base (u1,u2)(u_1, u_2) est :

M=(0110)\boxed{M = \begin{pmatrix} 0 & -1
1 & 0 \end{pmatrix}}

Le polynôme caractéristique de cette restriction est X2+1X^2 + 1. D'après les propriétés des matrices par blocs (en complétant la base du plan en une base de l'espace), le polynôme caractéristique de la restriction divise celui de l'endomorphisme total :

(X2+1) divise χPA(X)(X^2 + 1) \text{ divise } \chi_{PA}(X)

Or, X2+1X^2 + 1 n'a pas de racines réelles. Donc χPA\chi_{PA} n'est pas scindé sur R\mathbb{R}. Par conséquent, PAPA n'est pas trigonalisable sur R\mathbb{R}.

Conclusion.

L'ensemble recherché est constitué des matrices de rang inférieur ou égal à 11.

S={AMn(R)rg(A)1}\boxed{\mathcal{S} = \{ A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid \text{rg}(A) \le 1 \}}

Une erreur classique est d'oublier de vérifier si la matrice PP construite est bien inversible. Il est crucial de définir PP sur une base complète de l'espace pour garantir son inversibilité.